seen from TĂŒrkiye
seen from United Kingdom
seen from China
seen from United Kingdom

seen from China

seen from Dominican Republic
seen from United States
seen from Malaysia
seen from United States
seen from Cambodia
seen from Colombia
seen from United Kingdom
seen from Netherlands
seen from China

seen from United States
seen from United States
seen from United States

seen from United States
seen from United States

seen from United States

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch âą No registration required âą HD streaming
La levĂ©e de lâanonymat sur Internet nâest pas une bonne solution pour lutter contre les violences en ligne.
Nous le rĂ©pĂ©terons autant quâil le faudra, interdire lâanonymat sur Internet nâest pas une bonne solution pour lutter contre les cyberviolences et les discours de haine, et ce pour les raisons suivantes :
1ïžâŁ Parce que lâanonymat est un moyen de protection pour les personnes vulnĂ©rables, les femmes victimes de violences au sein du couple par exemple, les personnes marginalisĂ©es par la sociĂ©tĂ©, certain·e·s activistes, militant·e·s et lanceurs·euses dâalerte, etc. Pour ces personnes lâanonymat peut ĂȘtre un moyen de sâexprimer sur Internet et de dĂ©noncer des violences tout en prĂ©servant leur sĂ©curitĂ© ou leur emploi. 2ïžâŁ Parce que lâimpunitĂ© des harceleurs et des personnes qui rĂ©pandent des discours de haine en ligne est telle quâils sont nombreux Ă sâexprimer sous leur identitĂ© rĂ©elle sans pour autant ĂȘtre inquiĂ©tĂ©s... 3ïžâŁ Parce que lâanonymat est un outil formidable qui permet de ne pas rĂ©server la libertĂ© dâexpression aux seuls groupes dominants. Lâanonymat permet aux opprimĂ©âąeâąs et aux lanceurs dâalerte de faire entendre leur voix et est un outil dĂ©mocratique indispensable. Ne nous trompons pas de cible : câest contre lâimpunitĂ© des cyberharceleurs quâil faut lutter et non contre lâanonymat. âïžCâest aux puissants quâil faut demander plus de transparence (aux plateformes, aux institutions, notamment â par exemple sur les procĂ©dures dâenquĂȘte aprĂšs un dĂ©pĂŽt de plainte pour cyberharcĂšlement). Lâanonymat sur Internet est un outil primordial pour garantir la libertĂ© dâexpression de tou·te·s et protĂ©ger les plus vulnĂ©rables de nombreuses violences et discriminations. Les cyberviolences font dĂ©jĂ dâInternet un espace oĂč la libertĂ© dâexpression est un luxe rĂ©servĂ© aux groupes dominants, un endroit oĂč les opprimé·e·s sont silencié·e·s, sâauto-censurent de peur de subir des violences, voire quittent les rĂ©seaux quand iels en subissent. Interdire lâanonymat serait contre-productif et nâaurait pour effet que de limiter encore un peu plus la libertĂ© dâexpression des groupes opprimĂ©s, faisant ainsi dâInternet un espace encore plus inĂ©galitaire et donc encore plus violent.
Mur dâaffiches crĂ©es par lâAtelier populaire en Mai 1968
Les dĂ©putĂ©s ont votĂ© hier soir lâobligation pour une personne au comportement suspect de fournir lâintĂ©gralitĂ© de ses identifiants aux autoritĂ©s administratives. Un seul identifiant oubliĂ©, trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch âą No registration required âą HD streaming
Gabon : l'ordonnance numérique qui fait peur
Le Gabon a officialisĂ©, par une ordonnance de 55 articles publiĂ©e au Journal officiel le mercredi 8 avril 2026, un nouveau cadre juridique rĂ©gissant lâusage des rĂ©seaux sociaux et des plateformes numĂ©riques. Ce texte intervient six semaines aprĂšs la suspension de ces services dans le pays, fournissant dĂ©sormais une base lĂ©gale aux pratiques de rĂ©gulation numĂ©rique. Par la rĂ©daction | 9 avril 2026 Le droit aprĂšs le fait accompli Le 17 fĂ©vrier 2026, la Haute AutoritĂ© de la Communication suspend sans prĂ©avis, sans base lĂ©gale prĂ©cise et sans calendrier de rĂ©tablissement l'accĂšs Ă Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok et YouTube sur tout le territoire gabonais. Selon l'organisation Paradigm Initiative, deux jours d'interruption ont coĂ»tĂ© 2 960 568 dollars Ă l'Ă©conomie gabonaise. La HAC n'a fourni aucune preuve concrĂšte de violations, aucune prĂ©cision sur la base juridique de cette mesure, ni aucun calendrier pour le rĂ©tablissement de l'accĂšs. Six semaines plus tard, le 8 avril 2026, l'ordonnance n°0011/PR/2026 est publiĂ©e au Journal officiel n°110. Elle est datĂ©e du 26 fĂ©vrier 2026, soit neuf jours aprĂšs la suspension. Les ordonnances n°0011, n°0012 et n°0013/PR/2026 forment un triptyque lĂ©gislatif qui redessine de fond en comble le paysage numĂ©rique gabonais. Ce sĂ©quençage dit tout. On coupe d'abord. On lĂ©gifĂšre ensuite. Le droit vient couvrir ce que l'arbitraire a dĂ©jĂ pratiquĂ©. C'est l'inverse d'un Ătat de droit. Dans tout rĂ©gime qui respecte le principe de lĂ©galitĂ©, la restriction d'un droit fondamental exige une base lĂ©gale prĂ©alable, non construite a posteriori pour justifier une dĂ©cision dĂ©jĂ prise. Le prĂ©sident de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, a