Critique #20 - Doctor Whooves (partie 1), par MisterX
Les rencontres entre deux mondes ne sont pas rares, surtout quand on peut traverser des miroirs magiquesâŠ
⊠ou emprunter des cabines plus grandes Ă lâintĂ©rieur quâĂ lâextĂ©rieur.
La littĂ©rature a cela de merveilleux quâelle peut aussi bien faire voyager dans lâespace que dans le temps, et mĂȘme Ă travers les dimensionsâŠ
La demande vient apparemment de lâauteur, MisterX, par lâintermĂ©diaire dâune habituĂ©e du blog. Il sâagit dâune fiction longue, encore en cours qui comptabilise pour lâinstant 155.000 mots environ, rĂ©partis en 8 chapitres ; mĂȘme si jâĂ©tais tentĂ©e de tous les traiter dâune seule traite, leur longueur me pousse Ă en faire deux critiques.
âDoctor Whoovesâ est la premiĂšre publication de MisterX, auteur de 4 Ćuvres. 2 dâentre elles sont des One-Shots, et les 2 autres des fictions assez longues et encore en cours. Il a commencĂ© Ă publier Ă la mi-juin 2015 et a Ă©tĂ© plutĂŽt rĂ©gulier jusquâĂ prĂ©sent.
Un personnage vieux comme le monde
La fiction est un cross-over entre les univers de Doctor Who et de My Little Pony, dans le sens le plus littĂ©ral que peut avoir un cross-over, Ă savoir faire se croiser deux univers ; et quoi de mieux quâun trou entre les dimensions pour faire se rencontrer Equestria et le Docteur, extra-terrestre Ă lâapparence humaine (et dĂ©sormais Ă©questre) qui voyage dans le temps et lâespace Ă bord dâune cabine tĂ©lĂ©phonique ?
La fiction prend le parti dâavoir des chapitres longs, trĂšs longs, afin de tenir un format assez proche dâun Ă©pisode de la sĂ©rie Doctor Who. Il sâagit dâailleurs moins de chapitres que dâĂ©pisodes, autant Ă cause dudit format que de la maniĂšre dâavoir une intrigue complĂšte par Ă©pisode, ou double-Ă©pisode.
Le premier se veut proche du ton des deux sĂ©ries et les mĂ©lange Ă merveille, rien de trĂšs original mais ça ne cherche pas Ă lâĂȘtre. Ennemis classiques du Docteur et rĂ©solution aussi bien en utilisant les Ă©lĂ©ments de Doctor Who que dâMLP.
On voyage ensuite pour les Ă©pisodes deux et trois dans le passĂ© dâEquestria ; le quatre nous offre une vue du futur lointain, aussi bien dans le temps que lâespace, et le cinquiĂšme nous renvoie Ă Ponyville.
Il sâavĂšre que jâapprĂ©cie beaucoup la sĂ©rie Doctor Who, mĂȘme si je nâai jamais eu le courage de me lancer dans la sĂ©rie classique. Jâai donc quelques notions vis Ă vis de lâunivers du Docteur, ce qui est pratique puisquâil sâagit bel et bien de celui de la sĂ©rie, et plus prĂ©cisĂ©ment du dixiĂšme Docteur, jouĂ© par David Tennant.
Jâaurais en consĂ©quences quelques remarques plus personnelles que dâhabitude, mais je garde ça pour la fin.
Un personnage aux multiples facettes
Le niveau dâĂ©criture de la fiction est plutĂŽt bon, je nâai pas relevĂ© de fautes, aucune tournure ne mâa parue bizarre, les paragraphes Ă©taient biens structurĂ©s, le rythme de lâaction correctement dosĂ© et de maniĂšre globale, tout ce qui touche Ă la structure du texte est excellent, mis Ă part deux choses : les parenthĂšses, qui ne me semble toujours pas ĂȘtre un Ă©lĂ©ment correct Ă mettre dans un texte narratif -lâusage de tirets est Ă mon sens plus correct pour les apartĂ©s- et surtout leur utilisation dans lâĂ©pisode quatre pour complĂ©ter une description.
Je trouve cela plutĂŽt malvenu dâavoir une âdescriptionâ dans une description. A moins de vouloir le faire exprĂšs, la description de quelque chose doit vraiment ĂȘtre clair et comprĂ©hensible, lâusage de note devrait ĂȘtre rĂ©servĂ©e aux termes spĂ©cifiques que peu de gens connaissent et quâil nâest pas possible de substituer. Il y avait des moyens assez courts dâĂ©viter cela, ne serait-ce que par lâusage de âtubes souplesâ Ă lĂ place de âtubes annelĂ©sâ. Ăa aurait Ă©tĂ© plus rapide, comprĂ©hensible et sans cette petite bizarrerie.
