Les leçons dâun concours ⊠pour « Sauver la planĂšte »
Ces six derniĂšres semaines, Bleu-Blanc-Coeur (BBC) a participĂ© Ă un jeu-concours de la fondation Nicolas Hulot. Il sâagissait de proposer aux votes dâun public Internaute des « solutions pour la planĂšte » (1).
Tout Ă fait dans lâesprit du « Think globally, Act locally » (2), ces solutions concernaient lâhabitat, le recyclage des dĂ©chets, lâĂ©nergie⊠et lâalimentation.
Au dĂ©but, je regardais ça dâun Ćil amusĂ©.
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BBC prĂ©sentait sa solution « Eco-MĂ©thane » validĂ©e par les Nations-Unies depuis 2012 (3). Mise en place dâabord aux USA (4), elle est soutenue par diffĂ©rents Ă©tats (5) et dans lâUnion EuropĂ©enne (6). Elle est dĂ©sormais en place dans une vingtaine de pays, de la Suisse au Canada, ou au Japon, mais peine Ă sâimposer en France oĂč elle figure pourtant parmi les 19 seuls projets « officiels » de rĂ©duction des gaz Ă effet de serre (7).
Nous avions « bonne allure » au milieu dâun peloton de solutions sympathiques dans des domaines parfois trĂšs Ă©loignĂ©s souvent trĂšs complĂ©mentaires. Je trouvais mĂȘme que cela illustrait parfaitement ces nouveaux challenges de demain, sans solution unique, et que lâon ne saura relever que par la complĂ©mentaritĂ© des innovations.
Bref⊠tout allait bien dans un monde en marche.
Et puis, Ă mi-course de ce concours, alors que nous occupions une bonne position du fait sans doute de nos reconnaissances officielles, on me transmet des messages qui appellent sur des sites web et des forums Ă voter explicitement non pas « pour la planĂšte », mais « contre Bleu-Blanc-CĆur »âŠ
Les uns sont issus de « Vegans » (8) qui soutenaient le projet « defi Veggie » pour diminuer notre consommation de viande. Beau projet (9), une goutte dâeau dans lâocĂ©an des solutions, mais une goutte dâeau quand mĂȘme.
Bien sĂ»r, ĂȘtre sensible Ă la souffrance animale est respectable. Et diminuer la consommation de quand on en consomme plus que nos besoins est souhaitable.
Mais faire de lâenvironnement un argument central pour plaider la cause anti-Ă©levage est surprenant. La partie la plus extrĂ©miste de ce mouvement ne sâen prive pourtant pas et câest mis Ă nous insulter copieusement sur nos sites (« Bleu-Blanc-Carne », « Bleu-Blanc-M⊠», « Bleu-Blanc-Sang » disent-ils Ă notre sujet) et dans leurs forums. Tout est possible. Ainsi, un message postĂ© sur notre site contient cette phrase entre autre amabilitĂ©s:
« Votre solution ne permet qu'une réduction partielle des émissions de gaz à effet de serre : devenir Vegan permet une réduction de 100 % des GES⊠»
100%, diantre !! Câest beaucoup, ça veut dire que ce garçon ne mange pas, rien du tout, il ne boit pas non plus.
Je sais que science et sectarisme nâont en commun que leur premiĂšre lettre, mais il faut quand mĂȘme rappeler quelques donnĂ©es admises par tous et publiĂ©es parfois dans la presse scientifique Ă comitĂ© de lecture (10) :
On se nourrit de calories, de protĂ©ines, de nutriments variĂ©s⊠sinon, il suffirait de boire de lâeau.
Si lâon raisonne au kilo de produit, 1 kilo de carottes « coĂ»te » moins de CO2 pour sa production et sa prĂ©paration quâ1 kilo de viande. (Câest le mode de prĂ©sentation de la stupide « pyramide Barilla » issue du centre de recherche de la multinationale du mĂȘme nom. (11))
Mais Ă©videmment, il y a beaucoup plus de calories (et aussi de protĂ©ines, dâacides gras essentiels, de Co-Enzyme Q 10, vitamine B12âŠ) dans 1 kilo de viande que dans 1 kilo de carottes.
Si lâon raisonne en calories, les rĂ©gimes plus « denses en calories » sont les moins couteux en CO2.