dĂ©fendu la mesure dans un entretien au quotidien L'Union. "La diffusion des contenus inappropriĂ©s et diffamatoires, voire haineux, la propagande de fausses informations, le tribalisme polluaient chaque jour un peu plus le cyberespace gabonais", a-t-il dĂ©clarĂ©. L'argument de l'ordre public numĂ©rique est rĂ©el. Il ne suffit pas Ă effacer la mĂ©thode. Quatre citoyens gabonais ont ensuite saisi la Cour constitutionnelle le 23 fĂ©vrier 2026 pour faire annuler la suspension. La Cour a dĂ©clarĂ© leur requĂȘte irrecevable le 11 mars 2026, estimant qu'un communiquĂ© administratif de la HAC ne relĂšve pas de sa compĂ©tence. Le citoyen gabonais n'a donc, Ă ce stade, aucun recours effectif contre une coupure ordonnĂ©e par un organe dont tous les membres sont nommĂ©s par le pouvoir. 55 articles : ce que prĂ©voit le texte L'Ordonnance contient des mesures lĂ©gitimes que personne ne peut raisonnablement contester. La majoritĂ© numĂ©rique est fixĂ©e Ă 16 ans. Il est dĂ©sormais interdit Ă tout mineur de crĂ©er un compte sur un rĂ©seau social, sauf exceptions strictement encadrĂ©es dans un cadre Ă©ducatif ou pĂ©dagogique. Les plateformes doivent rĂ©agir aux signalements de contenus prĂ©judiciables impliquant des mineurs dans un dĂ©lai de 24 heures pour l'accusĂ© de rĂ©ception et de 72 heures pour le traitement. L'interdiction des deepfakes sexuels sans consentement, le droit Ă l'effacement des donnĂ©es, l'encadrement des contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par intelligence artificielle : ces dispositions sont comparables aux meilleures pratiques europĂ©ennes. Mais trois articles mĂ©ritent une lecture plus attentive. L'article 4 supprime l'anonymat en ligne. Tout utilisateur doit s'identifier avec noms, prĂ©noms, domicile, numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone et numĂ©ro d'identification personnelle. Dans un pays oĂč des journalistes sont convoquĂ©s par les services de contre-ingĂ©rence militaire sans motif officiel communiquĂ©, lever l'anonymat revient Ă dĂ©sarmer les lanceurs d'alerte, les opposants et les citoyens qui dĂ©noncent des abus. Les articles 7 et 8 Ă©tablissent la responsabilitĂ© solidaire. Tout utilisateur qui relaie une information illĂ©gale peut ĂȘtre poursuivi au mĂȘme titre que son auteur initial. Retweeter, republier, transfĂ©rer sur WhatsApp un article ou une vidĂ©o jugĂ©s illicites engage la responsabilitĂ© pĂ©nale. Dans un pays oĂč la dĂ©finition de "contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions" est laissĂ©e Ă l'apprĂ©ciation de la HAC, chaque internaute devient un suspect potentiel. L'article 44 est le plus structurellement dangereux. Il autorise le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s, sur saisine de la HAC ou du MinistĂšre public, Ă ordonner le "ralentissement temporaire du trafic", la "restriction de fonctionnalitĂ©s spĂ©cifiques" et la "suspension temporaire d'accĂšs Ă une plateforme" pour 72 heures. Ce qui Ă©tait une dĂ©cision arbitraire en fĂ©vrier 2026 est dĂ©sormais une procĂ©dure lĂ©gale. La suspension des rĂ©seaux sociaux a trouvĂ© sa justification juridique rĂ©troactive. La presse, premier terrain d'expĂ©rimentation Le contexte dans lequel cette ordonnance intervient n'est pas abstrait. Il est documentĂ© par des faits prĂ©cis et rĂ©cents. Le 15 janvier 2026, Roland Olouba Oyabi, journaliste et directeur de publication de Gabon Mail Infos, a Ă©tĂ© interpellĂ© par des agents de la Direction gĂ©nĂ©rale de la contre-ingĂ©rence et de la sĂ©curitĂ© militaire, le B2. Il se rendait Ă Owendo pour un reportage. Selon les tĂ©moignages, le journaliste a reçu un appel tĂ©lĂ©phonique lui donnant rendez-vous. Une fois sur place, des Ă©lĂ©ments du B2 ont investi le vĂ©hicule et conduit les deux hommes Ă AkĂ©bĂ©. Motif officiel : aucun. Silence total. Le cas de Roland Olouba Oyabi n'est pas isolĂ©. En octobre 2025, Harold LĂ©ckat IgassĂ©la, directeur de la publication de Gabon MĂ©dia Time, avait Ă©tĂ© interpellĂ© dans des circonstances similaires avant d'ĂȘtre placĂ© sous mandat de dĂ©pĂŽt Ă la prison centrale de Libreville cinq jours plus tard. Ces affaires successives alimentent le sentiment d'une pression croissante sur les mĂ©dias, d'autant plus que les interpellations se dĂ©roulent souvent sans communication officielle immĂ©diate sur les faits reprochĂ©s. Le parti politique d'opposition dĂ©nommĂ© Ensemble Pour le Gabon (EPG), et dirigĂ© par l'ancien premier ministre Alain Claude BiliĂ© Bi NzĂ©, a dĂ©noncĂ© "une continuitĂ© rĂ©pressive" rappelant ces arrestations successives et y voyant "la preuve manifeste d'une dĂ©rive autoritaire qui menace l'Ătat de droit dans notre pays". Et pourtant, depuis le 30 aoĂ»t 2023, le Gabon a progressĂ© dans le classement RSF, passant de la 121e place en 2020 Ă la 41e en 2025, un gain de 53 places en deux ans. Ce progrĂšs est rĂ©el. RSF lui-mĂȘme recommande d'amender les articles problĂ©matiques du Code de la communication