La clope au bec, Élisa sort prendre sa pause.
Sa frange lui colle au front, et ce mec qu’elle a connu y’a seulement deux jours lui colle au cul. Textos. Messages vocaux. Pas le temps de regarder, d’écouter, de lire. La pause c’est sacré.
C’est fait pour apprécier sa clope tranquillement, pas pour s’enquiquiner avec des pots de colle. Elle passe vite en plus, la pause. Tu commences vraiment à profiter que déjà c’est fini, que déjà y a le gros Robert qui gueule :
“Hey Zaza, y a des clients qui attendent au bar !”
Et merde.
Pas 5 minutes elle a fait la pause. C’est pas une vie ! M’enfin, le boulot c’est le boulot, et quand le gros Robert dit qu’il faut s’y mettre, et ben... faut s’y mettre. Faut pas broncher, parce qu’il est pas commode ce patron. C’est un bon type franchement, y a pas à dire, mais si tu lui plais pas, il passera pas par 10 000 chemins pour te le dire. Il te le crachera même en pleine tronche, comme un gros molard qui démange au fond de la gorge et qu’on expulse avec soulagement.
“Zaza !!!”
Vaut mieux pas que Robert voit rouge. Personne n’a envie d’être dans le coin quand il voit rouge.
Élisa écrase sa clope à moitié fumé sur le bitume et se dirige nonchalamment vers le comptoir. La frange collée au front, toujours, et les petits cheveux de derrière pleins de sueur qui sortent du chignon. Le travail reprend. Les clients et leurs blagues cochonnes. Mains aux fesses. Remarques misogynes. Élisa se laisse pas faire. Jamais. Elle répond toujours par une réplique cinglante.
On la fait chier une fois Élisa. Pas deux, pas trois.
Bière. Vin. Café. Vin. Bière. Pastis. Vin. Martini. Bière, bière, bière.
C’est le même refrain, les mêmes têtes, les mêmes commandes. C’est marqué sur leurs têtes, c’qu’ils veulent les gens, tellement prévisibles, les bourges comme les prolos, et les autres aussi d’ailleurs.