"La mĂ©diocritĂ© a la passion du niveau. Elle promĂšne le mĂȘme couteau sur toutes les tĂȘtes, Ă la mĂȘme hauteur. Et, si une tĂȘte sâĂ©lĂšve, cette tĂȘte-lĂ est coupĂ©e. Il nây a quâune loi dans le code de la mĂ©diocrité ; mais cette loi-lĂ nâadmet pas dâexception. Câest la dĂ©fense de grandir. Lâhomme mĂ©diocre dit quâil estime avant tout le bon sens. Mais savez-vous ce quâil entend par le bon sens ? Il entend par ce mot la nĂ©gation de toute grandeur. Lâhomme mĂ©diocre ne lĂšve jamais la tĂȘte, exceptĂ© dans une occasion. Il regarde au-dessus de lui les grandes tĂȘtes, pour se moquer dâelles. Mais, comme la nature des choses rĂ©pugne et rĂ©siste Ă ce nivellement, lâinvincible inĂ©galitĂ©, lâinvincible irrĂ©gularitĂ©, qui est la loi de toute crĂ©ature, proteste et demande sa revanche. Seulement, comme le sentiment de la grandeur est faussĂ©, au lieu dâune beautĂ©, câest une maladie qui Ă©clate, et la voici : La manie des grandeurs ! Parmi les folies actuelles, il en est une quantitĂ© qui se classe sous cette dĂ©nomination : "la manie des grandeurs." La manie des grandeurs, câest le besoin de grandir, le besoin dâĂȘtre grand, besoin quâon a voulu tuer, quâon a seulement blessĂ©, et qui, Ă©tourdi du coup quâil a reçu, se relĂšve malade et prend sa course par la route de la Folie."
Ernest Hello, Le siĂšcle, Paris, Perrin, 1899.