de 2016, qui contient des dispositions floues empĂȘchant les journalistes de savoir Ă quels risques ils s'exposent. Malheureusement, l'ordonnance d'avril 2026 n'amende pas ces dispositions floues. Elle en ajoute. La HAC : arbitre ou outil ? Les neuf membres de la HAC restent dĂ©signĂ©s exclusivement par des autoritĂ©s politiques : trois par le PrĂ©sident de la RĂ©publique, trois par le PrĂ©sident du SĂ©nat, trois par le PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale. Ses missions sont Ă©largies Ă la rĂ©gulation des rĂ©seaux sociaux et Ă la sanction de "la propagande malveillante et tout contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions". Un rĂ©gulateur dont la composition est entiĂšrement contrĂŽlĂ©e par le pouvoir, dont les dĂ©cisions ne peuvent ĂȘtre contestĂ©es ni devant la Cour constitutionnelle ni efficacement par un simple citoyen, n'est pas indĂ©pendant. Il est fonctionnel. Cette distinction n'est pas thĂ©orique. Elle est la diffĂ©rence entre un organe qui protĂšge les citoyens et un organe qui protĂšge le rĂ©gime. La suspension de fĂ©vrier a Ă©galement servi de levier de nĂ©gociation avec les plateformes internationales. La HAC a reconnu que de nombreux internautes continuaient d'accĂ©der via des VPN, et travaillait avec les opĂ©rateurs techniques pour restreindre leur usage. Le contrĂŽle de l'information est donc Ă la fois un objectif dĂ©clarĂ© et un outil de rapport de force avec des acteurs privĂ©s globaux. L'Afrique et le numĂ©rique sous surveillance Le Gabon n'est pas seul dans ce mouvement. Le Digital Services Act europĂ©en encadre les plateformes depuis 2024. L'Australie a interdit les rĂ©seaux sociaux aux moins de 16 ans en 2025, un prĂ©cĂ©dent citĂ© explicitement dans la communication gouvernementale gabonaise. Le Nigeria, le SĂ©nĂ©gal et l'Ăthiopie ont tous connu des coupures numĂ©riques en pĂ©riode de tensions politiques. La diffĂ©rence est dans la mĂ©thode et les garanties. En Europe, la rĂ©gulation numĂ©rique est prĂ©cĂ©dĂ©e d'un dĂ©bat parlementaire, soumise Ă un contrĂŽle constitutionnel effectif et encadrĂ©e par des autoritĂ©s de rĂ©gulation dont l'indĂ©pendance est statutairement protĂ©gĂ©e. En vertu du droit international, toute restriction Ă la libertĂ© d'expression doit rĂ©pondre aux trois critĂšres de lĂ©galitĂ©, de nĂ©cessitĂ© et de proportionnalitĂ©. Le Gabon est un Ătat membre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et Ă la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Ces instruments exigent que le gouvernement protĂšge, et non restreigne, l'espace civique numĂ©rique. Sur le continent africain, le cas tunisien offre un parallĂšle utile. Le dĂ©cret 54 promulguĂ© en 2022 par KaĂŻs SaĂŻed, officiellement destinĂ© Ă lutter contre les fausses informations, est devenu un instrument de poursuite des journalistes et des opposants. L'article 44 de l'ordonnance gabonaise, s'il est appliquĂ© sans garde-fous indĂ©pendants, porte un risque identique. RĂ©guler ou contrĂŽler : la question reste entiĂšre Le Gabon a droit Ă la rĂ©gulation numĂ©rique. L'encadrement des deepfakes, la protection des mineurs, la lutte contre le cyberharcĂšlement et les escroqueries en ligne sont des besoins documentĂ©s. Ces objectifs lĂ©gitimes existent. Ils ne justifient pas tout. Ce qui se dessine depuis le 17 fĂ©vrier 2026, c'est une doctrine : suspendre d'abord, lĂ©gifĂ©rer ensuite, lĂ©gitimer aprĂšs. L'ordonnance du 26 fĂ©vrier est le verrou juridique d'une pratique de contrĂŽle de l'information qui existait dĂ©jĂ de fait. Elle la normalise. Elle l'institutionnalise. Les journalistes interpellĂ©s par le B2 sans motif communiquĂ©, les citoyens dĂ©boutĂ©s par la Cour constitutionnelle, les millions de Gabonais privĂ©s de WhatsApp pendant des semaines ne mĂ©ritent pas seulement une rĂ©gulation numĂ©rique. Ils mĂ©ritent un Ătat de droit numĂ©rique. La nuance n'est pas sĂ©mantique. Elle est politique. L'ordonnance du 8 avril 2026 encadre dĂ©sormais l'usage des rĂ©seaux sociaux au Gabon Ă travers 55 articles. En l'absence de clauses de transparence dans le texte, les organisations de dĂ©fense des droits numĂ©riques au Gabon doivent instaurer un monitoring systĂ©matique, rĂ©pertoriant prĂ©cisĂ©ment les sanctions prononcĂ©es et les suspensions de comptes afin d'en Ă©valuer l'exĂ©cution rĂ©elle. Le texte entrera pleinement en vigueur dans douze mois, dĂ©lai accordĂ© aux plateformes pour se mettre en conformitĂ©. C'est le temps qu'ont les juristes, les journalistes et la sociĂ©tĂ© civile pour documenter son application, signaler ses abus et exiger ses corrections. Cette vigilance n'est pas une option. C'est une nĂ©cessitĂ©. Suivez l'Ă©volution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualitĂ© africaine et du monde.  DBNews Sources : - Journal Officiel de la RĂ©publique Gabonaise n°110 du 8 au 15 avril 2026, ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 fĂ©vrier 2026 - Gabonreview.com (8 et 9 avril 2026) - Paradigm Initiative (20 fĂ©vrier 2026) - Info241 (16 janvier 2026) - Gabonactu.com (15, 16 et 19 janvier 2026, 14 mars 2026) - Gabonmediatime.com (15 janvier et 2 mars 2026) - Jeune Afrique (6 mars 2026) - RSF classement 2025 et recommandations (mai 2025) - Cour constitutionnelle du Gabon (11 mars 2026) - Pacte international relatif aux droits civils et politiques art. 19, Charte africaine des droits de l'homme et des peuples art. 9. © DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s Read the full article
