Câest un livre fou et câest fou quâil ait eu le Femina. Ce nâest pas du tout mon style dâhabitude, les faits divers, la reconstitution, les archives, la plongĂ©e mĂ©ticuleuse dans le passĂ©. Mais au dĂ©but, jâai Ă©tĂ© intriguĂ©e par ma copine qui le lisait en pouffant, et jâai commencĂ© le premier chapitre qui mâa sĂ©duite. Au fond, je crois quâil y a de ça avec Philippe Jaenada, il vous sĂ©duit. Avec sa verve comique et sa malice. Lâhumour du premier chapitre qui le dĂ©crit comme aventurier de pacotille qui embarque dans sa Meriva de location pour aller remuer la poussiĂšre en Dordogne de la sombre histoire dâHenri Girard (lâauteur du Salaire de la peur, accusĂ© du meurtre -Ă la serpe- de son pĂšre, de sa tante et de la bonne en 1941, puis miraculeusement acquittĂ©) mâa happĂ©e. Surtout quâil se compare a un protagoniste du club des 5, un justicier qui ne nĂ©glige pas de raconter les moments oĂč ils boivent de la citronnade (je me rappelle de ça), pour lui câest plutĂŽt des whiskies... oui, il raconte lâhistoire incroyable dâHenri Girard, de sa famille, de lâenquĂȘte, d lâinstruction, de ses doutes, des recherches que lui effectue, titillĂ© par des dĂ©tails qui ne collent pas avec la version officielle, il raconte ses errances, fait mille digressions, sur lui, la vie, des dĂ©tails saugrenus. Tout est unifiĂ© par le style. HonnĂȘtement, on rigole pas mal, malgrĂ© le macabre de lâaffaire. Mais le livre est tout de mĂȘme Ă©norme, et au bout dâun certain nombre de pages, jâai commencĂ© Ă faiblir et Ă souhaiter que cela cesse. Je nâen pouvais plus de revenir sans cesse Ă ces jours dâoctobre 41 pour dissĂ©quer les moindres dires de chaque personne. Je pense que je serais une mauvaise dĂ©tective ; au bout dâun moment, jâen ai juste marre. Lâhumour de Philippe Jaenada fonctionne encore sur moi page 600, mais je fatigue. Ce nâest pas toujours dâune absolue finesse. Mais il vous a Ă lâusure. Ok. Ok. Jâaccepte sa thĂšse sur le triple crime parce stop, je nâen peux plus, je veux sortir de la tĂȘte de lâauteur, je veux sortir de cette France en guerre, je veux oublier cette serpe et ce sang versĂ©. Au dĂ©but du livre je pensais, enthousiaste, que jâallais lire dâautres livres de cet auteur, maintenant je ne crois pas, je prĂ©fĂ©rais aller boire des coups avec lui. Plus jamais je ne lis 600 pages sur un fait divers. Jâimagine quâil a eu le Prix Femina pour sa capacitĂ© Ă vous embarquer pour une odyssĂ©e Ă la fois dĂ©risoire et Ă©pique. Tout de mĂȘme, ça ressemble Ă un hold-up, une victoire remportĂ©e par KO.