Jour 5 - 30 jours pour écrire
Face au loup nous ne sommes jamais les mĂȘmes proies.
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Jour 5 - 30 jours pour écrire
Face au loup nous ne sommes jamais les mĂȘmes proies.
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Jour 5 - Une seule danse
Un pas aprĂšs l'autre, l'un contre l'autre, paume contre paume.
Je sens ton souffle dans mon cou, à intervalles réguliers, comme nos pas.
Et quand tu me sers contre toi, nos cĆurs battent Ă l'unisson.
Une vibration dans la poche pour me souvenir d'une autre vie
Celle oĂč je prenais le temps d'Ă©crire pour le dĂ©fi
Mais nous sommes encore aujourd'hui !?
VoilĂ c'est fini
Tu sais ce que tu perds, tu ne sais pas ce que tu gagnes
Je ne perds que des illusions. La musique, les yeux fiĂ©vreux posĂ©s sur moi, lâespoir que quelquâun voudra rester. Câest pour mâassoiffer prĂšs des fontaines. Des amours imaginaires. Des Ăąmes de pierres. Il faudrait arrĂȘter de mettre mon sourire et ma libertĂ© entre leurs mains, ce nâest pas viable. Je regarde mes gouffres droit dans les yeux pour y anticiper ma chute. Ce que jây gagne ? Des remises en question, des bouquets dâĂ©pines â dâautres doutes pour me faire grandir sĂ»rement, mais des mois de solitude. Je nâapprends rien de mes erreurs, jâai des regards amoureux qui sâĂ©garent dans les allĂ©es. Ce nâest pas grave. Jâirai dans les musĂ©es, jâirai dans les cafĂ©s, je ne parlerai pas. Je lirai des livres qui me feront vivre par procuration. Non, je nâirai pas boire un verre ni dormir chez toi. Jâirai dans les jardins me noyer dans les fleurs. Jâirai dans mes pensĂ©es me cacher dans mes songes. Je me raconterai des histoires quand personne ne pourra me tenir. Un jour les orages ne me feront plus aucun effet. Jâai toujours avancĂ© seule â la fiĂšvre, la folie, les pays inconnus, les ocĂ©ans, je les aurai tous vĂ©cus en rĂȘve, mais de ton absence, je nâaurai rien perdu. Â
5. Absurdité
Je collectionne les absurditĂ©s. Je les mets sous vitrine, cabinet des absurditĂ©s, bibliothĂšque sans fil conducteur. Une rĂ©serve emmĂȘlĂ©e, qui ne fait sens que pour ses souris. Jâaime lâidĂ©e de ne pas faire sens. Quâil nây ait pas plus grand sens que le roulis de la mer, les pas des enfants dans un musĂ©e, le chant des cigales, les sourires des tournesols et les bruissements des hĂ©rissons. Un ronronnement est une absurditĂ©, prĂ©dateur qui dort sur mon oreiller. Mettre les gargouilles en file indienne sans demander de comptes : joli ou pas, ça passe. Faire 2 000 km en trois jours parce quâil nây a personne pour nous arrĂȘter et quâil y bien une entitĂ© qui protĂšge les idiots. Mon passĂ© nâa aucun sens, absurditĂ© dont je mâexcuse Ă peine, mi-figue, mi-raisin avant dâentamer le laĂŻus qui retrace ma marelle. La façon dont je pense est crevĂ©e dâabsurditĂ©s, un zig-zag en parallĂšle du sentir, du point Z au point A, je commence Ă rĂ©-apprendre Ă penser en dĂ©sordre.

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jour 5 - grandir
souvent jâĂ©cris : je grandis. rarement pourtant jâose prononcer ces mots Ă voix haute. rendre tangible cette rĂ©alitĂ© que pourtant jâexpĂ©rimente souvent au travers de mes textes : je grandis.
de ma croissance rĂ©solument non-linĂ©aire je retiens : grandir me demande du temps, Ă©normĂ©ment de temps, un temps infini. je rĂ©flĂ©chis lentement, doucement ; jâai besoin de solitude pour mâadonner Ă lâhonnĂȘtĂ© nĂ©cessaire Ă fixer sur une page mes sentiments du moment. vient ensuite le temps du mĂ»rissement, des chamboulements, il faut que mes mots prennent de lâĂąge avant dâoser la relecture. puis, plus tard, il faudra revenir, recommencer tout le processus et se rendre compte de la distance parcourue entre le mot a et le mot b. grandir me demande du temps, du temps que je lui donne.
cette derniĂšre annĂ©e aura eu lâair dâĂȘtre douce, sans virages en Ă©pingle, sans traumatismes ni tsunamis. et pourtant quand je regarde derriĂšre moi je ne retrouve plus ma vie : jâai trop grandi. sans en avoir lâair. les mots auxquels Ă©taient tressĂ©s des torrents de larmes ne me font plus pleurer quand je les prononce : jâai acceptĂ© de partir.
le non que je nâai jamais rĂ©ussi Ă murmurer, je le digĂšre.
il mâaura fallu deux ans pour jouer enfin dans ma propre Ă©quipe. deux ans pour accepter que mon corps ne sera peut-ĂȘtre plus jamais mon corps, mais que je peux me prendre dans les bras quand mĂȘme.
quâil en faut de la force pour vivre â quâil en faut pour grandir. câest une histoire de dĂ©chirement et de soulagement, dâĂ©corchures et de cicatrices, constamment il faut se dĂ©barasser des idĂ©es mortes puis retourner au cadavre reprendre ce qui se garde ; il faut bouturer les idĂ©es anciennes, clĂŽturer les idĂ©es vieilles, laisser la place aux nouveaux bourgeons ; constamment il faut tutorer, surveiller, questionner, toujours, questionner encore.
