Moi, je parlais très bien français avant l’examen final de Baccalauréat (Faculté de lettres romaines; une expérience de qualité vraiment exceptionnelle) et j’étais complimentée tout le temps par les profs; quand je suis arrivée pour l’examen, j’avais rhume, j’étais épuisée par l’absence de compréhension mutuelle avec mon prof superviseur et par la nécessité de travail sans aide de sa part sur un sujet très compliqué (l’ancien français, les trouvères, tout ça), je n’ai pas dormi. Je savais que tout le monde dans ma groupe a trouvé les clefs pour la partie de compréhension orale, et moi, je n’avais pas d’énergie même pour ouvrir le document tout préparé par eux. Alors, j’ai bien entendu fait toutes les erreurs que je pouvais dans la partie compréhension orale, tout le jury était choqué par mon papier, normalement impeccable ou presque ça, et leur visages le montraient trop clairement — pendant que je devais accomplir ma réussite par une petite récitation d’un texte au hasard. Je ne pouvais pas comprendre à quoi ça s’adressait, leur façon de me regarder — comme une sorte de bête exotique — et chaque mot que je prononçais se tournait envers moi, comme une petite lance de Grand Doute. Je me suis un peu perdue dans mon texte sur un sujet sociologique stupide. Après avoir fini, ne pouvais pas élever mes yeux, tant je sentais humiliée par leur regards et leur questions qui ne pouvaient pas être plus simples; puis, j’étais trop fatiguée; j’ai essayé finalement de rencontrer des yeux avec ma prof préférée, mais elle avait l’air absent, les yeux attachés fermement sur le papier devant elle, alors j’ai jeté un regard sur les autres profs dans le jury, qui ont eu l’air presque vexé — et quelque chose en moi s’est craquée.
…Mon amie qui faisait un protocole, elle m’a dit en secret que tout le monde était bouleversé par mes résultats de compréhension orale, et qu’on disait que la récitation était bien agréable, on m’a protégé chez mes profs et dit aux membres invités de jury que mes résultats étaient excellents toutes les années en tous les cours de français ou relatifs, et que cela était un cas exceptionnel etc…
Ce jour là , je suis sortie de l’université et je ne pouvais plus dire un mot sans m’en douter; je ne pouvais plus, après avoir fait une erreur, lever le pied et continuer avec le cœur léger. Cela continuait plus q’une année; je suis allée chez un psychologue. Elle m’a aidé ; mais maintenant, j’étudie l’allemand et récapitule mes C2 connaissances de l’anglais (qui est ma langue première étrangère et presque natale) pour mes MA études (j’ai changé le département car il n’y avait pas de lettres romaines de niveau master dans mon université préférée) et ça me rend folle de penser que c’est comme ça que tout peut se finir avec une langue que t’aimais.