Gabon : l'ordonnance numérique qui fait peur
Le Gabon a officialisĂ©, par une ordonnance de 55 articles publiĂ©e au Journal officiel le mercredi 8 avril 2026, un nouveau cadre juridique rĂ©gissant lâusage des rĂ©seaux sociaux et des plateformes numĂ©riques. Ce texte intervient six semaines aprĂšs la suspension de ces services dans le pays, fournissant dĂ©sormais une base lĂ©gale aux pratiques de rĂ©gulation numĂ©rique. Par la rĂ©daction | 9 avril 2026 Le droit aprĂšs le fait accompli Le 17 fĂ©vrier 2026, la Haute AutoritĂ© de la Communication suspend sans prĂ©avis, sans base lĂ©gale prĂ©cise et sans calendrier de rĂ©tablissement l'accĂšs Ă Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok et YouTube sur tout le territoire gabonais. Selon l'organisation Paradigm Initiative, deux jours d'interruption ont coĂ»tĂ© 2 960 568 dollars Ă l'Ă©conomie gabonaise. La HAC n'a fourni aucune preuve concrĂšte de violations, aucune prĂ©cision sur la base juridique de cette mesure, ni aucun calendrier pour le rĂ©tablissement de l'accĂšs. Six semaines plus tard, le 8 avril 2026, l'ordonnance n°0011/PR/2026 est publiĂ©e au Journal officiel n°110. Elle est datĂ©e du 26 fĂ©vrier 2026, soit neuf jours aprĂšs la suspension. Les ordonnances n°0011, n°0012 et n°0013/PR/2026 forment un triptyque lĂ©gislatif qui redessine de fond en comble le paysage numĂ©rique gabonais. Ce sĂ©quençage dit tout. On coupe d'abord. On lĂ©gifĂšre ensuite. Le droit vient couvrir ce que l'arbitraire a dĂ©jĂ pratiquĂ©. C'est l'inverse d'un Ătat de droit. Dans tout rĂ©gime qui respecte le principe de lĂ©galitĂ©, la restriction d'un droit fondamental exige une base lĂ©gale prĂ©alable, non construite a posteriori pour justifier une dĂ©cision dĂ©jĂ prise. Le prĂ©sident de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, a dĂ©fendu la mesure dans un entretien au quotidien L'Union. "La diffusion des contenus inappropriĂ©s et diffamatoires, voire haineux, la propagande de fausses informations, le tribalisme polluaient chaque jour un peu plus le cyberespace gabonais", a-t-il dĂ©clarĂ©. L'argument de l'ordre public numĂ©rique est rĂ©el. Il ne suffit pas Ă effacer la mĂ©thode. Quatre citoyens gabonais ont ensuite saisi la Cour constitutionnelle le 23 fĂ©vrier 2026 pour faire annuler la suspension. La Cour a dĂ©clarĂ© leur requĂȘte irrecevable le 11 mars 2026, estimant qu'un communiquĂ© administratif de la HAC ne relĂšve pas de sa compĂ©tence. Le citoyen gabonais n'a donc, Ă ce stade, aucun recours effectif contre une coupure ordonnĂ©e par un organe dont tous les membres sont nommĂ©s par le pouvoir. 55 articles : ce que prĂ©voit le texte L'Ordonnance contient des mesures lĂ©gitimes que personne ne peut raisonnablement contester. La majoritĂ© numĂ©rique est fixĂ©e Ă 16 ans. Il est dĂ©sormais interdit Ă tout mineur de crĂ©er un compte sur un rĂ©seau social, sauf exceptions strictement encadrĂ©es dans un cadre Ă©ducatif ou pĂ©dagogique. Les plateformes doivent rĂ©agir aux signalements de contenus prĂ©judiciables impliquant des mineurs dans un dĂ©lai de 24 heures pour l'accusĂ© de rĂ©ception et de 72 heures pour le traitement. L'interdiction des deepfakes sexuels sans consentement, le droit Ă l'effacement des donnĂ©es, l'encadrement des contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par intelligence artificielle : ces dispositions sont comparables aux meilleures pratiques europĂ©ennes. Mais trois articles mĂ©ritent une lecture plus attentive. L'article 4 supprime l'anonymat en ligne. Tout utilisateur doit s'identifier avec noms, prĂ©noms, domicile, numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone et numĂ©ro d'identification personnelle. Dans un pays oĂč des journalistes sont convoquĂ©s par les services de contre-ingĂ©rence militaire sans motif officiel communiquĂ©, lever l'anonymat revient Ă dĂ©sarmer les lanceurs d'alerte, les opposants et les citoyens qui dĂ©noncent des abus. Les articles 7 et 8 Ă©tablissent la responsabilitĂ© solidaire. Tout utilisateur qui relaie une information illĂ©gale peut ĂȘtre poursuivi au mĂȘme titre que son auteur initial. Retweeter, republier, transfĂ©rer sur WhatsApp un article ou une vidĂ©o jugĂ©s illicites engage la responsabilitĂ© pĂ©nale. Dans un pays oĂč la dĂ©finition de "contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions" est laissĂ©e Ă l'apprĂ©ciation de la HAC, chaque internaute devient un suspect potentiel. L'article 44 est