de ma croissance rĂ©solument non-linĂ©aire je retiens : une colĂšre. celle de la pleureuse qui nâen peut plus quâon la traite de faible. vous nâimaginez pas la force que cela demande de toujours se laisser emporter par les Ă©motions brutes. vous ne savez pas la soliditĂ© nĂ©cessaire pour sortir des jours sans fond.
je suis forte, les joues creusĂ©es de larmes. je suis forte, la parole Ă©vanouie, encombrĂ©e de sel. je suis forte, quand bien mĂȘme je rĂ©flĂ©chis lentement, quand bien mĂȘme il me faut pleurer plus que vous pour arriver au mĂȘme point. je suis forte et en colĂšre contre tous ceux qui me croient moins solide parce que je pleure, moins tenace parce quâil me faut passer par le chagrin pour grandir, moins rĂ©siliente parce que je traverse des tristesses immenses.
je ne me suis jamais sentie plus inĂ©branlable, plus vaillante et sincĂšre, que lorsque jâai enfin acceptĂ© que je ressens tout trop fort, et que câest cela, ma force.
Et toi, quâaurais-tu fait Ă ma place ?
Je suis Ă la fĂȘte foraine, je dois avoir 9 ou 10 ans, je mâaccroche, le manĂšge va trĂšs vite, je ferme les yeux, quand brutalement ma tĂȘte se dĂ©croche presque de mon cou. Je rĂ©alise en repassant dans le tunnel, quâune poignĂ©e de jeunes tendent leur main, comme on joue Ă la roulette russe. Câest moi qui ai pris la balle. Peut-ĂȘtre dâautres, plus jeunes que moi ont Ă©tĂ© touchĂ©s aussi, ou le seront au tour prochain. Le manĂšge ralentit, puis Ă lâarrĂȘt, je descends en titubant Ă la recherche de ma mĂšre. Un homme se tient prĂšs dâelle. Et lorsque je raconte ce qui se passe dans le tunnel. Il propose immĂ©diatement de nous accompagner dans la confrontation avec le groupe. Cela me rassure. Les adolescents repĂ©rĂ©s, il sâadresse Ă eux en arabe. Il parle peu, mais cela fait son effet. Les jeunes se renvoient la balle et font moins les malins. Le ton est ferme, autoritaire. Les garçons semblent avoir compris le danger de leur geste, ils se dispersent. Ma joue est gonflĂ©e, mon cou me fait mal. Je ne sais pas qui est cet homme, mais câest la premiĂšre fois quâun adulte me vient en aide. Alors lorsquâil est entrĂ© dans la vie de ma mĂšre, jâen Ă©tais ravie. Longtemps jâai dit de lui quâil Ă©tait gentil et que ma mĂšre sâen servait comme de tout le monde. Il me portait sur ses genoux, me soufflait que jâĂ©tais sa prĂ©fĂ©rĂ©e. Il nous ramenait des sucreries de son pays dâorigine. Je lâaimais bien. Quand il Ă©tait lĂ , ma mĂšre Ă©tait moins violente avec nous. Sa prĂ©sence suffisait Ă nous protĂ©geait de ses coups et de ses mots tranchants, dĂ©nigrants. Je lui en Ă©tais reconnaissante. Mais ils se disputaient de plus en plus souvent. Et un jour, il nâest plus revenu. Plusieurs annĂ©es plus tard, alors que nous avions emmĂ©nagĂ© dans une autre ville. Ma mĂšre nous reparle de lui, en nous disant quâil allait peut-ĂȘtre revenir. Mais avant, elle voulait ĂȘtre sĂ»re que son cousin sâĂ©tait trompĂ© sur son compte, quâil ne sâintĂ©ressait pas Ă ses filles. Je nâai pas compris son propos. Quand il est revenu, jâavais quatre ans de plus et il mâa rappelĂ© que jâĂ©tais sa prĂ©fĂ©rĂ©e et ma donnĂ© la clĂ© de son studio au cas oĂč jâaurais envie dâintimitĂ©. Je nâen ai rien fait. Jâai grandi. Jâai quittĂ© la maison. Jâai eu des enfants. Et un jour, un homme mâa proposĂ© son aide et ... un rideau de fer est tombĂ© entre nous et une voix me murmurait de fuir. Je nâai pas compris. Jâavais besoin de lui. Mais quelque chose de plus puissant et profond mâempĂȘchait dâaccepter son aide. Jâai entamĂ© une enquĂȘte intĂ©rieure. Jâai dĂ©terrĂ© ce cadavre qui hantait mes nuits depuis des annĂ©es. Mais il mâĂ©tait impossible de lâidentifier. Jâai creusĂ© partout. Puis je lâai retrouvĂ©e, cette petite fille assise sur ses genoux, acceptant ses caresses. Jâai entendu ce qui lui disait, ce quâelle lui rĂ©pondait. Jâai ressenti sa culpabilitĂ© vis Ă vis de sa mĂšre et cette peur quâelle lâapprenne. Alors je lâai prise dans mes bras et nous avons pleurĂ© toutes les deux. Puis, elle mâa demandĂ© : â Et toi, quâaurais-tu fait Ă ma place ? â Je lui ai rĂ©pondu : âsans doute la mĂȘme chose. ce nâest pas de ta faute.â Et nous avons pleurĂ© longtemps, dans les bras lâune de lâautre.
Bonjour !
4 and 5 October, time goes very slowly this month, right?
Ă bientĂŽt !
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