Annette Coppée (French, 19th century): Portrait of François Coppée (1842-1908), poet, aged nine (c. 1851) (via Paris Musées)
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Annette Coppée (French, 19th century): Portrait of François Coppée (1842-1908), poet, aged nine (c. 1851) (via Paris Musées)

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Rosita Mauri
âto the trials of rehearsal ⊠[she] brought a kind of physical enthusiasm, a kind of joyous delirium. You felt that she loved to dance for nothing, from instinct, for the love of dancing, even in a dark and empty theatre.â
 -François Coppée, composer of the ballet La Korrigane, in which Rosita created the lead role of Yvette
source
M. Roger MONTEAUX [François COPPĂE]
"La Bénédiction"
(10" 78rpm. Odéon. 1934) [FR]
La Bénédiction
"Or, en mil huit cent neuf, nous prĂźmes Saragosse. JâĂ©tais sergent. Ce fut une journĂ©e atroce. La ville prise, on fit le siĂšge des maisons, qui, bien closes, avec des airs de trahisons, faisaient pleuvoir les coups de feu par leurs fenĂȘtres. On se disait tout bas : « Câest la faute des prĂȘtres. » Et, quand on en voyait sâenfuir dans le lointain, bien quâon eĂ»t combattu dĂšs le petit matin, avec les yeux brĂ»lĂ©s de poussiĂšre et la bouche amĂšre du baiser sombre de la cartouche, on fusillait gaĂźment et soudain plus dispos tous ces longs manteaux noirs et tous ces grands chapeaux.
Mon bataillon suivait une ruelle Ă©troite. Je marchais, observant les toits Ă gauche, Ă droite, Ă mon rang de sergent, avec les voltigeurs, et je voyais au ciel de subites rougeurs haletantes ainsi quâune haleine de forge. On entendait des cris de femmes quâon Ă©gorge, au loin, dans le funĂšbre et sourd bourdonnement. Il fallait enjamber des morts Ă tout moment. Nos hommes se baissaient pour entrer dans les bouges, puis en sortaient avec leurs baĂŻonnettes rouges, et du sang de leurs mains faisaient des croix au mur, car dans ces dĂ©filĂ©s il fallait ĂȘtre sĂ»r de ne pas oublier un ennemi derriĂšre. Nous allions sans tambour et sans marche guerriĂšre. Nos officiers Ă©taient pensifs. Les vĂ©tĂ©rans, inquiets, se serraient des coudes dans les rangs et se sentaient le cĆur faible dâune recrue.
Tout Ă coup, au dĂ©tour dâune petite rue, on nous crie en français : « Ă lâaide ! » En quelques bonds nous joignons nos amis en danger et tombons au milieu dâune belle et grave compagnie de grenadiers chassĂ©s avec ignominie du parvis dâun couvent seulement dĂ©fendu par vingt moines, dĂ©mons noirs au crĂąne tondu. Qui sur la robe avaient la croix de laine blanche, et qui, pieds nus, le bras sanglant hors de la manche, les assommaient Ă coups dâĂ©normes crucifix. Ce fut tragique : avec tous les autres je fis un feu de peloton qui balaya la place. Froidement, mĂ©chamment, car la troupe Ă©tait lasse et tous nous nous sentions des Ăąmes de bourreaux, nous tuĂąmes ce groupe horrible de hĂ©ros. Et cette action vile une fois consommĂ©e, lorsque se dissipa la compacte fumĂ©e, nous vĂźmes, de dessous les corps enchevĂȘtrĂ©s, de longs ruisseaux de sang descendre les degrĂ©s. â Et, derriĂšre, sâouvrait lâĂ©glise, immense et sombre.
Les cierges Ă©toilaient de points dâor toute lâombre ; lâencens y rĂ©pandait son parfum de langueur ; et, tout au fond, tournĂ© vers lâautel, dans le chĆur, comme sâil nâavait pas entendu la bataille, un prĂȘtre en cheveux blancs et de trĂšs haute taille terminait son office avec tranquillitĂ©.
Ce mauvais souvenir si prĂ©sent mâest restĂ©
Quâen vous le racontant je crois tout revoir presque : Le vieux couvent avec sa façade moresque, les grands cadavres bruns des moines, le soleil faisant sur les pavĂ©s fumer le sang vermeil, et, dans lâencadrement noir de la porte basse, ce prĂȘtre et cet autel brillant comme une chĂąsse, et nous autres clouĂ©s au sol, presque poltrons.
Certes, jâĂ©tais alors un vrai sac Ă jurons, un impie ; et plus dâun encore se rappelle quâon me vit une fois, au sac dâune chapelle, pour faire le gentil et le spirituel, allumer une pipe aux cierges de lâautel. DĂ©jĂ jâĂ©tais un vieux traĂźneur de sabretache ; et le pli que donnait ma lĂšvre Ă ma moustache annonçait un blasphĂšme et nâĂ©tait pas trompeur. â Mais ce vieil homme Ă©tait si blanc quâil me fit peur.
« Feu ! » dit un officier. Nul ne bougea. Le prĂȘtre entendit, Ă coup sĂ»r, mais nâen fit rien paraĂźtre, et nous fit face avec son grand saint sacrement, car sa messe en Ă©tait arrivĂ©e au moment oĂč le prĂȘtre se tourne et bĂ©nit les fidĂšles. Ses bras levĂ©s avaient une envergure dâailes. Et chacun recula, lorsquâavec lâostensoir il dĂ©crivit la croix dans lâair et quâon put voir quâil ne tremblait pas plus que devant les dĂ©votes ; et quand sa belle voix, psalmodiant les notes, comme font les curĂ©s dans tous leurs Oremus, dit : Benedicat vos omnipotens Deus,
« Feu ! rĂ©pĂ©ta la voix fĂ©roce, ou je me fĂąche. » Alors un dâentre nous, un soldat, mais un lĂąche, abaissa son fusil et fit feu. Le vieillard devint trĂšs pĂąle, mais, sans baisser son regard Ă©tincelant dâun sombre et farouche courage : Pater et Filius, reprit-il. Quelle rage ou quel voile de sang affolant un cerveau fit partir de nos rangs un coup de feu nouveau ? Je ne sais ; mais pourtant cette action fut faite. Le moine, dâune main sâappuyant sur le faĂźte de lâautel et tĂąchant de nous bĂ©nir encor de lâautre, souleva le lourd ostensoir dâor. Pour la troisiĂšme fois il traça dans lâespace le signe du pardon, et dâune voix trĂšs basse, mais quâon entendit bien, car tous bruits sâĂ©taient tus,
Il dit, les yeux fermĂ©s : Et Spiritus sanctus. Puis tomba mort, ayant achevĂ© sa priĂšre. Lâostensoir rebondit par trois fois sur la pierre. Et, comme nous restions, mĂȘme les vieux troupiers, sombres, lâhorreur vivante au cĆur et lâarme aux pieds, devant ce meurtre infĂąme et devant ce martyre : Amen ! dit un tambour en Ă©clatant de rire.
François Coppée, "PoÚmes modernes" (1885)
Je serai poÚte et toi poésie.
François Coppée
Translation: âI will be the poet, and you will be the poetry.â
The French poet Francois Coppee in his garden, 1907. Photographer unknown

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from âRitournelleâ by François CoppĂ©e
Je serai poÚte et toi poésie
I'll be a poet, and you'll be poetry
François Coppée
Laisse donc les ans sâĂ©puiser. Que de larmes pour un baiser, Que dâĂ©pines pour une rose !
François Coppée