ZAMBIE : LE DÉPOUILLEMENT INTERROMPU PAR DES VIOLENCES
Le vote s'est tenu sans incident majeur le 13 août en Zambie. C'est le dépouillement des bulletins, lui, qui a été suspendu le lendemain après des violences visant des agents électoraux. Par la rédaction | Format long | 15 août 2026 Un vote sans heurts, un dépouillement suspendu Près de huit millions sept cent mille électeurs zambiens ont été appelés aux urnes le jeudi 13 août 2026 pour des élections générales, présidentielle, législatives et municipales, organisées simultanément dans plus de treize mille cinq cents bureaux de vote, de six heures à dix-huit heures. Le scrutin lui-même s'est déroulé sans incident majeur signalé. C'est le lendemain, vendredi 14 août, alors que les bulletins étaient dépouillés bureau par bureau et les résultats remontés au niveau national, que la Commission électorale de Zambie a annoncé la suspension immédiate de cette opération de décompte et de la proclamation des résultats dans l'ensemble du pays, invoquant des violences visant des agents électoraux et le vol de bulletins déjà dépouillés dans certaines urnes. La cheffe de l'institution, Mwangala Zaloumis, a précisé que cette suspension du dépouillement serait réexaminée dans un délai de vingt-quatre heures, tandis que le principal opposant, Brian Mundubile, revendiquait sans attendre, et sans preuve à l'appui, une victoire dès le premier tour. Le président sortant Hakainde Hichilema a de son côté appelé ses concitoyens à rester sereins et patients en attendant les résultats officiels. Pays d'Afrique australe enclavé, la Zambie a obtenu son indépendance du Royaume-Uni le 24 octobre 1964, sous la présidence de Kenneth Kaunda, qui dirigea le pays pendant vingt-sept ans, jusqu'en 1991, en instaurant un régime à parti unique dès 1973. Depuis lors, six autres personnalités ont occupé la présidence : Frederick Chiluba de 1991 à 2002, Levy Mwanawasa de 2002 à sa mort en fonction en 2008, Rupiah Banda par intérim puis élu jusqu'en 2011, Michael Sata de 2011 à son décès en 2014, Guy Scott par intérim durant deux mois, puis Edgar Lungu de 2015 à 2021, mort en 2025. Hakainde Hichilema, septième président du pays, lui succède depuis le 24 août 2021, après avoir remporté l'élection avec plus de 59 pour cent des suffrages, au terme d'un sixième essai personnel depuis 2006. Cette alternance sans violence majeure en 2021 avait alors été saluée comme un signe de maturité démocratique pour ce pays de plus de vingt millions d'habitants, deuxième producteur africain de cuivre. Le scrutin de 2026 constitue ainsi un test majeur pour la solidité de cette démocratie, quatre ans après l'arrivée au pouvoir de l'actuel chef de l'État. Hichilema, l'ancien vacher devenu président Le président sortant et candidat à sa propre successionHakainde Hichilema, surnommé HH ou Bally par ses partisans, est né le 4 juin 1962 dans le village de Monze, dans le sud du pays. Il grandit dans une famille modeste et garde le cheptel familial avant d'obtenir une bourse d'État qui lui permet d'étudier l'économie et l'administration des affaires à l'Université de Zambie, puis d'y ajouter un MBA en finance à l'université de Birmingham, au Royaume-Uni. Il fait fortune dans le conseil, en dirigeant les filiales zambiennes de PwC et de Grant Thornton, avant de se lancer dans la finance, l'élevage, l'immobilier et le tourisme, devenant l'un des hommes les plus riches du pays. Il prend la tête du Parti unifié pour le développement national en 2006 et se présente sans succès à cinq élections présidentielles consécutives, en 2006, 2008, 2011, 2015 et 2016, avant de finalement l'emporter en 2021 face au président sortant Edgar Lungu. Son bilan, mis à l'épreuve des urnes en 2026, est contrasté. Sur le plan économique, il revendique un redressement des finances publiques marqué par un accord de restructuration de la dette extérieure, après que le gouvernement Lungu eut laissé le pays en défaut de paiement souverain, une croissance retrouvée et des investissements accrus dans les mines de cuivre, pilier historique de l'économie zambienne. Mais ce bilan reste fragilisé par une flambée du coût de la vie, une pauvreté persistante touchant environ soixante-dix pour cent de la population qui vit avec moins de trois euros par jour, et une sécheresse historique ayant provoqué des coupures d'électricité massives, le pays dépendant largement de l'hydroélectricité. Sur le plan des libertés, des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent des tendances autoritaires croissantes, avec l'usage répété de la loi sur l'ordre public pour restreindre les rassemblements de l'opposition, et la Commission des droits humains de Zambie a elle-même indiqué suivre de près des arrestations et détentions visant des candidats, leurs sympathisants et des journalistes à la veille du scrutin. Treize rivaux, une opposition fragmentée Face au président sortant, treize autres candidats ont été validement enregistrés par la Commission électorale. Le principal rival est Brian Mundubile, à la tête d'une coalition, la Tonse Alliance, sous les couleurs du Parti national de réconciliation pour l'unité et la prospérité, considéré comme le challenger le plus sérieux du scrutin. Viennent