Les descriptions sont dâailleurs un point faible de cette fiction, mais câest un trait commun avec beaucoup de jeunes textes, et pas seulement en fan-fiction. Cette Ćuvre possĂšde un grand nombre de paragraphes descriptifs assez rĂ©pĂ©titifs dans la forme : lâarrivĂ©e de chaque personnage entraĂźne une description de celui-ci, chaque nouvel environnement important Ă le droit Ă une description.
Câest dommage parce que les descriptions faites, bien que bonnes, sont trĂšs superficielles. Elles se cantonnent Ă dĂ©crire simplement, factuellement. On nous dĂ©crit les choses de façon pratique et non pas comme les personnages le ressentent ; il serait bien plus efficace et moins linĂ©aire de dĂ©crire les choses dans lâaction et du point de vue des protagonistes qui, face Ă un nouveau venu, ne vont pas juste se contenter de le regarder et dĂ©crire ses couleurs, sa coiffure et ses vĂȘtements. Ils vont essayer de savoir Ă qui ils vont avoir affaire, surtout le Docteur, dâanalyser visuellement lâindividu et par la mĂȘme occasion, lui donner plus de personnalitĂ©.
Car les personnages sont aussi un point assez faibles, je le crains. MalgrĂ© la longueur des chapitres, les personnages nâinspirent pas vraiment de sympathie. Les gens que le Docteur et sa compagne rencontrent sont simplement des archĂ©types, et sâil nây a rien de mal Ă en utiliser, ils nâont pas vraiment de personnalitĂ©. La fiction est tournĂ©e vers lâaction et les dialogues, laissant assez peu de place Ă des dĂ©tails pour laisse les personnages secondaires se dĂ©velopper, avoir un rĂŽle au-delĂ de leur fonction ; et lâeffet nâest pas aidĂ© par les descriptions assez factuelles et le fait que les dialogues introduisent parfois de façon forcĂ©e ou peu naturelle leurs noms, comme si on en avait nĂ©cessairement besoin pour savoir de qui on parle juste avant ou aprĂšs la descriptions, comme sâil nâĂ©tait quâun nom et une apparence ; un rĂŽle.
Les personnages secondaires sont juste ça, des noms et des fonctions, ce qui est dommage parce quâils sont bien choisis et il y a de bonnes situations dans la fiction, lâauteur arrive Ă vraiment crĂ©er une ambiance, malgrĂ© les descriptions un peu condensĂ©es et absentes de dĂ©tails. La mise en place est excellente, lâaction nerveuse mais on ne se sent pas investi dans des environnements et des endroits qui sont justes survolĂ©s. Il nây a pas de dĂ©tails sur lâodeur par exemple, ou juste sur comment les personnages sentent lâendroit, au-delĂ des moments oĂč quelque chose est bizarre ou inquiĂ©tant, pour amener quelque chose.
Ces problĂšmes dĂ©coulent pour la plupart du passage un peu trop littĂ©ral du format tĂ©lĂ©visuel Ă la fiction. La narration nous plante le dĂ©cor comme le premier plan dâune scĂšne le fait. On nous montre lâenvironnement oĂč lâaction va se passer, on nous montre les personnages quand ils arrivent, puis on passe aux discussions et Ă lâaction. Ce nâest pas mauvais en soi, mais cela ne convient pas vraiment Ă un format oĂč le meilleur moyen de capter le lecteur et lâinvestir est de lui donner des informations et de quoi construire lâaventure au fur et Ă mesure. Et plus encore, il le fait au travers de ce que les personnages perçoivent, et non pas de la narration brute.
AprĂšs tout, dans une sĂ©rie le dĂ©cor est prĂ©sent tout le temps, pas juste lorsquâon le plante. On a une ambiance et un cadre tout le temps, et faire de mĂȘme pour un texte serait plus judicieux que sâen tenir Ă juste introduire et laisser faire le lecteur pour garder en tĂȘte comment sont lâendroit et les personnages.
Le texte a un excellent niveau et ses quelques problĂšmes viennent vraiment de la transition du format de la sĂ©rie, visuel, Ă la fiction, Ă©crite. Il suffirait de juste investir plus le lecteur dans ce que ressentent physiquement et Ă©motionnellement les personnages, de mieux Ă©grainer les descriptions et ne pas se sentir forcĂ©ment obligĂ© de dĂ©crire de façon invasive les Original Characters, tout en leur laissant la place dâĂȘtre plus que des personnages-fonctions. IdĂ©alement, ils devraient pouvoir donner lâimpression dâavoir existĂ© avant et de continuer Ă exister aprĂšs lâaventure, quâils nâĂ©taient pas juste lĂ pour remplir un rĂŽle dans lâhistoire.