le plus structurellement dangereux. Il autorise le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s, sur saisine de la HAC ou du MinistĂšre public, Ă ordonner le "ralentissement temporaire du trafic", la "restriction de fonctionnalitĂ©s spĂ©cifiques" et la "suspension temporaire d'accĂšs Ă une plateforme" pour 72 heures. Ce qui Ă©tait une dĂ©cision arbitraire en fĂ©vrier 2026 est dĂ©sormais une procĂ©dure lĂ©gale. La suspension des rĂ©seaux sociaux a trouvĂ© sa justification juridique rĂ©troactive. La presse, premier terrain d'expĂ©rimentation Le contexte dans lequel cette ordonnance intervient n'est pas abstrait. Il est documentĂ© par des faits prĂ©cis et rĂ©cents. Le 15 janvier 2026, Roland Olouba Oyabi, journaliste et directeur de publication de Gabon Mail Infos, a Ă©tĂ© interpellĂ© par des agents de la Direction gĂ©nĂ©rale de la contre-ingĂ©rence et de la sĂ©curitĂ© militaire, le B2. Il se rendait Ă Owendo pour un reportage. Selon les tĂ©moignages, le journaliste a reçu un appel tĂ©lĂ©phonique lui donnant rendez-vous. Une fois sur place, des Ă©lĂ©ments du B2 ont investi le vĂ©hicule et conduit les deux hommes Ă AkĂ©bĂ©. Motif officiel : aucun. Silence total. Le cas de Roland Olouba Oyabi n'est pas isolĂ©. En octobre 2025, Harold LĂ©ckat IgassĂ©la, directeur de la publication de Gabon MĂ©dia Time, avait Ă©tĂ© interpellĂ© dans des circonstances similaires avant d'ĂȘtre placĂ© sous mandat de dĂ©pĂŽt Ă la prison centrale de Libreville cinq jours plus tard. Ces affaires successives alimentent le sentiment d'une pression croissante sur les mĂ©dias, d'autant plus que les interpellations se dĂ©roulent souvent sans communication officielle immĂ©diate sur les faits reprochĂ©s. Le parti politique d'opposition dĂ©nommĂ© Ensemble Pour le Gabon (EPG), et dirigĂ© par l'ancien premier ministre Alain Claude BiliĂ© Bi NzĂ©, a dĂ©noncĂ© "une continuitĂ© rĂ©pressive" rappelant ces arrestations successives et y voyant "la preuve manifeste d'une dĂ©rive autoritaire qui menace l'Ătat de droit dans notre pays". Et pourtant, depuis le 30 aoĂ»t 2023, le Gabon a progressĂ© dans le classement RSF, passant de la 121e place en 2020 Ă la 41e en 2025, un gain de 53 places en deux ans. Ce progrĂšs est rĂ©el. RSF lui-mĂȘme recommande d'amender les articles problĂ©matiques du Code de la communication de 2016, qui contient des dispositions floues empĂȘchant les journalistes de savoir Ă quels risques ils s'exposent. Malheureusement, l'ordonnance d'avril 2026 n'amende pas ces dispositions floues. Elle en ajoute. La HAC : arbitre ou outil ? Les neuf membres de la HAC restent dĂ©signĂ©s exclusivement par des autoritĂ©s politiques : trois par le PrĂ©sident de la RĂ©publique, trois par le PrĂ©sident du SĂ©nat, trois par le PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale. Ses missions sont Ă©largies Ă la rĂ©gulation des rĂ©seaux sociaux et Ă la sanction de "la propagande malveillante et tout contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions". Un rĂ©gulateur dont la composition est entiĂšrement contrĂŽlĂ©e par le pouvoir, dont les dĂ©cisions ne peuvent ĂȘtre contestĂ©es ni devant la Cour constitutionnelle ni efficacement par un simple citoyen, n'est pas indĂ©pendant. Il est fonctionnel. Cette distinction n'est pas thĂ©orique. Elle est la diffĂ©rence entre un organe qui protĂšge les citoyens et un organe qui protĂšge le rĂ©gime. La suspension de fĂ©vrier a Ă©galement servi de levier de nĂ©gociation avec les plateformes internationales. La HAC a reconnu que de nombreux internautes continuaient d'accĂ©der via des VPN, et travaillait avec les opĂ©rateurs techniques pour restreindre leur usage. Le contrĂŽle de l'information est donc Ă la fois un objectif dĂ©clarĂ© et un outil de rapport de force avec des acteurs privĂ©s globaux. L'Afrique et le numĂ©rique sous surveillance Le Gabon n'est pas seul dans ce mouvement. Le Digital Services Act europĂ©en encadre les plateformes depuis 2024. L'Australie a interdit les rĂ©seaux sociaux aux moins de 16 ans en 2025, un prĂ©cĂ©dent citĂ© explicitement dans la communication gouvernementale gabonaise. Le Nigeria, le SĂ©nĂ©gal et l'Ăthiopie ont tous connu des coupures numĂ©riques en pĂ©riode de tensions politiques. La diffĂ©rence est dans la mĂ©thode et les garanties. En Europe, la rĂ©gulation numĂ©rique est prĂ©cĂ©dĂ©e d'un dĂ©bat parlementaire, soumise Ă un contrĂŽle constitutionnel effectif et encadrĂ©e par des autoritĂ©s de rĂ©gulation dont l'indĂ©pendance est statutairement protĂ©gĂ©e. En vertu du droit international, toute restriction Ă la libertĂ© d'expression doit rĂ©pondre aux trois critĂšres de lĂ©galitĂ©, de nĂ©cessitĂ© et de proportionnalitĂ©. Le Gabon est un Ătat membre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et Ă la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Ces instruments exigent que le gouvernement protĂšge, et non restreigne, l'espace civique numĂ©rique. Sur le continent africain, le cas tunisien