La Princesse ses fibroses et la loi
Une Ă©ternitĂ© que je nâai pas trouvĂ© ni le temps, ni la possibilitĂ© de venir ici pour transcrire ce que jâaurais pourtant bien besoin de partager. Comme toujours, câest la colĂšre qui sera mon dĂ©clencheur. Quoiquâon en dise, ma colĂšre est ma force. Le temps mâa appris Ă lâapprivoiser. Et je la brandie.
Je vous Ă©cris aujourdâhui de mon retour parmi les vivants. Le chemin a Ă©tĂ© long, rien nâest encore bien certain mais ceci est une autre histoire et je la garde pour plus tard.
Aujourdâhui, je dĂ©gaine mon ordinateur pour dire ma colĂšre. Ma colĂšre contre un systĂšme, contre une sociĂ©tĂ©. Contre un ensemble de groupement de personnes et dâinstances qui se croient encore et toujours en droit de dĂ©cider Ă ma place ce qui est bon ou mauvais pour moi, pour mon corps.
Aujourdâhui, plus que jamais, je sais ce que mon corps mĂ©canique aurait besoin comme aide extĂ©rieure pour venir libĂ©rer une zone de mon corps mangĂ©e par les adhĂ©rences, par une ou des fibroses. Des rĂ©actions cicatricielles que mon corps a produit pour se dĂ©fendre de la maladie qui mâa causĂ© bien des souffrances ces derniĂšres annĂ©es. Des rĂ©actions cicatricielles qui ont elles aussi Ă©tĂ© source de souffrance. Des rĂ©actions cicatricielles qui sont aujourdâhui, alors que la maladie semble me laisser quelques temps de rĂ©pit, encore source de douleurs qui parfois me rĂ©veillent en plein milieu de la nuit. Des rĂ©actions cicatricielles qui mâont fait souffrir Ă un point tel que mon cerveau dâhumain, aussi surefficient soit-il, ne peut encore lâassimiler, 11 mois plus tard. Des rĂ©actions cicatricielles qui... allez, oui, je le dis. Des rĂ©actions cicatricielles qui ont failli me couter la vie. Ma vie, si tendre et si prĂ©cieuse. Alors mĂȘme que je donnais vie moi mĂȘme. Des rĂ©actions cicatricielles qui ont failli provoquer ma mort alors que je donnais vie Ă ce petit ĂȘtre merveilleux qui mâaccompagne depuis bientĂŽt 11 mois maintenant. Des rĂ©actions cicatricielles auxquelles je nâen veux pas dâĂȘtre lĂ . Elles ont fait leur job. En leur temps. Probablement. Ou peut ĂȘtre pas. Mais finalement je mâen fous.
Aujourdâhui, je sais que je nâai plus besoin dâelles. Quâelles sont limitantes. Dans ma motricitĂ©. Et dans mon bien ĂȘtre aussi. Que jâai besoin quâelles soient libĂ©rĂ©es pour que je puisse retrouver un corps au plus proche de celui que jâaurais dĂ» avoir Ă 30 ans si Dame Endo ne sâĂ©tait pas pointĂ©e. Que jâai besoin quâelles soient libĂ©rĂ©es pour libĂ©rer cette part de mon Ăąme qui sâest retrouvĂ©e acculĂ©e, enserrĂ©e et Ă©tranglĂ©e au sein de mon propre corps au point quâelle ait eu besoin de le fuir dans son entier. Que jâai besoin quâelles soient libĂ©rĂ©es pour libĂ©rer cette culpabilitĂ© qui est encore prisonniĂšre de leurs Ă©taux, cette culpabilitĂ© de nâavoir pu, par la seule force de ma volontĂ©, accompagner mon enfant dans son passage entre mes chairs pour nous arriver, comme nous lâavions attendu son papa, lui-mĂȘme et moi, dâentre mes cuisses Ă nos bras.
Aujourdâhui, je sais que pour se faire, jâai besoin dâaide. Que tout ce qui pouvait ĂȘtre fait tant de ma part que de celle des practiciens soignants thĂ©rapeutes manuels par voie externe a Ă©tĂ© fait.
