Devenir une grande personne
Récemment j'ai exprimé ma peur de devenir adulte. Je ne suis pas sure du sens de ce mot mais il ne m'inspire pas confiance. Devenir adulte c'est tout d'abord devenir responsable. Pour ça je ne m'en fais pas, je pense l'être depuis déjà longtemps et, comme je ne bois plus, ça devient plus simple et plus réel. Mais au-delà de cette responsabilité vient une idée de stabilité, d'être sure de soi, d'être moins insouciante. Un adulte ça a des choses à faire, tout le temps, c'est ne plus pouvoir être aussi spontanée qu'avant. Les loisirs changent, nos centres d'intérêt évoluent, notre corps aussi. Je ne pense pas être caricaturale quand je dis ça, je le ressens. Quand je regarde ce qui me fait vibrer aujourd'hui je suis loin de ce qui me faisait vibrer quand j'avais 15 ans. Même si ce rôle s'empare de moi petit à petit j'ai encore beaucoup de mal à l'assumer. J'adore quand mon appartement est propre et rangé, j'ai envie de m'investir dans des choses qui me paraissaient trop lointaines avant, je deviens raisonnable et j'ai souvent mal au dos.
Malgré cette peur, ce vertige qui me prend quand j'y pense, je crois qu'il est temps de lâcher prise, d'accepter cette nouvelle version plus posée, plus intello, plus sage. Je resterai toujours rêveuse, idéaliste et parfois excentrique. J'ai 31 ans. Pas encore majeure chez les hobbits. Ca me laisse un peu de temps pour me faire à ma nouvelle condition d'adulte mais je sens que ça vient. Peut-être que dire que j'ai peur de devenir adulte est une façon pour moi de dire que je ne le suis pas encore, de mettre de la distance avec la réalité. Mais, à bien y réfléchir, peut-être qu'en fait je n'ai pas peur, peut-être même que je suis excitée à cette idée. Comme avant un saut en parapente, j'ai terriblement envie de le faire mais c'est vertigineux, ça me fait peur mais j'en ai envie. Devenir adulte c'est peut-être alors tout simplement prendre son envol. Et il me tarde de pouvoir regarder le monde d'en haut.