Il y a 15 ans je me lançais dans des études pour devenir éducatrice spécialisée (pfiou j'aurais pas dû compter, je me prends un coup de vieux). Il a 12 ans, j'obtenais mon diplôme avec succès, sûre d'avoir trouvé ma voie : c'est ce métier qui est fait pour moi.
J'ai eu 2 stages géniaux, 1 beaucoup plus compliqué qui m'ont permis de me rendre compte que malgré ma peur initiale, c'est dans le monde du handicap psychique que j'ai envie d'évoluer.
Certains de mes camarades ont fait leurs stages dans des structures pour personnes vieillissantes, ou pour enfants polyhandicapés porteurs de maladies rares. Et ils ont été confrontés à quelque chose d'affreux : la mort d'une personne qu'ils accompagnaient. Je me revois dire à @wonderbandersnatch que j'espérais que cela ne m'arriverait jamais, car je ne sais pas si je serais capable d'y faire face et de continuer à travailler.
Il m'aura donc fallu 15 ans pour avoir la réponse à cette question. Et dieu que j'aurais aimé ne pas connaître cette réponse. Mais tragiquement jeudi matin j'ai appris le décès d'un enfant qui était accompagné par mon service depuis 7 ans.
Cet enfant, je ne l'ai jamais eu en référence. Mais pendant 2 ans je l'ai eu en groupe toutes les semaines. Puis j'ai continué à le croiser très régulièrement, à échanger quelques mots, à suivre ses progrès de loin.
Depuis jeudi je suis dévastée, un fantôme. Continuer à aller m'occuper des autres enfants me semble insurmontable et pourtant je le fais. Car eux aussi ont besoin d'être accompagnés, malgré l'atrocité de la situation, malgré la tristesse, malgré tout celà . Alors on y va, on fait face. Et contre toute attente leur présence nous aide à garder une contenance.
C'est finalement lorsqu'ils ne sont plus là le plus dur. Lorsqu'on se retrouve face à ses photos, ses dessins, son sourire d'ange que tout s'écroule. Lorsqu'on essaye de dormir aussi, et qu'on s'imagine la scène en boucle. Lorsque les souvenirs se bousculent dans nos têtes, lorsque sa voix résonne à nos oreilles.
Demain je vais assister à l'enterrement d'un enfant de 12 ans. Et je ne crois pas avoir eu à traverser d'épreuve plus horrible que celle ci...