100 calories de melon par exemple coĂ»tent 2 fois plus de CO2 que 100 calories de bĆuf, et ces 100 calories de bĆuf ne coĂ»tent pas plus de CO2 que 100 calories de tomate, tandis que 100 calories de poulet coĂ»tent deux fois moins de CO2 que 100 calories de fruit, etc⊠A ce jeu-lĂ , câest le cafĂ© qui a le pire poids carbone de tous nos aliments, et de loin (ce qui est dâailleurs intĂ©ressant : Les rĂ©fractaires au cafĂ© sont bien plus « planet friendly » que les vĂ©gĂ©tariens.)
Si rĂ©duire une consommation excessive de produits animaux peut avoir un effet positif sur lâenvironnement (câest ce que propose le « dĂ©fi Veggie »), supprimer les produits animaux de son alimentation est une catastrophe environnementale. (Et pas que pour le « CO2 »). Ce nâest pas un point de dĂ©bat, câest un consensus scientifique.
Et si lâon va au-delĂ des calories et que lâon sâintĂ©resse Ă tout ce qui fait un menu Ă©quilibrĂ©, avec tous ses micronutriments dâintĂ©rĂȘt, alorsâŠ
Alors les idées simplistes explosent, et tant mieux !
Alors le mode de production des aliments et notamment des aliments animaux (ce que nous défendons ici) prend toute son importance !
Câest le sens du projet de recherche AGRALID auquel nous participons avec fiertĂ© et qui a dĂ©jĂ livrĂ© ses premiĂšres publications (12)
La nutrition, câest une belle science qui se nourrit dâĂ©quilibre. Elle dĂ©teste les excĂšs comme les dĂ©ficits. Elle ne supporte pas les idĂ©es toutes faites, les « Y quâĂ , fait quâon ». Et si la nutrition doit aussi intĂ©grer lâenvironnement (et le social), alors, il nây a plus de place pour les approximations stupides du style « devenir Vegan, câest rĂ©duire les GES de 100% ».
Changer les modes de production des produits animaux comme nous le proposons, câest bien ! (pour la nutrition et lâenvironnement sur la base mesurable de nos Ă©tudes cliniques et de nos compteurs Eco-nutrition)
Manger moins de produits animaux, mais des produits de qualitĂ© comme nous le proposons, câest bien ! (sur les mĂȘmes bases)
LâĂ©levage a façonnĂ© nos paysages, construit notre physiologie et nos rapports sociaux. Jâaimerais bien que cet Ă©levage et ses valeurs survivent Ă nos grandes mutations et que les Vegans ne nous inventent pas un avenir dĂ©pourvus de pĂąturages et dâalpages, peuplĂ© de palme pour remplacer le beurre, de soja pour remplacer la viande et des monocultures de leurs puissants sponsors. 1,3 milliard de personnes vivent de lâĂ©levage au travers le monde, 70% sont des femmes (13).
LâĂ©levage intensif a montrĂ© ses limites, elles sont connues. Le vĂ©ganisme intensif nous a bien montrĂ© les siennes durant ce concours. Nous continuerons Ă dĂ©fendre nos valeurs faites de juste milieu, de rassemblement, de tolĂ©rance et de respect des autres⊠câest compliquĂ© !
Il ne faut confondre en matiĂšre de nutrition et dâenvironnement les effets nĂ©gatifs dâune SURCONSOMMATION avec les effets positifs dâune CONSOMMATION, mais dans notre monde qui va trop vite et ne prend pas le temps de rĂ©flĂ©chir un peu, on passe trop vite des idĂ©es simples aux idĂ©es simplistes.
Il faut donc manger de tout en petites quantitĂ©s comme disait ma grandâmĂšre. Elle avait raison sur le plan de la nutrition et sur le plan de lâenvironnement, mais en plus il faut manger des produits qui respectent lâĂ©quilibre et la santĂ© du sol et des animaux qui nous nourrissent. Ăa, câest juste une histoire de chaĂźne alimentaire prĂ©servĂ©e. ⊠câest vraiment rĂ©volutionnaire.
Mais il nây a pas que les Vegans qui ont appelĂ© Ă voter « contre Bleu-Blanc-CĆur ».
