NU CREATIVE METHODS [Pierre BASTIEN & Bernard PRUVOST]
"Nu Jungle Dances"
(LP. D'Avantage. 1978) [FR]
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NU CREATIVE METHODS [Pierre BASTIEN & Bernard PRUVOST]
"Nu Jungle Dances"
(LP. D'Avantage. 1978) [FR]

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Nu Creative Methods - Superstitions
ADN
1984
POST-SCRIPTUM 1025
NU CREATIVE METHODS, Nu Jungle Dances (SouffleContinu Records)
Quand le deuxième album de Nu Creatve Methods sort, New And Rediscovered Musical Instruments de Max Eastley et David Toop est déjà dans les bacs depuis quasiment trois ans. Sans forcément parler d'influence explicite en temps réel, la direction empruntée par les deux Britanniques et le duo français est cependant la même, qui combine esprit de recherche et tradition en quête d'un folklore imaginaire nouveau.
Le patronyme même de la formation n'est pas anodin, qui fournit des indications en la plaçant sous le double patronage du morceau « Nu Creative Love » de Don Cherry (extrait de Symphony For Improvisers) et du livre My Creative Method de Francis Ponge. Car le premier trace la voie d'un free jazz dont les frontières n'auront de cesse d'être abolies et qu'emprunte à leur manière Pierre Bastien et Bernard Pruvost. Tandis que le second, cet anarchiste fabriquant une bombe dont la poudre serait l'irrationnel, offrirait presque une méthode intellectuelle. Presque, tant celle-ci s'avère elle-même dynamitée par d'autres pistes revendiquées par Nu Creative Methods comme essentielles. Par exemple l'Oulipo, encourageant la création tous azimuts ; ou bien encore la pataphysique, selon laquelle la moindre casserole de cuisine équivaut La Joconde ! D'ailleurs, afin de s'approcher au mieux de leur imaginaire, il faudrait ajouter Locus Solus  de Raymond Roussel, l'Art Ensemble of Chicago, Harry Partch, New Phonic Art et « Zwei Mann Orchester » de Maurizio Kagel. Voilà grosso modo les rouages de la création selon Nu Creative Methods dont Nu Jungle Dances donne à goûter les cheminements hasardeux, au fil d'improvisations nées d'instruments en provenance des cinq continents.
En procédant de la sorte, c'est-à -dire en s'inscrivant dans un espace esthétique où musiques savantes et populaires s'accouplent enfin, on élargit la palette sonore à l'infini, on ouvre des perspectives merveilleuses. Entre free jazz et musique ancestrale, Nu Jungle Dances y parvient sans afféterie. Avec une prodigalité rare et lumineuse. Avec la volonté qu'advienne des surprises inouïes. Avec un charme naturel militant pour une certaine conscience artisanale de la fabrication du son.
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When the second Nu Creative Methods album was released, New And Rediscovered Musical Instruments by Max Eastley and David Toop had already been available for almost three years. Without being able to say that there was a direct, real-time influence, the direction taken by the British and French duos was however the same, combining research and tradition in a quest for a new imaginary folklore.
The name chosen by the pair was anything but innocent, linking them to both the track «Nu Creative Love» by Don Cherry (from Symphony For Improvisers) and the book My Creative Method by Francis Ponge. Because the first outlines the route of a free jazz the boundaries of which have constantly been demolished and through which Pierre Bastien and Bernard Pruvost traced their own path, while the second, an anarchist creating a bomb with the irrational as gunpowder, is close to providing an intellectual method. Close, because even this is undermined by other essential routes taken by Nu Creative Methods. The Oulipo, for example, encouraged all sorts of creativity; or perhaps pataphysics, according to which a banal saucepan is equivalent to the Mona Lisa! To get closer to the source of their imagination, the following names would have to be added to the list, Locus Solus by Raymond Roussel, the Art Ensemble of Chicago, Harry Partch, New Phonic Art and «Zwei Mann Orchester» by Maurizio Kagel. That shows, in broad strokes, the creative wheels in motion behind Nu Creative Methods and Nu Jungle Dances offers a taste of the pathways offered by chance, following improvisations using instruments from the five continents.
By proceeding thus, that is to say entering an esthetic zone where popular and esoteric music come together at last, an infinite palette of sounds opens up, offering fantastic perspectives. Between free jazz and ancestral music, Nu Jungle Dances makes it happen without pretence but with a rare and luminous extravagance. But also with the willingness to take on board unexpected surprises, and with a natural charm combating for the craft of sound creation.