Aujourdâhui, je demande que lâon vienne en mon sein manipuler les parois de mon vagin pour les dĂ©coller de ma vessie et de mon rectum. Que lâon vienne libĂ©rer mon col utĂ©rien qui nâa jamais pu sâouvrir pour laisser la voie libre Ă mon enfant. Mon col que malgrĂ© 9 mois de grossesse, je nâai jamais pu atteindre de mes propres doigts tant il est postĂ©rieur et haut. Que lâon vienne libĂ©rer mon sigmoĂŻde qui me cause tant de trouble du transit depuis tant dâannĂ©es. Je sais oĂč sont les points dâaccroche. Si je savais dessiner, jâen ferais une cartographie. Mais je ne sais pas.
Mais aujourdâhui on me rĂ©pond que âla loi ne nous y autorise pasâ.
...
La loi française nâautorise pas les thĂ©rapeutes compĂ©tents Ă venir me soulager. La loi française ne les autorise pas, Ă dĂ©faut de pouvoir revenir en arriĂšre pour réécrire lâhistoire, Ă me permettre de pouvoir envisager librement de dĂ©sirer de porter un nouvel enfant dans mon ventre sans que les 9 mois de grossesse soient un remake incarnĂ© du chemin de croix achevĂ© par crucifixion. La loi française ne mâautorise pas moi Ă pouvoir soigner mon corps selon mes propres souhaits, ni Ă envisager que donner la vie ne soit pas synonyme dâune longue descente aux enfers.
Mais qui est-elle cette loi française ???
Qui est-elle pour se croire encore en droit de me dire qui, oĂč et quand peut ou non entrer dans mon intĂ©rieur, dans mes entrailes pour soigner et guĂ©rir ? Qui est-elle pour se croire en droit de dĂ©cider Ă ma place qui a le droit ou non de pĂ©nĂ©trer mon anus, mon vagin ou mĂȘme ma bouche tiens ?!
Aujourdâhui une Ă©paule luxĂ©e est âbien Ă©videmment et heureusement !â remise en place. Un coccyx luxĂ© ? 2 fois le mien lâa Ă©tĂ© dans ma vie. Mâa-t-on seulement Ă©voquĂ© cette idĂ©e de le replacer ? Jamais. Et pourquoi ? Parce que jâĂ©tais une jeune fille. Une jeune fille. On a donc dĂ©cidĂ© Ă ma place de si on soignait ou non une partie de mon corps blessĂ©, sans jamais juger que je pourrais non seulement avoir droit Ă ĂȘtre informĂ©e de ce possible mais aussi dĂ©cider librement dâĂȘtre soignĂ©e ou non. Parce que jâĂ©tais : une jeune fille. Mais aujourdâhui alors ? Je ne suis pourtant plus jeune. Que me reste-t-il donc comme qualificatif de lâĂ©poque ? ... Fille. Je suis une fille. Tiens ! Comme par hasard.
âCertains practiciens le font mais sur prescription mĂ©dicaleâ. Le coccyx bien sĂ»r hein. Le reste, tu oublies. Sur prescription mĂ©dicale. Au bon vouloir donc de celui qui aurait atteint le statut de Docteur. Ou de Professeur aussi, ça marche.Â
Tu la vois la boucle que je tente de boucler ? Pas encore ? Attends ça vient.
Pour remettre en place nâimporte quelle partie de ton corps souffrant, aucun problĂšme. Rarement. En tout cas, câest une Ă©vidence. Mais lorsquâil sâagit de cette zone impure, honteuse, Ă cacher, Ă taire, cette zone pourtant merveilleuse qui, tiens toi bien, te permet de respirer, de tenir debout, de marcher, de ne pas te chier, ni de te pisser dessus, de porter la vie, de la donner, de jouir et tout ce que jâoublie. Lorsquâil sâagit de cette zone que lâon appelle le plancher pelvien, que lâon a tous, toi et moi, homme, femme ou lâinfinitĂ© de genre que la nature créée, tous les ĂȘtres humains que cette Terre produit, cette zone qui contient le pĂ©rinĂ©e et qui distingue certains individus dâautres car il entoure une cavitĂ© chez certains et pas chez dâautres. Lorsquâil sâagit de cette zone qui nâest encore que trop associĂ© au fĂ©minin uniquement, par le grand public. Lorsquâil sâagit de cette zone, alors lĂ , tout le monde fuit. Les regards se tournent, les bouches se taisent, les oreilles se voilent. On rĂ©torque aux femmes enceintes quand elles se plaignent Ă mĂȘme pas 4 mois de grossesse de leur psoas, de leur ligaments utĂ©ro-sacrĂ©s, de leur sciatique, de leur vessie et de leur rectum que dâabord câest normal et quâensuite, quâen bien mĂȘme, câest trop, on ne peut plus rien faire pour soulager au risque de perdre le bĂ©bĂ©. On leur propose de sâautomasser le pĂ©rinĂ©e, oĂč de le faire faire par leur conjoint. Câest bien connu, ils sont des aides soignants tellement efficaces, peu couteux et silencieux. Mais faudrait voir Ă pas faire ça pendant les rapports sexuels bien sĂ»r, histoire de pas tout confondre. Les rapports sexuels ? Lesquels ? Ceux oĂč tu ne peux pas envisager de jouir sans que cela tâarrache un cri de douleur ? Ceux oĂč ta vulve est dĂ©jĂ tellement comprimĂ©e par le âtout va bienâ du dessus que tâas mĂȘme pas besoin dâĂȘtre excitĂ©e pour avoir un orgasme dâune violence inouie ? De sâautomasser donc mais pas avant le 8e mois.