Le CNIEL (14) prĂ©sentait dans ce concours un projet proche du notre : « la ferme laitiĂšre bas carbone ». Câest un projet de recherche qui impliquera Ă terme avec lâappui financier du CNIEL des organismes techniques (France Conseil Elevage, Institut Technique de lâĂ©levageâŠ). La « ferme laitiĂšre bas carbone » va mettre en place toutes les stratĂ©gies de rĂ©duction des gaz Ă effet de serre en Ă©levage laitier⊠Enfin, pas vraiment toutes, toutes sauf la seule qui soit dĂ©jĂ reconnue, soutenue et expertisĂ©e, câest-Ă -dire la nĂŽtre !
Lors du concours, la « solution » proposĂ©e par le CNIEL a Ă©tĂ© soutenue par le monde officiel de lâĂ©levage qui a mobilisĂ© avec efficacitĂ© les contrĂŽleurs laitiers, les salariĂ©s des chambres dâagriculture, les administrateurs des syndicats laitiers, les employĂ©s de laiterie, les techniciens des instituts de recherche sur le lait. Et les sites de certains de ces organismes appelaient aussi Ă voter « contre » Bleu-Blanc-CĆur.
Pour la filiĂšre lait, il ne sâagit pas de conviction mal placĂ©e comme pour les Vegans, mais de calcul. Est-ce un bon calcul ?
Pendant que le CNIEL mobilisait le monde laitier, nous rassemblions une communautĂ© Bleu-Blanc-CĆur faite dâagriculteurs et dâĂ©leveurs engagĂ©s bien sĂ»r, mais aussi de mĂ©decins, de restaurateurs, de consommateurs, de diĂ©tĂ©ticiens, dâindustriels, de scientifiques, et de citoyens de tous horizons.
Pendant des annĂ©es lâinstitution laitiĂšre a soigneusement tenu BBC Ă lâĂ©cart car leur doctrine veut que le monde du lait ait un seul reprĂ©sentant, et que tous les laits soient ĂȘtre du mĂȘme blanc ! Le CNIEL et ses organismes techniques ont rĂ©ussi lâexploit dâorganiser en juin 2015 un forum de deux jours sur lâĂ©levage et les gaz Ă effet de serre sans inviter Bleu-Blanc-CĆur et sans citer une seule fois la seule solution officielle (au monde) reconnue par les Nations-Unies (14) pour lâĂ©levage laitier.
Mais ce temps a vĂ©cu. Les attaques que nous avons subies durant ce concours sont rĂ©vĂ©latrices dâun monde qui change. Le lobby vĂ©gĂ©tarien y est excessivement puissant, les compagnies qui les soutiennent sont bien plus fortes que les industriels du lait. Le monde de lâĂ©levage souffre et se rĂ©trĂ©cit. Dans ce concours, le lobby du lait finit loin, trĂšs loin du lobby vĂ©gĂ©tarien et derriĂšre aussi notre projet qui rassemble producteurs et consommateurs.
Face Ă un monde de lâĂ©levage aussi divisĂ©, les anti-lait, les anti-viandes rigolent, et ils ont bien raison !
Sur le fond, il est agrĂ©able pour nous de voir le CNIEL et toutes ses organisations suivre la route dâun meilleur mode de production, route dont nous avons tracĂ© les premiers sillons il y a deux dĂ©cennies.
Mais il est surtout agrĂ©able de se prendre Ă rĂȘver dâun monde idĂ©al oĂč les enjeux dĂ©passeraient les conflits dâorgueil et les idĂ©ologies mal comprises.
Le rĂ©chauffement climatique est une rĂ©alitĂ©, la dĂ©mographie et lâaccĂšs Ă un meilleur pouvoir dâachat vont doubler ou tripler la consommation de lait, viandes et Ćufs dâici 2050 sur notre planĂšte en surchauffe. RĂ©duire encore la consommation de produits animaux pour 1% de la population des 10% dâhabitants des pays riches nâest pas une solution sĂ©rieuse au regard des enjeux planĂ©taires.
Il faut changer nos modes de production, sur une base étayée, pas sur un mode auto-proclamé.
Notre projet Eco-MĂ©thane doit servir Ă cela. Ce devrait ĂȘtre un pont entre nous et le CNIEL, une mĂ©thode expertisĂ©e et validĂ©e de mesure des efforts des producteurs pour la qualitĂ© de leur produit. Une mĂ©thode qui marche aussi bien au Danemark quâau Canada ou au Japon.
Pourquoi ne pas lâutiliser aujourdâhui en France ?
