Julien Offroy de La Mettrie, «L’Art de jouir» (1751)
Ouvrez les yeux, demande La Mettrie, voyez les oiseaux s’accoupler, sentez l’odeur des roses, goûtez les fruits à portée de main et suivez l’exemple de la nature qui pousse l’homme à jouir et être heureux. La leçon peut sembler peu sérieuse, mais c’est la seule que propose le philosophe désireux de réhabiliter le plaisir en proposant un «art de jouir».
Attention : la jouissance, mais pas la débauche. La Mettrie fait du libertin un homme mesuré qui sait doser les plaisirs (pas l’infâme personnage qu’on a l’habitude de décrire). Un art de jouir, autrement dit «une sagesse des plaisirs» (p.80).
Même s’il chante le plaisir des sens, La Mettrie n’oublie pas que le plaisir n’est jamais seulement physique : la volupté des corps s’accompagne toujours d’une volupté des cœurs.
C’est pourquoi, pour le philosophe, le plaisir ne connaît aucune limite Même la souffrance, dans le cadre amoureux, peut ainsi relever du plaisir. Attentes, craintes, angoisses, c’est encore le plaisir qui se prolonge ou s’anticipe, celui dont il faut garder la mémoire en chérissant même sa tristesse car «un jour viendra que trop consolé tu regretteras de ne plus sentir ce que tu as perdu» (p.72)
En cette période, plus que jamais résonnent les conseils du philosophe hédoniste : «jouissons du peu de moments qui nous restent ; buvons, chantons, aimons qui nous aime ; que les jeux et les ris suivent nos pas [...] et quelque courte que soit la vie, nous aurons vécu» (p.86)