Mais qui est ce âOnâ ? Et qui est cette âloi françaiseâ ? Qui dĂ©cide pour toi ce qui est bon ou non Ă quel moment sans jamais, jamais tâexpliquer pourquoi pour ne pas te laisser libre de tes choix ?
Est ce que ce On câest le mĂȘme On que celui qui a pratiquĂ© sur mon corps des annĂ©es durant des examens non expliquĂ©s et donc non consentis ? Est ce que ce On câest le mĂȘme On que celui qui a cru bon mâintroduire spĂ©culums froids en mĂ©tal mĂȘme pas deux mois aprĂšs ma premiĂšre pĂ©nĂ©tration qui en fait, et il mâa fallu plusieurs annĂ©es pour le comprendre et le nommer, est un viol, sondes intra-utĂ©rine employĂ©es pour voir si âça fait mal lĂ quand jâappuieâ, doigts gantĂ©s plus ou moins annoncĂ©s, par deux ou trois, qui fouillent, cherchent, prennent appui, ces pinces qui sectionne pour biopsie, ces gels glacĂ©s pour IRM, ces aspirations pour faire le vide qui te dĂ©colle les adhĂ©rences une Ă une sur la table de radiographie pour ensuite tâinjecter un liquide âpour voir oĂč ça passeâ que tâas tellement eu mal que le radiologue en est paumĂ©, se rend mĂȘme pas compte que tu te rends mĂȘme pas compte que tu es prĂȘte Ă te rhabiller, le speculum toujours coincĂ© entre tes cuisses bien enfoncĂ© dedans, ces 7 trous dans ton abdomen dĂ©foncĂ© par le gaz, palette de couleur allant du rose chair au noir bleu en passant par le jaune, le vert, le bleu, ces regards appuiĂ©s par paire de 1 mais parfois 2 ou 3, voire plus pour âvous voyez lĂ que câest symptomatiqueâ, tout ça bien sĂ»r sur le dos, le cul Ă lâair, la vulve Ă nue, parfois les poings comprimĂ©s sous le bassin pour faire appui ? Jâen passe, si tu savais comme jâen passe. Et que de ma propre expĂ©rience. Imagine combien dâautres si on se met Ă raconter Ă plusieurs.
Je crache pas sur tout ça. Je dis pas quâil faut tout jeter. Que rien nâa servi Ă rien. Que tout Ă©tait mauvais. Que les mĂ©decins sont pourris. Que la loi française aussi. Seulement, je mâinterroge. Qui peut encore aujourdâhui dĂ©cider Ă ma place ce qui peut sâintroduire en moi et pourquoi ? AprĂšs tout ça.
Et je suis en colĂšre. Alors je pointe du doigts. Et je dĂ©nonce. Les phallocrates qui dĂ©cident encore aujourdâhui pour moi sans convenir que mon avis devrait avoir un poids consĂ©quent. Et qui jamais, jamais nâont vĂ©cu dans leur chair ni les intrusions inattendues, ni la douleur du quotidien, ni la peur de mourir, ni le choix de revenir.
Bien sĂ»r, une fois ma colĂšre dite, elle va me servir. Et je vais trouver. Je trouve toujours. Je suis tĂȘtue vous savez.

