LĂ , on va entrer dans la partie oĂč la fan de Doctor Who va sâexprimer. Je tiens Ă prĂ©ciser quâil ne sâagit que de mon avis ; le cross-over est une affaire de dosage et on ne peut pas ĂȘtre objectif et technique sur la maniĂšre de faire fonctionner deux univers ensembles.
Le cross-over nâest pas mauvais du tout, mais jâaurais quelques rĂ©serves sur des choix qui mâont semblĂ© contre-productif, voir aller contre lâesprit dâune ou des deux sĂ©ries. La premiĂšre petite maladresse, je trouve, a Ă©tĂ© de ne pas introduire proprement lâunivers de Doctor Who. La fiction nous lance dĂšs le dĂ©but le Docteur en sâattendant Ă ce quâon sache qui il est et ce que sont le TARDIS, le tournevis sonique, les cybermen... et les explications donĂ©es sont un peu expĂ©diĂ©es rapidement.
Oui, la fiction sâadresse aux bronies fans de Doctor Who, mais il aurait aussi fallu penser Ă ceux qui ignorent tout de Doctor Who et pour qui cette fiction pourrait ĂȘtre un premier contact. Il se retrouverait Ă suivre un personnage dont il ne sait rien mais dont il est censĂ© tout savoir.
Dâautant plus que le choix du Docteur de la sĂ©rie ne donne pas lâoccasion dâavoir du dĂ©veloppement sur lui puisque cela sâappuie sur la sĂ©rie et le Docteur tel quâon lây voit. Lorsquâil montre un aspect sombre de lui dans lâĂ©pisode 3, ce nâest pas vraiment dĂ©veloppĂ©, câest juste lâutilisation dâun trait montrĂ© dans un Ă©pisode de la sĂ©rie. De la mĂȘme maniĂšre avoir choisi Twilight plutĂŽt quâun poney de background ou un OC ne lui permet pas de dĂ©velopper quoi que ce soit, elle se contente dâĂȘtre Twilight et mĂȘme si elle a des rĂ©actions et quelques conflits, on apprend rien sur elle et elle ne change pas vraiment au terme de ces escapades.
Avoir un Docteur qui est originaire de cet univers aurait Ă©tĂ© une bonne occasion de montrer comment serait lâĂ©quivalent Equestre du Docteur, son histoire, de dĂ©velopper petit Ă petit son univers. Ou mĂȘme entrer dans le vif du sujet en laissant le doute sur le fait quâil puisse ĂȘtre le Docteur de lâunivers âhumainâ aurait pu ĂȘtre une bonne entrĂ©e en matiĂšre ; laisser planer le mystĂšre, investir le lecteur en lui faisant se poser des questions, thĂ©oriser sur qui est ce Docteur.
Ce nâest pas que le texte en lâĂ©tat nâest pas bien, câest juste⊠il se contente de montrer le Docteur faire des choses de Docteur et les mane6 ĂȘtre les mane6, sauf que tous ces personnages sont intĂ©ressants dans leurs sĂ©ries respectives parce quâon apprend des choses sur eux, parce quâon voit les conflits quâils traversent, quâon les voit changer.
Et là ⊠ils se contentent de juste ĂȘtre les personnages quâon connaĂźt ; lâauteur a voulu respecter les Ćuvres dâorigine et câest louable, mais ça enlĂšve beaucoup de lâintĂ©rĂȘt des personnages.
Certains choix me paraissent aussi un peu dommage, comme le fait de dĂ©crire une Equestria trĂšs âparallĂšleâ Ă la terre, notamment au niveau de leur histoire. Ăa aurait pu ĂȘtre lâoccasion dâĂȘtre original, de dĂ©crire quelque chose dâĂ©pique⊠mais le texte fait juste une ponyfication de lâhistoire humaine. Tout en incluant les Princesses immortelles, dâailleurs, et les diffĂ©rentes races. LĂ oĂč il aurait pu ĂȘtre intĂ©ressant dâavoir une histoire propre Ă Equestria, de partir sur quelque chose dâunique et crĂ©atif... ça prend le parti du clin dâĆil. Ce nâest pas mauvais, câest juste... une occasion manquĂ©e, je trouve.
Le choix des pĂ©riodes que jâai vu pour les voyages sont aussi Ă mon sens un peu trop sĂ»res. La premiĂšre est le passĂ©, dans une pĂ©riode que lâon connaĂźt grĂące Ă la fĂȘte de lâHeart Warming Eve, et y dĂ©crit plus ou moins ce quâon en sait, avec quelques ajouts intĂ©ressant mais sporadique. On y retrouve surtout les Deux SĆurs enfants, et un camĂ©o de Lauren Faust⊠et câest peu inspirĂ©, je trouve.
