Tchad 5 mars 2026 : ce que rĂ©vĂšle la dĂ©mission surprise du ministre d'Ătat Tom Erdimi
La dĂ©mission du ministre d'Ătat Tom Erdimi rĂ©vĂšle les fissures d'une rĂ©conciliation politique de façade Ă N'Djamena. Par la rĂ©daction | 05 mars 2026 Tchad : Erdimi, du gibet au ministĂšre Un condamnĂ© Ă mort devenu ministre d'Ătat. C'est le paradoxe que rĂ©sume le parcours de Tom Erdimi au sein de l'exĂ©cutif tchadien. Son dĂ©part du gouvernement, actĂ© par le Premier ministre Allamaye Halina ce 5 mars 2026, n'est pas un simple ajustement administratif. Il est le rĂ©vĂ©lateur d'une architecture politique bĂątie sur des Ă©quilibres aussi fragiles qu'artificiels, dans un pays oĂč la transition dĂ©mocratique ressemble chaque jour davantage Ă une consolidation dynastique. Un ennemi d'Ătat propulsĂ© ministre Pour saisir la portĂ©e rĂ©elle de cette dĂ©mission, il faut remonter loin. Tom Erdimi, nĂ© le 12 juillet 1955 Ă KĂ©oura, dans le nord-est de l'Ennedi, est un gĂ©ophysicien et homme politique tchadien, membre de l'ethnie Zaghawa, cousin du prĂ©sident Idriss DĂ©by Itno. Il fut le premier directeur du cabinet civil de son cousin en 1991, le premier recteur de l'UniversitĂ© de N'Djamena, avant de coordonner le projet pĂ©trolier de Doba et de reprĂ©senter le Tchad auprĂšs du consortium Exxon Ă Houston. Il Ă©tait, en somme, l'un des architectes de la rente pĂ©troliĂšre tchadienne. Sa rupture avec le rĂ©gime intervient en dĂ©cembre 2005. Avec son frĂšre jumeau Timan, il fonde le Rassemblement des forces pour le changement, mouvement armĂ© opposĂ© au rĂ©gime d'Idriss DĂ©by. En 2007, un mandat d'arrĂȘt international est Ă©mis contre les deux frĂšres. Un tribunal tchadien les condamne Ă mort par contumace.  Tom assure le financement de la rĂ©bellion depuis l'exil Ă Houston, puis au Caire. L'Union des forces de la rĂ©sistance, coalition rebelle qu'ils rejoignent, lance une offensive militaire en 2019 qui est repoussĂ©e grĂące aux bombardements de l'armĂ©e française. En dĂ©cembre 2020, Tom Erdimi disparaĂźt en Ăgypte. Sa famille saisit les Nations Unies aprĂšs sa disparition, pointant la responsabilitĂ© des services de renseignement tchadiens, qui auraient rĂ©clamĂ© aux Ăgyptiens son arrestation â ce que les autoritĂ©s de N'Djamena ont toujours dĂ©menti. Puis, retournement spectaculaire : en septembre 2022, il bĂ©nĂ©ficie d'une grĂące prĂ©sidentielle dĂ©cidĂ©e par Abdel Fattah al-Sissi et retrouve N'Djamena. Trois semaines plus tard, dans le cadre du dialogue national inclusif souverain, Mahamat Idriss DĂ©by Itno le nomme ministre d'Ătat chargĂ© de l'Enseignement supĂ©rieur au sein du gouvernement d'union nationale. L'ancien condamnĂ© Ă mort intĂšgre ainsi le premier cercle de l'exĂ©cutif. La rĂ©conciliation comme instrument tactique La rĂ©intĂ©gration des frĂšres Erdimi n'a jamais procĂ©dĂ© d'une rĂ©conciliation sincĂšre. Elle rĂ©pondait Ă une nĂ©cessitĂ© tactique : neutraliser l'une des familles rebelles les plus redoutables du pays, de la mĂȘme ethnie Zaghawa que la dynastie DĂ©by, afin de lĂ©gitimer une transition dont la nature militaire suscitait une dĂ©fiance internationale croissante. Selon un expert de la politique sahĂ©lienne, « au Tchad, les rĂ©conciliations au sommet ne sont jamais des amnisties morales, elles sont des contrats de cohabitation Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e ». Tom Erdimi est reconduit successivement dans le gouvernement de SuccĂšs Masra, puis dans celui d'Allamaye Halina, avant d'ĂȘtre maintenu dans le gouvernement Halina II constituĂ© le 6 fĂ©vrier 2025. Sa prĂ©sence au sein de l'exĂ©cutif signifiait que la branche armĂ©e de la famille Erdimi conservait un Ćil sur le pouvoir depuis l'intĂ©rieur. Dix jours avant sa dĂ©mission, le 24 fĂ©vrier 2026, il signait encore une circulaire nationale rappelant les Ă©tablissements universitaires au respect de la discipline acadĂ©mique. Le ministre y soulignait que les universitĂ©s doivent demeurer des espaces exclusivement dĂ©diĂ©s aux Ă©tudes, fondĂ©s sur la tolĂ©rance et la responsabilitĂ©. Son dĂ©part, intervenu neuf jours plus tard, rompt cet Ă©quilibre sans explication officielle. Un secteur Ă©ducatif en crise au moment du dĂ©part Le portefeuille qu'il laisse est lourd, et son dĂ©part survient dans un contexte de tensions sociales aiguĂ«s. En fĂ©vrier 2026, le Syndicat des enseignants du Tchad de N'Djamena a dĂ©clenchĂ© une grĂšve aprĂšs avoir constatĂ© que les effets du dĂ©cret 2850 portant statut particulier des enseignants, signĂ© en novembre 2025, ne sont pas intĂ©grĂ©s dans le budget 2026. Le gouvernement a rĂ©agi en annonçant le non-paiement des jours de grĂšve, invoquant une procĂ©dure irrĂ©guliĂšre.  