Perdere la lingua
"Scriverai in francese o in italiano?" me demande-t-il.
Je ne sais pas. Non lo so. AprĂšs plus de deux ans dans une langue qui n'est pas la mienne mais que chaque jour je fais mienne, mon cerveau est un imbroglio de mots, d'expressions et de structures grammaticales. Dante ou MoliĂšre? - les deux, mon capitaine.
Je vis dans un italien francisé; je le parle couramment, avec une maitrise appronfondie et peu d'accent mais mes mots trahissent immédiatement ma langue maternelle.
Mon français, lui, s'italianise. J'aimerais y ajouter des mots qui manquent dans ma langue, mais que l'italien possĂšde; je transpose malgrĂ© moi des structures italiennes en français, parfois des expressions. Mes mains se meuvent sans mĂȘme que je les contrĂŽle. Mes interjections sont en italien, mĂȘme en français. CioĂš. Comunque. Eh vabbĂš.
Pas mes insultes; ma vulgarité reste majoritairement française, teintée d'accent et d'expressions belges. Ouf. Mais les bestemmie de la Vénétie, découvertes par l'intermédiaire sarde, gagnent du terrain, grignotent de l'espace sans que je puisse sentir leur exact niveau d'obscénité.
Le français, je le parle surtout au travail. Je l'enseigne. C'est ma discipline, ma spécialité, il mio campo. Pourtant, je le sens se perdre, se tordre, s'estomper. Il s'est fragilisé. Deux ans, seulement deux ans.
Alors je lis de la littérature et surtout j'écris. J'écris pour nourrir mon français, ma langue maternelle, qui n'est pourtant pas la langue de ma mÚre. Un biais dÚs la naissance.
J'écris comme on cultive un jardin, un jardin qu'on veut voir fleurir, un jardin nourricier.
Je voulais écrire nutricier.
Un jardin en péril.
Je ne fais plus l'amour en français. Je ne sais plus dans quelle langue je rĂȘve.

