On voit une pĂ©riode que lâon connaĂźt, pour y voir ce quâon sâattend Ă y voir, de la façon dont on sâattend Ă la voir. C'est pas mauvais du tout, mais ça manque dâinitiative, de crĂ©ativitĂ©. Dâun soupçon de risque pour raconter quelque chose de fou, aussi fou que peut lâĂȘtre Doctor Who. Dâailleurs, mĂȘme les ennemis ressemblent Ă un mix entre le Shakri et les cybermen, entre la volontĂ© de pacifier la galaxie par lâupdate des formes de vie, et lâextermination de toute menace Ă la paix pour la faire rĂ©gner partout, quâon le veuille ou non.
Le futur est aussi un futur que lâon a dĂ©jĂ vu ailleurs, dans la SF en gĂ©nĂ©ral et dans Doctor Who. En fait, le concept mĂȘme du corps cĂ©leste en apparence inerte mais vivant me rappelle celui du soleil vivant dans la sĂ©rie -mĂ©langĂ© avec un Ă©pisode de Stargate SG1 pour le coup des ondes radio nocive- mais ce nâest pas du tout ça le problĂšme, ça encore câĂ©tait bien trouvé⊠mĂȘme si je ne comprend toujours pas comment du gaz peut faire changer la trajectoire dâun astĂ©roĂŻde sans prendre appui sur rien.
Non, le souci est quâon est dans lâunivers dâEquestria, et que ça ressemble Ă de la SF tout ce quâil y a de plus classique. Il y a des robots, il y a du minage dans lâespace, des scaphandres et des champs de force qui sont magiques, mais quand mĂȘme des champs de force. Ce nâest pas le moins du monde original, et câest vraiment dommage quand on voit toutes les choses originales que la sĂ©rie dâorigine a pu faire vis Ă vis de la science-fiction.
La derniĂšre chose qui mâa dĂ©rangĂ©e, pour conclure la critique personnelle, est le fait que les Ă©lĂ©ments dâHarmonie ont pu rendre leur Ă©tat normal Ă des cybermens/poneys. Je ne comprend pas comment cela peut ĂȘtre possible, considĂ©rant quâun cybermen nâest plus vivant. Câest juste un corps organique mort dont le cerveau a Ă©tĂ© tĂ©lĂ©chargĂ© informatiquement, le tout enfermĂ© dans une armure. Les cyberponies Ă©taient morts, et les Ă©lĂ©ments dâHarmonie les a ressuscitĂ©s. Et câest mĂȘme pas ça qui me dĂ©range le plus, câest le fait dâutiliser dĂšs le premier Ă©pisode les Ă©lĂ©ments dâHarmonie et de montrer clairement quâon peut sâen servir pour rĂ©soudre des situations aussi critiques. Cela gĂąche un peu toute la tension quâil pourrait y avoir de savoir quâil suffit de rĂ©unir le mane6 pour annuler tout, mĂȘme la cyberponyfication, et qui sait, pouvoir rendre des Dalek gentils ?
Câest dommage d'utiliser la carte âĂ©lĂ©ments dâHarmonieâ aussi vite, et surtout dâavoir montrĂ© le Docteur aussi sceptique et incapable dâaccepter de façon catĂ©gorique que la magie existe. AprĂšs tout, il sâagit du dixiĂšme Docteur, et il a Ă©tĂ© trĂšs clair sur le fait quâil estimait ĂȘtre ouvert Ă tout, y compris ce quâil pense de prime abord ne pas ĂȘtre possible :
âI believe... I believe I haven't seen everything, I don't know... it's funny, isn't it? The things you make up, the rules. If that thing had said it came from beyond the universe, I'd believe it, but before the universe... impossible. Doesn't fit my rule. Still, that's why I keep travelling. To be proved wrong.â Satanâs Pit (Part Two)
Pour ces 5 premiers chapitres, je dirais que la fiction a un excellent niveau mais quâelle se bride beaucoup Ă rester dans les clous. Elle veut utiliser des Ă©lĂ©ments dâMLP et de DW, mais jâai tendance Ă penser que ce qui fait le charme dâMLP est tout son univers de possibilitĂ©, et celui de DW vient de son cĂŽtĂ© fou et extraordinaire, cette propension Ă montrer des choses incroyables, et mĂȘme fantastiques.
Le mois prochain, jâattaquerais donc les trois derniers chapitres parus, et je suis impatiente de voir si lâauteur ne mâa pas attendue pour avoir eu envie dâĂȘtre aussi gĂ©nialement loufoque que peut lâĂȘtre ce cher Docteur !