Le 28 fĂ©vrier 2026, la section de N'Djamena a finalement suspendu son mouvement pour deux semaines, Ă la demande du mĂ©diateur de la RĂ©publique Saleh Kebzabo, qui a promis d'intervenir auprĂšs du gouvernement. Cette crise sociale, portĂ©e par un secteur Ă©ducatif chroniquement sous-financĂ©, constituait l'environnement direct de travail d'Erdimi au moment de son dĂ©part. Le Tchad affiche l'un des taux de scolarisation dans le supĂ©rieur les plus faibles d'Afrique subsaharienne, estimĂ© Ă environ 3 % selon les donnĂ©es de la Banque mondiale. Avec 65 % de la population ĂągĂ©e de moins de 25 ans, la formation professionnelle adaptĂ©e au marchĂ© de l'emploi constitue un enjeu de dĂ©veloppement prioritaire que le prochain titulaire du portefeuille hĂ©ritera sans feuille de route consolidĂ©e. L'intĂ©rim est dĂ©sormais assurĂ© par la secrĂ©taire d'Ătat Colette GaberĂ©. Le Tchad dans un tournant autoritaire assumĂ© Cette dĂ©mission s'inscrit dans un paysage politique tchadien qui s'est radicalement durci depuis l'Ă©lection prĂ©sidentielle contestĂ©e de mai 2024. En octobre 2025, le Parlement dominĂ© par le Mouvement patriotique du salut a adoptĂ© des amendements constitutionnels qui suppriment les limites du mandat prĂ©sidentiel et prolongent chaque mandat de cinq Ă sept ans, ouvrant la voie Ă un maintien indĂ©fini au pouvoir de Mahamat Idriss DĂ©by. Human Rights Watch a dĂ©noncĂ© le « dĂ©mantĂšlement d'un garde-fou important contre l'autoritarisme ». En mai 2025, l'ancien Premier ministre SuccĂšs Masra avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă vingt ans de prison pour incitation Ă la haine et Ă la violence, dans un procĂšs jugĂ© politiquement motivĂ©. En octobre 2025, une partie de l'opposition avait suspendu toutes ses activitĂ©s politiques, dĂ©nonçant un « climat de terreur » et des intimidations orchestrĂ©es par les services de renseignement. Dans ce paysage, la dĂ©mission d'Erdimi prend une autre dimension : elle intervient alors que le rĂ©gime de Mahamat Idriss DĂ©by marginalise progressivement ceux dont la prĂ©sence au gouvernement avait Ă©tĂ© tolĂ©rĂ©e comme garantie de stabilitĂ© post-transition, et non comme choix politique dĂ©libĂ©rĂ©. Ce que cette dĂ©mission rĂ©vĂšle vraiment Les motivations officielles demeurent inconnues. Le communiquĂ© du Premier ministre s'est limitĂ© à « prendre acte » de la dĂ©cision du ministre d'Ătat. Ce mutisme est lui-mĂȘme Ă©loquent. Selon un observateur averti de la politique africaine, « quand un ancien rebelle quitte le gouvernement sans que personne n'explique pourquoi, c'est gĂ©nĂ©ralement que les termes du contrat initial n'ont pas Ă©tĂ© honorĂ©s par l'une des deux parties ». La variable Timan Erdimi demeure centrale. CondamnĂ© Ă perpĂ©tuitĂ© puis partiellement rĂ©habilitĂ© via le dialogue de 2022, le chef rebelle de l'UFR, exilĂ© Ă Doha depuis plus d'une dĂ©cennie, n'a jamais pleinement intĂ©grĂ© le jeu institutionnel tchadien. Le dĂ©part de son frĂšre jumeau du gouvernement rouvre donc une question que N'Djamena prĂ©fĂ©rerait Ă©luder : que reste-t-il du pacte Erdimi-DĂ©by ? Le choix du prochain titulaire du portefeuille de l'Enseignement supĂ©rieur sera indicateur. S'il appartient au cercle proche du prĂ©sident, ce sera la confirmation que l'espace rĂ©servĂ© aux anciens opposants rĂ©intĂ©grĂ©s se rĂ©trĂ©cit mĂ©thodiquement. Ce choix dira davantage sur l'orientation rĂ©elle du rĂ©gime que n'importe quel discours sur la dĂ©mocratisation. Suivez l'Ă©volution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualitĂ© africaine et du monde.  DB News Sources principales : - chadinfos â « Enseignement supĂ©rieur : le ministre Tom Erdimi dĂ©missionne » (5 mars 2026) - MinistĂšre de l'Enseignement SupĂ©rieur du Tchad, mesrsfp.gouv.td â ActivitĂ©s du ministre (fĂ©vrier 2026) - Tchadinfos â GrĂšve du SET de N'Djamena et suspension des salaires (fĂ©vrier 2026) - Wikipedia FR â Tom Erdimi, Timan Erdimi, Gouvernement Halina II - Jeune Afrique â « Mahamat Idriss DĂ©by Itno et les frĂšres Erdimi ont-ils enterrĂ© la hache de guerre ? » (septembre 2022) - Human Rights Watch â « Tchad : une modification constitutionnelle menace l'Ă©tat de droit et la dĂ©mocratie » (octobre 2025) - FIDH â « Tchad : un coup dur Ă l'alternance dĂ©mocratique » (octobre 2025) - Banque mondiale â DonnĂ©es Ă©ducation Tchad - Agence France-Presse / Jeune Afrique â Nouveau gouvernement tchadien (octobre 2022) © DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s. 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