Du slacktivisme au lobbying 2.0 : Le cas Carrefour.
Slacktivisme ? Un néologisme, issu de la contraction de « slack » (fainéant en anglais) et de « activisme ».  Après avoir été moqués pour leur caractère « passif », les slacktivistes sont-ils en passe de prouver qu’ils participent du lobbying 2.0 ?
Slacktivisme. Les médias ont ainsi qualifié ces millions d’internautes qui utilisaient leurs médias sociaux pour défendre une cause et déployer une version online de leur militantisme avec des actions simples : relayer des articles, signer des pétitions, changer son avatar, « liker » une page, partager une application Facebook ou une vidéo militante… Le tout depuis son canapé.
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« Clictivisme » : un coût d’engagement très faible, cause et conséquence d’un effet de masse
Le coût d’engagement très faible du slacktivisme (aussi appelé « clictivisme ») permet de mobiliser des internautes au-delà de la frange de cybermilitants, de manifestants ou de donateurs.
Le clic devient une possibilité pour le consommateur ou citoyen, de participer, de donner son avis, au travers de gestes et d’opinions simples, que l’on pourrait ainsi résumer :
Un partage / un vote / un like = Un soutien
La page de Soutien au bijoutier niçois, qui avait tiré sur son agresseur en septembre 2013, avait ainsi recueilli en quelques semainesplus de 1,5 millions de « likes ».
Les mĂ©dias et les personnalitĂ©s politiques ont analysĂ© ce phĂ©nomène comme Ă©tant l’expression de l’exaspĂ©ration des français Ă l’égard de la criminalitĂ©. Le dĂ©bat sur ce thème s’est largement invitĂ© dans le dĂ©bat public, sous l’impulsion de quelques milliers d’internautes ayant simplement ajoutĂ© leur « clic » Ă l’édifice.Â
Un écosystème et un nouveau positionnement des marques propices à l’activisme 2.0
Cet activisme sur les médias sociaux rencontre deux facteurs qui permettent son essor :
-         La puissance du réseau d’une part : la structuration en communautés interconnectées à la force de frappe parfois massive (comme c’est le cas de Greenpeace).
-         La posture des marques et des entreprises qui a dû évoluer d’autre part : la gouvernance s’horizontalise, la marque s’oblige à être en veille des conversations et critiques qui la concernent dans une logique d’ouverture et de transparence, et ne peut plus faire la sourde oreille lorsqu’un buzz la guette. Plus fort encore : la marque tente d’impliquer ses communautés dans la co-construction de son offre de services, de produits, de distribution.
A noter que ce rapport de force est pour le moment impulsé par les consommateurs au détriment des marques, et que l’écoute de la part des marques s’exerce dans un contexte de contrainte.
On se souvient notamment de Gap qui avait enterré son logo en 7 jours, suite à une réaction catastrophique des internautes au dévoilement de leur nouveau logo.
Le cas Carrefour : au dĂ©part, une plateforme pour recueillir des idĂ©es de consommateursÂ
C’est ce que l’entreprise Carrefour a fait à la rentrée 2013 en lançant une vaste consultation de consommateurs via une plateforme web où l’enseigne propose au grand public d’ « imaginer ensemble les courses de demain », autour de 5 grandes thématiques : courses, enfants, fidélité, environnement, bien manger.
Dès qu’une idée d’internaute obtient au minimum 10 000 votes de la part des internautes, elle est mise à l’étude, puis en cours de réalisation, puis réalisée :
La plateforme de Carrefour France a recueilli près de 700 idées proposées à ce jour.
Une des idĂ©es a atteint en un temps record plusieurs milliers de votes, Ă©tant ainsi propulsĂ©e largement en tĂŞte des idĂ©es les plus populairesÂ
Comment une idée de consommateur a-t-elle pu réunir près de 11 000 votes ?
Comment cela s’est-il produit ?
Carrefour proposant aux internautes de partager l’initiative sur les rĂ©seaux sociaux, comme sur Twitter. Or, s’aperçoit que le hashtag #sijetaiscarrefour est massivement utilisĂ© pour promouvoir « l’idĂ©e de BĂ©rĂ©nice »…Â
En consultant les réseaux des leaders des communautés végétariennes, comme l’association L214 ou l’association végétarienne de France, on s’aperçoit que ces dernières sont pour beaucoup à l’origine de cette mobilisation massive.
Que peut-on en retirer comme enseignements ?
Un pouvoir de prescription croissant pour les influenceurs
D’abord que les influenceurs IRL (« dans la vraie vie ») déploient de plus en plus leur pouvoir de prescription sur le web.
Ensuite que le pouvoir de prescription est démultiplié lorsqu’il s’agit d’avoir un impact réel sur une marque, ce qui est encore plus vrai lorsque l’appel à contributions vient de la marque.
On note aussi qu’en exhortant leurs communautés à faire bloc pour pousser une idée (qu’il s’agisse de favoriser une initiative ou d’en condamner une autre), ces leaders d’opinion peuvent parvenir à infléchir la gouvernance de la marque, et s’inviter au rang des parties prenantes.
On retient enfin que l’activisme 2.0 se professionnalise et que les militants « traditionnels » sont en train de s’approprier toutes les facettes du digital pour faire progresser les causes qui leur tiennent à cœur, quitte à investir dans un travail créatif à la conception, ou à du paid media à la diffusion.
Alors comment appréhender ces nouvelles logiques de lobbying 2.0 ?
La refonte d’une relation aux influenceurs pour les marques
Ces initiatives populaires ne sont pas à percevoir comme des menaces : le consommateur a un pouvoir qui ne fera que s’amplifier dans les années à venir, le lobbying 2.0 n’en constitue que les prémisses, il s’agit donc simplement de s’y préparer.
L’activisme des communautés peut se révéler bienveillante ou agressive, selon la perception qu’ils ont de la marque : déconnectée des réalités de ses publics ou ouverte à la discussion et engagée dans une logique de transparence et de co-construction ?
Ce travail sur le positionnement et l’inclusion des communautés, sur la relation avec les influenceurs déterminera clairement la position du curseur de leur humeur.
Les rangs de leaders d’opinion sur le Web ne sont plus uniquement composés de blogueurs avertis mais aussi de communautés d’intérêt et de citoyens-consommateurs, prêts à revendiquer leurs droits ou leurs volontés sous l’impulsion d’une organisation de type association ou réseau militant.