POST-SCRIPTUM 903
PIERRE BASTIEN & MÉCANIUM, Musiques machinales (1993)
Parent des sculptures sonores et des machines musicales de Joe Jones et Frédéric Le Junter, l’orchestre mécanique de Pierre Bastien (son Mécanium comme il l’appelle) est peuplé d’automates générant des cycles mélodiques embryonnaires et des polyrythmies répétitives plus ou moins bancales, les unes jouées et les autres frappées sur des instruments souvent issus de traditions millénaires propres aux musiques ethniques – des percussions javanaises en bambou, un luth chinois ou un bendir marocain par exemple. Des poulies, des engrenages, des moteurs de pick-up usagés et des structures héritées des Meccano mettent en mouvement de faux doigts, des baguettes ou des archets – leur inventeur, véritable artisan-horloger des sons, préférant définitivement la bonne vieille mécanique aux technologies sophistiquées. De ce travail amorcé avec Nu Creative Methods (un duo qu’il formait avec Bernard Pruvost) nait une musique délicate et hypnotique aux allures de songe éveillé, sur laquelle Pierre Bastien improvise à la trompette, au trombone ou au violon. Profondément marqué par Don Cherry, l’Art Ensemble Of Chicago (Pierre Bastien reprend sur Musiques machinales leur « People In Sorrow ») et Bernard Vitet (notamment en raison des instruments construits par ce dernier pour Georges Aperghis), cet univers singulier possède un coté « oulipien » et pataphysique évident – Pierre Bastien a d’ailleurs participé à une compilation intitulée Ubu et la Merdre. Dans ce qu’il donne à entendre – c’est-a-dire son processus même de gestation, aussi sonore qu’un vieux 78 tours qui gratte – il y a quelque chose des inventions de Jules Verne, du piano-cocktail de Boris Vian dans L’Écume des jours, comme des merveilles décrites par Raymond Roussel dans Locus Solus. Depuis la première ébauche de Mécanium présentée en 1976 au cours d’une nuit de solos organisée par Jac Berrocal au Théâtre Mouffetard à Paris, Pierre Bastien n’a jamais cessé d’offrir à entendre et à voir ses trouvailles faites de bric et de broc, dignes du concours Lépine et a l’origine d’un folklore imaginaire sans équivalent. Le charme naturel et sans afféterie de ces disques, mais aussi des performances dont ils représentent l’écho, milite pour une certaine conscience artisanale de la fabrication du son. Soit une plongée dans les rouages de l’imaginaire et des cheminements hasardeux qu’emprunte l’inspiration.
( Bernard Vitet, par lĂ )
NU CREATIVE METHODS [Pierre BASTIEN & Bernard PRUVOST]
"Superstitions"
(cassette. ADN Tapes. 1984) [FR

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POST-SCRIPTUM 613
UN HAUT-PARLEUR FUTURISTE SUR LE TOIT
Ci-après, un extrait d’un entretien avec Pierre Bastien (Nu Creative Methods, entre autres), qui fera bientôt partie d’un ouvrage autour de l’underground musical en France ; ouvrage d’ailleurs quasi exclusivement constitué d’interviews, entre autres avec Christian Vander, Dominique Grimaud, Albert Marcoeur, Dominique Répécaud, Jean-Marc Foussat… Une trentaine à peu près, à paraître chez Lenka lente en mars 2017. Soit un peu de l’histoire de Catalogue, Magma, Vidéo-Aventures, Soixante Étages, Étage 34, Idiome 1238, Le Complexe de la Viande, Les Massifs de Fleurs, Cohelmec Ensemble, Mahjun, M.I.M.E.O. entre autres…
EXTRAIT…
Quelles sont, enfant, tes premières expériences de la musique ?
Comme auditeur, mes parents ne m'ont pas amené au concert mais j'ai eu très tôt un petit phonographe et une série de disques 78 tours de chansons traditionnelles françaises. Quand on omettait de tourner la manivelle entre chaque plage, le ressort en bout de course ralentissait les voix qui se mettaient à dégouliner : premier effet sonore et premier enchantement, suivi très vite d'un second lorsqu'on ragaillardissait les chanteurs en tournant la manivelle jusqu'à les faire remonter au ton et au tempo corrects.
Ensuite je suis passé à l'électrophone et j'ai eu l'autorisation de jouer, en plus des 45 tours à la mode, la collection de 78 tours de mon père : principalement du jazz français des années 1940, André Ekian, Alix Combelle, Hubert Rostaing, Jerry Mengo, Django Reinhardt, Stéphane Grappelli, Michel Warlop… Du jazz américain également. À 14 ans je suis allé à Bordeaux écouter l'orchestre de Duke Ellington. Là , grande émotion et petite déception aussi parce que l'orchestre avait un son propre. Il manquait le scratch du 78 tours qui apporte une chaleur comme une patine à la musique, et qui développe son propre tempo superposé à celui de la musique enregistrée, comme deux rythmiques asynchrones que seul le hasard fait coïncider de temps en temps.
Il me semble que de ces écoutes enfantines vient mon goût des rythmiques décalées, quand je fais jouer deux ou trois ou quatre machines ensemble, qui ont chacune leur moteur, leur démultiplication, et donc leur tempo propre. Pas souvent de rythme trop carré chez moi, pas de musique qui fait marcher au pas.
