v.1850-1914
Intellectuelle et féministe
Empire Ottoman-Egypte
Connue pour avoir rĂ©digĂ© un monumental dictionnaire biographique recensant 453 femmes, Zaynab Fawwaz est aussi une intellectuelle fĂ©ministe et journaliste de la fin du XIXe siĂšcle. Elle est lâautrice de la premiĂšre piĂšce de théùtre Ă©crite par une femme arabe.Â
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Le contexte de la publication de son Ćuvre est celui des annĂ©es 1890 oĂč, comme en France, le dĂ©veloppement de la presse permet aux femmes dâinvestir une parole publique auparavant rĂ©servĂ©e aux hommes. Des demandes pour lâĂ©ducation des filles, la fin des harems ou celle des mariages de fillettes prennent une nouvelle force. La Nahda, renaissance culturelle arabe, favorise ce mouvement. LâĂgypte y occupe une place particuliĂšre.
Si Zaynab Fawwaz a elle-mĂȘme Ă©crit 453 biographies, on dispose de peu de dĂ©tails sur sa vie. Sa date de naissance est inconnue et varie selon les versions entre 1846 et 1860. Elle naĂźt dans lâEmpire ottoman, dans une famille chiite pauvre Ă une Ă©poque oĂč les autres intellectuelles sont traditionnellement issues de milieux favorisĂ©s. Elle serait originaire de Tibnine, ville du sud Liban au cĆur du Jabal âAmel, une rĂ©gion fameuse pour ses intellectuel·les.
Une de ses biographies mentionne la poĂ©tesse Fatima bint Asâad al Khalil, qui lui aurait appris, semble-t-il, Ă lire et Ă©crire et lâaurait initiĂ©s Ă la poĂ©sie. Ce nom de Fatima Ă©voque celui de la maison dâun seigneur local, Ali Beck al-Asâad. On sait que Zaynab Fawwaz a frĂ©quentĂ© cette maison mais on ignore Ă quel titre. Peut-ĂȘtre servante ou dame de compagnie.
Plusieurs versions sâaffrontent sur les raisons de son arrivĂ©e en Ăgypte. La seule chose que lâon sache avec certitude, câest que son frĂšre est avocat au Caire. Elle prend place sur la scĂšne intellectuelle et publie un premier article dans le journal Lisan al-Hal le 27 avril 1892. Puis elle est repĂ©rĂ©e par un mentor, Hasan Husni al-Tuwayrani, qui publie la plupart de ses Ă©crits des annĂ©es 1890 dans son journal al-Nil.
Zaynab Fawwzad y est la premiĂšre voix fĂ©minine arabe Ă dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts des femmes et Ă les appeler Ă conquĂ©rir lâĂ©galitĂ©. Elle lutte pour le travail des femmes en dehors de la maison et la dĂ©fense de mariages plus tardifs qui permettraient aux filles de frĂ©quenter lâĂ©cole plus longtemps. Elle publie Ă©galement quelques articles dans le journal al-Fatat, La jeune fille.
Elle a un style trĂšs direct qui rĂ©vĂšle le caractĂšre probablement autodidacte de sa formation. Ă partir de 1892 et jusquâen 1896, elle rĂ©dige son grand Ćuvre. Sur 552 pages, ses biographies de femmes traitent de toutes les Ă©poques et des quatre coins du monde. Zaynab Fawwzad entend souligner le caractĂšre universel de la claustration des femmes, ce qui se retrouve dans son titre, Des perles Ă©parpillĂ©es dans le temps et dans l'espace : Classement des dames des espaces cloĂźtrĂ©s.
Câest en connaissant le passĂ©, estime-t-elle, que lâon peut construire le prĂ©sent. Elle Ă©voque ClĂ©opĂątre, l'impĂ©ratrice EugĂ©nie, la reine Victoria, Jeanne dâArc, sa consoeur AĂŻcha Taymur, Augustine dâAragon ou encore la reine Zenobie. Ses recherches sont ardues dans une sociĂ©tĂ© oĂč les femmes vivent en vase clos. Elle fait donc de la recherche en sâinformant par exemple dans les bibliothĂšques de ses amies. Son travail est facilitĂ© par le fait que les femmes tiennent des salons intellectuels au Caire Ă cette Ă©poque.
Plus tard, elle Ă©crit deux nouvelles et une piĂšce de théùtre orientĂ©e vers lâĂ©ducation morale. Ses romans de 1899 et 1905, Fins heureuses ou la radiante Ghada et Le roi Cyrus, premier des gouvernants perses sont conformes aux codes Ă©piques de son Ă©poque. Ils sont grandiloquents et comportent de multiples rebondissements. Mais ils sont aussi porteurs dâun message politique sur la condition fĂ©minine, notamment sur le rĂŽle du mariage. Elle vit elle-mĂȘme une expĂ©rience conjugale malheureuse, un mariage par correspondance avec un admirateur qui se termine trĂšs rapidement par un divorce.
Ses chroniques sont réunies dans un livre publié par Labiba Hashim en 1905. Celle-ci la présente comme une des meilleures autrices de son époque. Au moment de sa mort en 1914, la presse loue une grande intellectuelle et commentatrice de la société de son temps.