ensuite Harry Kalaba, cinquante ans, ancien ministre des Affaires étrangères d'Edgar Lungu candidat pour Citizens First, déjà troisième en 2021 avec moins d'un pour cent des voix, le docteur Fred M'membe, figure historique du Parti socialiste et ancien journaliste emprisonné sous Chiluba, Kelvin Fube Bwalya, dit KBF, homme d'affaires candidat de Zambia Must Prosper, ainsi que Given Chansa du Mouvement pour l'émancipation économique, Richard Silumbe du Leadership Movement, Brian Mushimba de l'Organised People's Party, Howard Kunda du Zambia Wake Up Party, Xavier Chungu, ancien chef des services de renseignement candidat du Parti libéral démocrate, Given Katuta, seule candidate indépendante et l'une des rares femmes en lice, Daniel Pule du Parti démocrate chrétien, Richwell Siamunene, ancien député du New Focus Party, et Ackim Antony Njobvu de l'Union démocratique. Cette opposition fragmentée en de nombreuses candidatures a été perçue comme un facteur favorisant la réélection du sortant, plusieurs sondages récents créditant Hichilema de plus de cinquante pour cent d'intentions de vote, faute d'un front uni face à lui. Les premières tendances remontées au niveau des bureaux de vote, encore incomplètes au moment de la suspension puis de la reprise du dépouillement, donnaient des résultats disparates selon les circonscriptions, sans qu'aucun résultat national définitif n'ait été proclamé. La Commission électorale a annoncé viser le 17 août pour la publication des résultats complets de la présidentielle, un second tour étant prévu si aucun candidat n'obtient la majorité absolue de cinquante virgule un pour cent. Quant à la représentation des jeunes et des femmes, la Zambie reste marquée par de fortes disparités : la population est très jeune, avec une majorité de moins de vingt-cinq ans confrontée au chômage, tandis que les femmes, majoritaires parmi les électeurs inscrits, restent largement sous-représentées parmi les candidats et les élus, une seule femme figurant parmi les quatorze candidats à la présidentielle de 2026. Un écho préoccupant venu de Tanzanie La situation zambienne trouve un écho préoccupant chez sa voisine tanzanienne. Lors de l'élection présidentielle du 29 octobre 2025, la présidente sortante Samia Suluhu Hassan avait été réélue avec quatre-vingt-dix-huit pour cent des suffrages, dans un scrutin où les principaux partis d'opposition avaient été exclus de la course. Le vote avait alors dégénéré en violences d'une ampleur inédite pour ce pays d'Afrique de l'Est réputé stable, avec des manifestations réprimées dans le sang : l'opposition évoquait jusqu'à sept cents morts, tandis que des sources diplomatiques citées par la BBC parlaient d'au moins cinq cents victimes. Le gouvernement tanzanien avait imposé une coupure totale d'Internet et déployé les forces de sécurité, notamment à Dar es-Salaam, tandis que la mission d'observation de l'Union africaine dénonçait un scrutin dont l'intégrité avait été compromise par la censure, les intimidations et des soupçons de bourrage d'urnes. Si la Zambie de 2026 n'a pas connu une répression de cette ampleur, les deux situations partagent des points de convergence structurels : des processus électoraux fragilisés par des accusations de fraude, une méfiance profonde entre pouvoir et opposition, et des suspicions d'ingérence dans le décompte des voix. Contrairement à la Tanzanie, où l'opposition avait été écartée du jeu électoral avant même le scrutin, la Zambie a laissé concourir quatorze candidats, ce qui a permis un pluralisme réel, même si la crainte d'une manipulation du dépouillement a resurgi vendredi. Ce parallèle souligne combien la tenue d'élections pluralistes, à elle seule, ne garantit pas l'absence de tensions post-électorales sur le continent africain, et combien la transparence du décompte des voix demeure le point le plus vulnérable des processus démocratiques dans plusieurs pays de la région, y compris ceux jusque-là considérés comme relativement stables sur le plan institutionnel. DB News, votre source d'information fiable, libre et indépendante sur l'actualité africaine et du monde depuis 18 ans. DB News Sources : - France 24, "Le dépouillement de l'élection présidentielle interrompu en Zambie du fait de violences", 14 août 2026 - Blick, "Vote: La Zambie gèle le dépouillement électoral", 14 août 2026 - Malijet, "La Zambie suspend le dépouillement des votes en raison de violences visant des agents électoraux", 14 août 2026 - Reuters (MSN), "Zambia suspends vote count due to violence after presidential poll", 14 août 2026 - AbidjanTV, "Zambie: Hichilema et Mundubile, dans l'attente des résultats de la Commission électorale", 14 août 2026 - The Zambian Observer, "14 Presidential Candidates Validly Nominated for 2026 Poll", 22 mai 2026 - Pindula News, "14 Candidates Cleared For Zambia's Presidential Election On 13 August", 1er juillet 2026 - Wikipédia, "Élection présidentielle zambienne de 2026", consulté août 2026 - Viralmag, "Élection Présidentielle Zambie : Favori et Rivaux en Tête", août 2026 - Magazine Actualités Cameroun, "Zambie : les candidats à la présidentielle", août 2026 © DB News 2026 — Tous droits réservés. 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