offre un parallĂšle utile. Le dĂ©cret 54 promulguĂ© en 2022 par KaĂŻs SaĂŻed, officiellement destinĂ© Ă lutter contre les fausses informations, est devenu un instrument de poursuite des journalistes et des opposants. L'article 44 de l'ordonnance gabonaise, s'il est appliquĂ© sans garde-fous indĂ©pendants, porte un risque identique. RĂ©guler ou contrĂŽler : la question reste entiĂšre Le Gabon a droit Ă la rĂ©gulation numĂ©rique. L'encadrement des deepfakes, la protection des mineurs, la lutte contre le cyberharcĂšlement et les escroqueries en ligne sont des besoins documentĂ©s. Ces objectifs lĂ©gitimes existent. Ils ne justifient pas tout. Ce qui se dessine depuis le 17 fĂ©vrier 2026, c'est une doctrine : suspendre d'abord, lĂ©gifĂ©rer ensuite, lĂ©gitimer aprĂšs. L'ordonnance du 26 fĂ©vrier est le verrou juridique d'une pratique de contrĂŽle de l'information qui existait dĂ©jĂ de fait. Elle la normalise. Elle l'institutionnalise. Les journalistes interpellĂ©s par le B2 sans motif communiquĂ©, les citoyens dĂ©boutĂ©s par la Cour constitutionnelle, les millions de Gabonais privĂ©s de WhatsApp pendant des semaines ne mĂ©ritent pas seulement une rĂ©gulation numĂ©rique. Ils mĂ©ritent un Ătat de droit numĂ©rique. La nuance n'est pas sĂ©mantique. Elle est politique. L'ordonnance du 8 avril 2026 encadre dĂ©sormais l'usage des rĂ©seaux sociaux au Gabon Ă travers 55 articles. En l'absence de clauses de transparence dans le texte, les organisations de dĂ©fense des droits numĂ©riques en Afrique centrale doivent instaurer un monitoring systĂ©matique, rĂ©pertoriant prĂ©cisĂ©ment les sanctions prononcĂ©es et les suspensions de comptes afin d'en Ă©valuer l'exĂ©cution rĂ©elle. Le texte entrera pleinement en vigueur dans douze mois, dĂ©lai accordĂ© aux plateformes pour se mettre en conformitĂ©. C'est le temps qu'ont les juristes, les journalistes gabonais et la sociĂ©tĂ© civile pour documenter son application, signaler ses abus et exiger ses corrections. Cette vigilance n'est pas une option. C'est une nĂ©cessitĂ©. Suivez l'Ă©volution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualitĂ© africaine et du monde.  DBNews Sources : - Journal Officiel de la RĂ©publique Gabonaise n°110 du 8 au 15 avril 2026, ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 fĂ©vrier 2026 - Gabonreview.com (8 et 9 avril 2026) - Paradigm Initiative (20 fĂ©vrier 2026) - Info241 (16 janvier 2026) - Gabonactu.com (15, 16 et 19 janvier 2026, 14 mars 2026) - Gabonmediatime.com (15 janvier et 2 mars 2026) - Jeune Afrique (6 mars 2026) - RSF classement 2025 et recommandations (mai 2025) - Cour constitutionnelle du Gabon (11 mars 2026) - Pacte international relatif aux droits civils et politiques art. 19, Charte africaine des droits de l'homme et des peuples art. 9. © DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s Read the full article
Gabon : l'ordonnance numérique qui fait peur
Le Gabon a officialisĂ©, par une ordonnance de 55 articles publiĂ©e au Journal officiel le mercredi 8 avril 2026, un nouveau cadre juridique rĂ©gissant lâusage des rĂ©seaux sociaux et des plateformes numĂ©riques. Ce texte intervient six semaines aprĂšs la suspension de ces services dans le pays, fournissant dĂ©sormais une base lĂ©gale aux pratiques de rĂ©gulation numĂ©rique. Par la rĂ©daction | 9 avril 2026 Le droit aprĂšs le fait accompli Le 17 fĂ©vrier 2026, la Haute AutoritĂ© de la Communication suspend sans prĂ©avis, sans base lĂ©gale prĂ©cise et sans calendrier de rĂ©tablissement l'accĂšs Ă Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok et YouTube sur tout le territoire gabonais. Selon l'organisation Paradigm Initiative, deux jours d'interruption ont coĂ»tĂ© 2 960 568 dollars Ă l'Ă©conomie gabonaise. La HAC n'a fourni aucune preuve concrĂšte de violations, aucune prĂ©cision sur la base juridique de cette mesure, ni aucun calendrier pour le rĂ©tablissement de l'accĂšs. Six semaines plus tard, le 8 avril 2026, l'ordonnance n°0011/PR/2026 est publiĂ©e au Journal officiel n°110. Elle est datĂ©e du 26 fĂ©vrier 2026, soit neuf jours aprĂšs la suspension. Les ordonnances n°0011, n°0012 et n°0013/PR/2026 forment un triptyque lĂ©gislatif qui redessine de fond en comble le paysage numĂ©rique gabonais. Ce sĂ©quençage dit tout. On coupe d'abord. On lĂ©gifĂšre ensuite. Le droit vient couvrir ce que l'arbitraire a dĂ©jĂ pratiquĂ©. C'est l'inverse d'un Ătat de droit. Dans tout rĂ©gime qui respecte le principe de lĂ©galitĂ©, la restriction d'un droit fondamental exige une base lĂ©gale prĂ©alable, non construite a posteriori pour justifier une dĂ©cision dĂ©jĂ prise. Le prĂ©sident de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, a dĂ©fendu la mesure dans un entretien au quotidien L'Union. "La diffusion des contenus inappropriĂ©s et diffamatoires, voire haineux, la propagande de fausses informations, le tribalisme polluaient chaque jour un peu plus le cyberespace gabonais", a-t-il dĂ©clarĂ©. L'argument de l'ordre public numĂ©rique est rĂ©el. Il ne suffit pas Ă effacer la mĂ©thode. Quatre citoyens gabonais ont ensuite saisi la Cour constitutionnelle le 23 fĂ©vrier 2026 pour faire annuler la suspension. La Cour a dĂ©clarĂ© leur requĂȘte irrecevable le 11 mars 2026, estimant qu'un communiquĂ© administratif de la HAC ne relĂšve pas de sa compĂ©tence. Le citoyen gabonais n'a donc, Ă ce stade, aucun recours effectif contre une coupure ordonnĂ©e par un organe dont tous les membres sont nommĂ©s par le pouvoir. 