Longuement, jâattends, laissant mes pensĂ©es errer dans lâespace indĂ©fini de lâinconscience, oĂč les mĂ©moires se conservent, en attendant lâarrivĂ©e du conscient, lâarrivĂ©e du train. Souvent, elles chĂ©rissent les souvenirs dâantan, en entendant, en mon for intĂ©rieure, Ă ranimer cette inclination qui doit rester dormant - quâon la nomme les sentiment. Contre lesquels, les regrets Ă©crits de lâencre noir, indĂ©lĂ©bile ; contre lesquelles, les rancunes enracinĂ©es du spleen⊠spleenĂ©tique, je reste dĂ©bile.
        Un coup de vent, dĂ©nonce lâavenue de lâanalepse comme non avenue, annonce la venue du train ; en peu de temps. Je monte, mon dos face Ă lâavant, je mâassois regardant le fond, dĂšs que la porte sâouvre. Pendant quâelle se ferme, un homme est sorti du nĂ©ant et voudrait se glisser entre la porte closante - ĂchouĂ© et immobilisĂ©, il se rĂ©sout, par lâexercice de force, Ă se libĂ©rer. Une fois entrĂ©, sur ses grands chevaux il monte et il lance Ă la porte, en accompagnant des jurons grossiers, fĂ©rocement, de plusieurs coups de pied. Peu de temps aprĂšs, quand il semble que sa colĂšre a refroidi, et quâil va sâasseoir, il fait un demi-tour et recommence ce quâil avait fait peu de temps avant. Tous cela se passe, sans remuer leurs paupiĂšres ni les miennes, en prĂ©sence de nombreux yeux - dont les miens sont.
        Il mâinvite, courant en sens inverse lâĂ©clairage Ă©lectrique, Ă me rappeler ce dernier acte de violence - de cet intrus, de sa conduite, qui peut-ĂȘtre lui est raisonnable, dĂ©raisonnable. On peut le croire unilatĂ©ralement ĂȘtre, de cette unilatĂ©ralitĂ©, la victime -
        Pourtant, la porte sonnante : nous conseille dâordinaire de renier toute attente - de rester handicapĂ© par ce destin garĂ©, dont on est Ă la portĂ©e
        : Portant, Ă son nĂ©ant lâapport de soi, dans sa foi un espoir contre lâordinaire, Ă lâespĂ©rer - Ă briser la limite imposĂ©e, Ă souiller la notion de sĂ©curitĂ©.
        - La victime, toutefois, sa foi la porte aux nues pour mieux la prĂ©cipiter dans lâabĂźme. Plus dure sera la chute, plus furieux sera le chuteur, qui aime vivre jusquâĂ lâextrĂȘme, ĂŽtĂ© de parachute, quand il atteint, fortuitement, figurativement, le pavement. Le train se ralentit. Ă rĂ©flĂ©chir en dĂ©tail, en ne faisant pas le dĂ©tail, aussi mâinvite-il.
        Expectant en espĂ©rant - la rage, une femme engendrĂ©e de feu Ă©tincelant, prĂȘte Ă Ă©clater du moindre remous, Ă rendre lâoffenseur mou, est la souveraine dĂ©finie de lâaspect passionnel chez lâĂ©motion physique. Ă son expectation, elle espĂšre son tout ronge la saintetĂ© qui maitrise le trait humain - nâest que cette rage attendant le bon moment pour se faire entendre sa voix assourdissante.
        Câest mon arrĂȘt. De nouveau, mon jour est terminĂ©
        Le va-et-vient, Ă nouveau de chaque jour, de chaque arrĂȘt Ă chaque reprise, les gens font - dont je suis.
        Longuement, je marche vers le quai du train. Le train est arrivĂ©, mais la distance requise est loin dâĂȘtre vaincue. Longtemps trempĂ© dans la foule, je me trouve, dâun coup, enclin Ă lâinsolence humaine - Je cours! Beaucoup je rĂ©flĂ©chis, souvent je le faisais et toujours ferai, mais par cette soudaine secousse - Je cours! La sonnerie se met Ă avertir, Ă me dĂ©moraliser - Je cours! Câest EspĂ©rant en expectant que - Je cours! et nâest pas au sens inverse que - Je cours! et ⊠Je cours!