Comme un goĂ»t amer posĂ© sur la langue, je regarde lâhorizon.
Jâignore les larmes qui glissent le long de mon visage, comme si elles ne mâappartenaient dĂ©jĂ plus. Dehors, il pleut. Mais en moi, câest un ocĂ©an qui dĂ©borde, salĂ©, vaste, sans rivage.
Je nâentends rien, sinon ce cĆur qui cogne contre ma poitrine, si fort que le hurlement du vent nâest rien comparĂ© Ă la tempĂȘte qui mâhabite.
Je ne comprends pas. Tout se mĂ©lange, se noue, sâemmĂȘle. Un chaos Ă©pais, une houle sombre, un vertige brĂ»lant, comme un cocktail prĂȘt Ă exploser et qui mâarrache jusquâau souffle.
Je suis perdue au milieu des vagues. Je me suis Ă©loignĂ©e du rivage il y a si longtemps que mĂȘme le souvenir de la terre ferme sâefface.
Lâespoir⊠lâespoir nâest plus.
Est-il parti, ou mâa-t-il Ă©tĂ© arrachĂ© ? Par cette personne que jâai attendue des annĂ©es, comme on attend une lumiĂšre dans une piĂšce fermĂ©e, en restant immobile, convaincue quâelle finira par entrer.
On dit souvent : « passe Ă autre chose ». Une phrase lancĂ©e comme une bouĂ©e, mais qui, parfois, coupe plus quâelle ne sauve. Je sais quâelle vient dâun Ă©lan sincĂšre, dâun dĂ©sir de rĂ©parer, de sĂ©cher les larmes, de tendre une main dans lâobscuritĂ©.
Mais Ă cet instant prĂ©cis, la seule chose que je voudrais vraiment, câest arracher ce cĆur de ma poitrine, le rĂ©duire au silence, ne plus rien sentir.
Parce quâenlever lâespoir, ce nâest pas juste tourner une page. Câest effacer une part de soi, une part de son histoire, une part de ce que lâon a Ă©tĂ©.