55 articles : ce que prĂ©voit le texte L'Ordonnance contient des mesures lĂ©gitimes que personne ne peut raisonnablement contester. La majoritĂ© numĂ©rique est fixĂ©e Ă 16 ans. Il est dĂ©sormais interdit Ă tout mineur de crĂ©er un compte sur un rĂ©seau social, sauf exceptions strictement encadrĂ©es dans un cadre Ă©ducatif ou pĂ©dagogique. Les plateformes doivent rĂ©agir aux signalements de contenus prĂ©judiciables impliquant des mineurs dans un dĂ©lai de 24 heures pour l'accusĂ© de rĂ©ception et de 72 heures pour le traitement. L'interdiction des deepfakes sexuels sans consentement, le droit Ă l'effacement des donnĂ©es, l'encadrement des contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par intelligence artificielle : ces dispositions sont comparables aux meilleures pratiques europĂ©ennes. Mais trois articles mĂ©ritent une lecture plus attentive. L'article 4 supprime l'anonymat en ligne. Tout utilisateur doit s'identifier avec noms, prĂ©noms, domicile, numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone et numĂ©ro d'identification personnelle. Dans un pays oĂč des journalistes sont convoquĂ©s par les services de contre-ingĂ©rence militaire sans motif officiel communiquĂ©, lever l'anonymat revient Ă dĂ©sarmer les lanceurs d'alerte, les opposants et les citoyens qui dĂ©noncent des abus. Les articles 7 et 8 Ă©tablissent la responsabilitĂ© solidaire. Tout utilisateur qui relaie une information illĂ©gale peut ĂȘtre poursuivi au mĂȘme titre que son auteur initial. Retweeter, republier, transfĂ©rer sur WhatsApp un article ou une vidĂ©o jugĂ©s illicites engage la responsabilitĂ© pĂ©nale. Dans un pays oĂč la dĂ©finition de "contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions" est laissĂ©e Ă l'apprĂ©ciation de la HAC, chaque internaute devient un suspect potentiel. L'article 44 est le plus structurellement dangereux. Il autorise le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s, sur saisine de la HAC ou du MinistĂšre public, Ă ordonner le "ralentissement temporaire du trafic", la "restriction de fonctionnalitĂ©s spĂ©cifiques" et la "suspension temporaire d'accĂšs Ă une plateforme" pour 72 heures. Ce qui Ă©tait une dĂ©cision arbitraire en fĂ©vrier 2026 est dĂ©sormais une procĂ©dure lĂ©gale. La suspension des rĂ©seaux sociaux a trouvĂ© sa justification juridique rĂ©troactive. La presse, premier terrain d'expĂ©rimentation Le contexte dans lequel cette ordonnance intervient n'est pas abstrait. Il est documentĂ© par des faits prĂ©cis et rĂ©cents. Le 15 janvier 2026, Roland Olouba Oyabi, journaliste et directeur de publication de Gabon Mail Infos, a Ă©tĂ© interpellĂ© par des agents de la Direction gĂ©nĂ©rale de la contre-ingĂ©rence et de la sĂ©curitĂ© militaire, le B2. Il se rendait Ă Owendo pour un reportage. Selon les tĂ©moignages, le journaliste a reçu un appel tĂ©lĂ©phonique lui donnant rendez-vous. Une fois sur place, des Ă©lĂ©ments du B2 ont investi le vĂ©hicule et conduit les deux hommes Ă AkĂ©bĂ©. Motif officiel : aucun. Silence total. Le cas de Roland Olouba Oyabi n'est pas isolĂ©. En octobre 2025, Harold LĂ©ckat IgassĂ©la, directeur de la publication de Gabon MĂ©dia Time, avait Ă©tĂ© interpellĂ© dans des circonstances similaires avant d'ĂȘtre placĂ© sous mandat de dĂ©pĂŽt Ă la prison centrale de Libreville cinq jours plus tard. Ces affaires successives alimentent le sentiment d'une pression croissante sur les mĂ©dias, d'autant plus que les interpellations se dĂ©roulent souvent sans communication officielle immĂ©diate sur les faits reprochĂ©s. Le parti politique d'opposition dĂ©nommĂ© Ensemble Pour le Gabon (EPG), et dirigĂ© par l'ancien premier ministre Alain Claude BiliĂ© Bi NzĂ©, a dĂ©noncĂ© "une continuitĂ© rĂ©pressive" rappelant ces arrestations successives et y voyant "la preuve manifeste d'une dĂ©rive autoritaire qui menace l'Ătat de droit dans notre pays". Et pourtant, depuis le 30 aoĂ»t 2023, le Gabon a progressĂ© dans le classement RSF, passant de la 121e place en 2020 Ă la 41e en 2025, un gain de 53 places en deux ans. Ce progrĂšs est rĂ©el. RSF lui-mĂȘme recommande d'amender les articles problĂ©matiques du Code de la communication de 2016, qui contient des dispositions floues empĂȘchant les journalistes de savoir Ă quels risques ils s'exposent. Malheureusement, l'ordonnance d'avril 2026 n'amende pas ces dispositions floues. Elle en ajoute. La HAC : arbitre ou outil ? Les neuf membres de la HAC restent dĂ©signĂ©s exclusivement