Finalement c'est l'année suivante que j'ai décidé de devenir musicien, le soir où j'ai écouté et regardé jouer T-Bone Walker dans un night-club de campagne landaise.
Comme acteur, première guitare fabriquée à l'aide du jouet Le Petit Physicien avec la planchette pour les expériences comme table d'harmonie, le levier en guise de manche, une boîte d'allumettes pour résonateur, cordes en élastiques et éprouvette pour le bottleneck. Puis une vraie guitare, des cours dans l'arrière-boutique d'un marchand de musique les lundis après-midi quand venaient au magasin tous les musiciens de la région (Dax) pour raconter les bals du weekend. Les Tournois du Royaume de la Musique avec Madame Zurfluh, fille du guitariste de l'Opéra-comique, et premier passage sur France-Musique avec "L'Étude op.6 n 11" de Fernando Sor.
Sur ce est arrivé Mai 68. T-Bone Walker et sa guitare à l'horizontale encore dans les yeux, idées situationnistes en vrac dans la tête, j'ai détourné mon métronome de son usage métrique en l'entourant de poêles à frire ou à paella, et j'ai enregistré quelques instants de guitare sur les sons de cette toute première machine. J'avais 15 ans tout juste, je ne sais pas s'il faut considérer ça comme une expérience enfantine, ou comme un premier acte musical adulte.
Tu n'avais pas envie, à l'époque, c'est-à -dire fin des années 1960 / première moitié des années 1970, d'intégrer un groupe de rock ? De jouer tout bêtement de la guitare électrique par exemple ?
Eh non ! Ce n'est pas une question de culture musicale puisque j'avais été formé pour ça, pour jouer de la musique populaire sur l'instrument-roi du rock. Ni une question d'esthétique parce qu'à l'époque j'étais autant amateur de Julie Driscoll que de Julie Tippetts. Probablement une question d'arithmétique : pas envie d'être prisonnier de la mesure à quatre temps. "De la musique avant toute chose / Et pour cela préfère l'impair / Plus vague et plus soluble dans l'air". Je crois aussi que c'est dû à une conscience politique, conscience éveillée par la musique justement. J'ai mentionné T-Bone Walker, il y avait aussi à la maison un disque 78 tours de Big Bill Broonzy avec cette face sublime, Blues in 1890.
J'ai tendance à voir les débuts du rock comme un pillage de la musique noire. C'est délicat d'introduire la notion de race, mais dans l'histoire de la musique populaire américaine, elle est bien présente depuis les Race Records qui ont inspiré les pionniers du rock. « Ebony Concerto » de Stravinsky aurait dû rester notre unique emprunt à la musique noire : on n'aurait pas dû aller au-delà de cet hommage respectueux. Je n'ai jamais joué de jazz non plus, du coup.
Pourtant, ta première trace phonographique, si je ne m'abuse, date de 1977, en pleine effervescence punk. C'est une collaboration avec Jac Berrocal sur l'album Parallèles. Tu es notamment présent sur « Rock'n'Roll Station », aux côtés de Vince Taylor. Tu n'avais pas besoin de guitare électrique : ce qui n'en fait pas moins un des grands morceaux de 1977, et l'un des sommets de l'histoire du rock tout court, d'ailleurs repris par Nurse With Wound. Au fait, comment as-tu rencontré Jac Berrocal ?
En 1975, je suis entré dans le bureau enfumé du Théâtre Mouffetard à Paris où je suis resté trois minutes à parler avec Bernard Lubat qui ne m'avait jamais vu avant. En sortant j'avais un concert pour Nu Creative Methods et la mission de trouver une première partie. J'ai proposé à Raymond Boni de faire notre deuxième partie, et l'année suivante Boni m'a invité à rejoindre un grand orchestre naissant qui ne s'appelait pas encore Opération Rhino. Jac Berrocal y jouait de la trompette et du hautbois tibétain.
Tu te souviens de la séance de « Rock'n'Roll Station » ? Comment en trouves-tu la ligne de basse ?
La veille de l'enregistrement de « Rock'n'Roll Station », Jac m'avait fredonné la rythmique de basse. On a enregistré chez Bernard Vitet dans le XIVème, une maison signée Le Corbusier. Je ne me souviens pas si Jac est arrivé sur la bicyclette dont il a joué. J'avais garé mon estafette Renault pas loin, une camionnette de la caravane du Tour de France avec un haut-parleur futuriste sur le toit. Vince Taylor s'est installé au volant, moteur coupé, levier de vitesse en main comme si c'était un manche à balai. Blouson d'aviateur sur le dos, il a fait mine de..., ..., ...
( Jac Berrocal, par lĂ )
NU CREATIVE METHODS "[track 2]" (1984)
From "Superstitions" (cassette. ADN Tapes. #11. 1984)