Elisabeth Jacquet de la Guerre
1665-1729 Compositrice FranceÂ
Elisabeth Jacquet de la Guerre est la premiĂšre compositrice française connue. Chose trĂšs rare pour lâĂ©poque, elle a eu lâopportunitĂ© de publier ses Ćuvres qui ont ainsi pu nous parvenir et la faire entrer dans la postĂ©ritĂ©.Â
Son milieu familial la fait baigner dĂšs le plus jeune Ăąge dans la musique. Son pĂšre, lui-mĂȘme issu dâune famille de musiciens reconnus, est facteur de clavecins et organiste Ă l'Ă©glise Saint-Louis de Paris. Il est aussi professeur de musique et contribue Ă lâĂ©ducation de ses quatre enfants qui se lancent tous et toutes dans une carriĂšre musicale.Â
Claveciniste de talent, Elisabeth est prĂ©sentĂ©e dĂšs l'Ăąge de cinq ans Ă Louis XIV qui, amateur de prodiges, se montre impressionnĂ© par la virtuositĂ© de lâenfant. Adolescente, elle est attachĂ©e pendant trois ou quatre ans Ă la personne de Madame de Montespan pour le plaisir musical de la favorite du roi.Â
AprĂšs son mariage Ă 19 ans avec Marin de la Guerre, lui-mĂȘme musicien, Elisabeth est contrainte de rentrer Ă Paris. La capitale est certes le siĂšge dâinstitutions musicales de renom mais se trouve loin de la cour.Â
Elle nâabandonne pas pour autant sa carriĂšre, Ă une Ă©poque oĂč les femmes musiciennes sont pourtant souvent cantonnĂ©es Ă lâamateurisme. Bien au contraire, elle utilise Ă bon escient la renommĂ©e de la famille de son mari pour servir son propre destin. Elle accole son nom de famille prestigieux Ă celui de Marin, devient Elisabeth Jacquet de la Guerre, et renforce ses liens avec dâautres figures du monde musical, comme les Couperin.Â
Claveciniste et improvisatrice virtuose, elle compose des piĂšces audacieuses et joue avec les conventions musicales de son Ă©poque. Elle marie ainsi avec brio et conviction les esthĂ©tiques française et italienne Ă une Ă©poque oĂč le clivage est rĂ©el entre les deux influences. Elle Ă©crit des suites, sonates et sonates en trio pour le clavecin, formes instrumentales venues dâItalie, mais aussi des opĂ©ras, opĂ©ras-ballets. Elle est lâune des premiĂšres Ă sâintĂ©resser Ă la cantate, quâelle soit profane ou religieuse. Elle touche Ă tous les genres musicaux.Â
BĂ©nĂ©ficiant de lâappui du roi Louis XIV, elle publie son premier recueil de piĂšces pour clavecin en 1687. La chose est rare Ă lâĂ©poque. Avant elle, seuls trois compositeurs ont eu lâhonneur de publier des recueils et non de simples manuscrits.Â
Ses tentatives ne sont pas toujours couronnĂ©es de succĂšs. Sept ans plus tard, le 15 mars 1694, Elisabeth Jacquet de la Guerre prĂ©sente sur la scĂšne de l'AcadĂ©mie royale de musique sa tragĂ©die lyrique CĂ©phale et Procris. C'est le tout premier opĂ©ra composĂ© par une femme Ă y ĂȘtre produit. Nâayant pas rencontrĂ© son public, le spectacle est retirĂ© au bout de cinq reprĂ©sentations.Â
La carriĂšre d'Elisabeth souffre de la toute puissance posthume des disciples de Lully. Alors que la compositrice est sĂ©duite par les nouvelles formes de musiques italiennes, les lullistes tente dâen rĂ©duire lâinfluence.Â
Suite Ă une sĂ©rie de dĂ©cĂšs, celui de son fils de dix ans, de son mari, de ses parents, de son frĂšre, mais surtout suite Ă lâinsuccĂšs de son CĂ©phale et Procris, sa production ralentit. Elle ne publie que rarement : deux recueils de piĂšces pour clavecins en 1704, de sonates pour violons et clavecins en 1707, ainsi quâun Te Deum en 1721. La mort de Louis XIV marque le dĂ©clin de sa carriĂšre de compositrice.Â
Veuve, elle poursuit son activitĂ© durant vingt-cinq ans. Elle organise des concerts chez elle, donne des cours, est reconnue comme maĂźtresse de musique de Paris Ă une Ă©poque oĂč les femmes pratiquant cette activitĂ© accĂšdent rarement Ă la renommĂ©e. Elle meurt Ă Paris en 1729 sans jamais avoir pu accĂ©der Ă des titres et des charges officielles Ă la cour.
Photo : Peinture de Francois de Troy




