par des autoritĂ©s politiques : trois par le PrĂ©sident de la RĂ©publique, trois par le PrĂ©sident du SĂ©nat, trois par le PrĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale. Ses missions sont Ă©largies Ă la rĂ©gulation des rĂ©seaux sociaux et Ă la sanction de "la propagande malveillante et tout contenu portant atteinte Ă la stabilitĂ© des institutions". Un rĂ©gulateur dont la composition est entiĂšrement contrĂŽlĂ©e par le pouvoir, dont les dĂ©cisions ne peuvent ĂȘtre contestĂ©es ni devant la Cour constitutionnelle ni efficacement par un simple citoyen, n'est pas indĂ©pendant. Il est fonctionnel. Cette distinction n'est pas thĂ©orique. Elle est la diffĂ©rence entre un organe qui protĂšge les citoyens et un organe qui protĂšge le rĂ©gime. La suspension de fĂ©vrier a Ă©galement servi de levier de nĂ©gociation avec les plateformes internationales. La HAC a reconnu que de nombreux internautes continuaient d'accĂ©der via des VPN, et travaillait avec les opĂ©rateurs techniques pour restreindre leur usage. Le contrĂŽle de l'information est donc Ă la fois un objectif dĂ©clarĂ© et un outil de rapport de force avec des acteurs privĂ©s globaux. L'Afrique et le numĂ©rique sous surveillance Le Gabon n'est pas seul dans ce mouvement. Le Digital Services Act europĂ©en encadre les plateformes depuis 2024. L'Australie a interdit les rĂ©seaux sociaux aux moins de 16 ans en 2025, un prĂ©cĂ©dent citĂ© explicitement dans la communication gouvernementale gabonaise. Le Nigeria, le SĂ©nĂ©gal et l'Ăthiopie ont tous connu des coupures numĂ©riques en pĂ©riode de tensions politiques. La diffĂ©rence est dans la mĂ©thode et les garanties. En Europe, la rĂ©gulation numĂ©rique est prĂ©cĂ©dĂ©e d'un dĂ©bat parlementaire, soumise Ă un contrĂŽle constitutionnel effectif et encadrĂ©e par des autoritĂ©s de rĂ©gulation dont l'indĂ©pendance est statutairement protĂ©gĂ©e. En vertu du droit international, toute restriction Ă la libertĂ© d'expression doit rĂ©pondre aux trois critĂšres de lĂ©galitĂ©, de nĂ©cessitĂ© et de proportionnalitĂ©. Le Gabon est un Ătat membre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et Ă la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Ces instruments exigent que le gouvernement protĂšge, et non restreigne, l'espace civique numĂ©rique. Sur le continent africain, le cas tunisien offre un parallĂšle utile. Le dĂ©cret 54 promulguĂ© en 2022 par KaĂŻs SaĂŻed, officiellement destinĂ© Ă lutter contre les fausses informations, est devenu un instrument de poursuite des journalistes et des opposants. L'article 44 de l'ordonnance gabonaise, s'il est appliquĂ© sans garde-fous indĂ©pendants, porte un risque identique. RĂ©guler ou contrĂŽler : la question reste entiĂšre Le Gabon a droit Ă la rĂ©gulation numĂ©rique. L'encadrement des deepfakes, la protection des mineurs, la lutte contre le cyberharcĂšlement et les escroqueries en ligne sont des besoins documentĂ©s. Ces objectifs lĂ©gitimes existent. Ils ne justifient pas tout. Ce qui se dessine depuis le 17 fĂ©vrier 2026, c'est une doctrine : suspendre d'abord, lĂ©gifĂ©rer ensuite, lĂ©gitimer aprĂšs. L'ordonnance du 26 fĂ©vrier est le verrou juridique d'une pratique de contrĂŽle de l'information qui existait dĂ©jĂ de fait. Elle la normalise. Elle l'institutionnalise. Les journalistes interpellĂ©s par le B2 sans motif communiquĂ©, les citoyens dĂ©boutĂ©s par la Cour constitutionnelle, les millions de Gabonais privĂ©s de WhatsApp pendant des semaines ne mĂ©ritent pas seulement une rĂ©gulation numĂ©rique. Ils mĂ©ritent un Ătat de droit numĂ©rique. La nuance n'est pas sĂ©mantique. Elle est politique. L'ordonnance du 8 avril 2026 encadre dĂ©sormais l'usage des rĂ©seaux sociaux au Gabon Ă travers 55 articles. En l'absence de clauses de transparence dans le texte, il est conseillĂ© aux organisations de dĂ©fense des droits numĂ©riques en Afrique centrale d'instaurer un monitoring systĂ©matique. Ce suivi doit permettre de documenter l'application concrĂšte de la loi, en rĂ©pertoriant prĂ©cisĂ©ment les sanctions prononcĂ©es et les suspensions de comptes afin d'en Ă©valuer l'exĂ©cution rĂ©elle. Suivez l'Ă©volution de cette situation sur DB News, votre source d'information fiable sur l'actualitĂ© africaine et du monde.  DBNews Sources : - Journal Officiel de la RĂ©publique Gabonaise n°110 du 8 au 15 avril 2026, ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 fĂ©vrier 2026 - Gabonreview.com (8 et 9 avril 2026) - Paradigm Initiative (20 fĂ©vrier 2026) - Info241 (16 janvier 2026) - Gabonactu.com (15, 16 et 19 janvier 2026, 14 mars 2026) - Gabonmediatime.com (15 janvier et 2 mars 2026) - Jeune Afrique (6 mars 2026) - RSF classement 2025 et recommandations (mai 2025) - Cour constitutionnelle du Gabon (11 mars 2026) - Pacte international relatif aux droits civils et politiques art. 19, Charte africaine des droits de l'homme et des peuples art. 9. © DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s Read the full article