Câest une vraie grande question. Les Ă©leveurs engagĂ©s font dĂ©jĂ des efforts (16). Les producteurs et les consommateurs sont Ă la recherche dâun nouveau contrat qui les lie autour de la qualitĂ© des productions animales. Eco-mĂ©thane sera forcĂ©ment un jour un Ă©lĂ©ment de contrat nouveau qui liera producteur engagĂ© et consommateur averti, nutrition et environnement.
Sâils avancent avec nous, et que la qualitĂ© environnementale des laits est mesurĂ©e et payĂ©e un jour aux producteurs, et bien, tant mieux !
Mais que de temps perdu pour les éleveurs.
Les corporatismes sont pesants et les choses nâavancent pas aussi vite quâon le voudrait. Pourtant dans la situation des producteurs de lait post quota⊠ce serait bien, non ?
Les Vegans extrĂ©mistes Ă©crivent de BBC que nous sommes dangereux, car « nous pouvons rendre lâĂ©levage sympathique »⊠Câest un compliment Ă nos yeux. LâĂ©levage est sympathique (quand il ne tombe pas dans les excĂšs de  trop dâintensification), il rend les paysages plus beaux, il a un rĂŽle social fort partout dans le monde. Il contribue fortement Ă la nutrition, Ă lâemploi et au tissu rural.
Je prĂ©fĂšre dĂ©finitivement vivre dans la campagne Bretonne ou Franc-Comtoise plutĂŽt quâau milieu des mornes plaines dĂ©forestĂ©es de soja, de palme et de maĂŻs qui couvrent  de plus en plus la planĂšte.
LâĂ©levage Français est en crise, il ne mĂ©rite pas de crouler sous des critiques injustifiĂ©es, il ne mĂ©rite pas non plus des divisions dâun autre temps.
La « mobilisation contre nous» (corporatistes et sectaires emploient les mĂȘme mots guerriers) sonne comme un formidable appel à « bouger les lignes », à « rassembler » autour de nous, ou avec nous tous ceux qui sâintĂ©ressent vraiment  la santĂ© des hommes et Ă celle de la planĂšte.
Ce concours fut passionnant et instructif, il devait dĂ©montrer que lâavenir de notre planĂšte passe par une addition de solutions nouvelles, loin des idĂ©ologies et des conformismes du passĂ©. Il lâa fait, brillamment, grĂące Ă vos votes, merci Ă tous
(1) http://www.mypositiveimpact.org/accueil/index
(2) Pense global, mais agis local, phrase clĂ© des militants pionniers de lâenvironnement dans les annĂ©es 1960-1970
(3) http://ji.unfccc.int/JIITLProject/DB/RYA082JD926GFUJ7UB83321G0YBBPX/details
(4) Eo-Methane aux USA : https://www.youtube.com/watch?v=rMHufEjodko
(5) Eco-Methane au Canada :
a. http://www.lebulletin.com/tag/vacco2
b. https://www.danone.ca/fr/en-action/environnement
(6) Projet EuropĂ©en de diffusion dâEco-MĂ©thane : http://cip.eco-methane.com/
(7) http://ji.unfccc.int/JI_Parties/DB/2OE6OFTWPCK01OVSZN78D4LC942LDU/viewDFP
(8) Les « Vegans » refusent lâexploitation des animaux au service de lâhomme et refusent donc viandes, laits, Ćufs, laines, miel, cuir et tout produit testĂ© sur des animaux.
(9) Voir Blog n° 12 : La consommation de viande va doubler dans les 10 ans qui viennent
(10) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25805001
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23364012
(11) La « double pyramide Barilla » du nom de cette multinationale des cĂ©rĂ©ales qui soutient les thĂšses Vegans explique quâil faut manger plus de cĂ©rĂ©ales et moins de viandes au nom du poids CO2 au kilo de produit. Tiens doncâŠ.
(12) https://www6.inra.fr/agralid
(14) http://www.maison-du-lait.com/fr/les-organisations/cniel
(15) Heureusement, cet « oubli » a Ă©tĂ© rĂ©parĂ© par le ministre de lâagriculture dans son discours de clĂŽture du colloque
(16) Par exemple ici : https://vimeo.com/120051871 dans la démarche Agri-CO2 de la coopérative Terrena qui combine plusieurs actions « pour la planÚte »