Interview - Loud Lary Ajust
Le Canada et surtout le Québec ne nous ont pas offert uniquement Céline Dion, Natacha St-Pierre, le Roi Heenok ou Garou. Parmi la scÚne canadienne, on retrouve aussi A-trak, Arcade Fire, Mac Demarco, Koriass, Kaytranada et depuis quelques années, les talentueux Loud Lary Ajust. En une dizaine de questions, le trio se dévoile et attise la curiosité autour de la scÚne québécoise.
Loud Lary Ajust, c'est pour vous trois, les membres du groupe. Comment en ĂȘtes-vous venus Ă la musique, Ă vous connaĂźtre et Ă former Loud Lary Ajust ?
En ce qui a trait à la formation du groupe, pour faire un histoire courte, Loud et Lary sont des amis depuis l'école secondaire (lycée). Ils faisaient du rap en duo à cette époque. Quelques années plus tard, Ajust a rencontré Loud par l'entremise d'un ami qu'ils avaient en commun. AprÚs quelques collaborations, le groupe s'est officiellement formé et on a sorti notre premier album en mai 2012.
Le hip hop, est-ce votre influence majeure ? Quels sont vos influences (groupes) ?Â
On est influencés par l'art en général mais le hip-hop, c'est certainement une de nos plus grandes influences. On écoute du rap depuis qu'on a 9-10 ans. IAM et Wu-Tang nous on introduit à ce rap jeu. Comme dirait le Roi Heenok, "je suis étudiant de Mobb Deep, Prodigy, Raekwon The Chef...". Tout comme lui, on a appris les rudiments à l'école du rap de la CÎte Est.
D'un point de vu totalement extérieur, je connais Kaytranada, Koriass et vous de la scÚne canadienne. Qui nous conseillez-vous d'écouter de cette scÚne?
Il y a d'excellents rappeurs / groupes de rap francophone au Québec. On suggÚre Alaclair Ensemble et Dead Obies si vous ne les connaissez pas déjà . Sinon, le "beat scene" de Montréal est sous les projecteurs depuis quelques années. Plusieurs producteurs d'ici (Shash'u, Jacques Greene, Lunice, High Klassified, Da-P, Tommy Kruise, etc.) ont su s'exporter et avoir du succÚs à l'international.
Il y a deux Eps avec à Mon Dieu et Gullywood ainsi qu'un album avec Blue Volvo, à quand la suite ?
Au moment de faire cette entrevue on est entrain de finaliser un tout nouveau EP prévue pour début 2016. Le titre et les détails seront dévoilés sous peu.
Concernant votre écriture/composition, j'ai quelques questions aussi. On ressent des influences américaines au niveau des instrus et de la façon de kicker et cela est mélangé à cette francophonie. Comment conciliez-vous les deux ?
Pour nous le mĂ©lange des langues se fait naturellement. MontrĂ©al est une ville bilingue et le franglais est prĂ©sent depuis plusieurs annĂ©es dans le langage populaire. Ăa nous permet de travailler avec un lexique beaucoup plus large et dâexplorer des sonoritĂ©s qui nâont pas encore Ă©tĂ© surexploitĂ©es. Il sâagit toujours de bien le doser et câest quelque chose que lâon fait un peu instinctivement.
La culture amĂ©ricaine a toujours fait partie de nos vie, particuliĂšrement en musique mais au finale si tu oeuvres dans la musique rap je crois quâil est inĂ©vitable que tu ais des rĂ©fĂ©rences amĂ©ricaines. Est-ce quâon dirait dâun groupe reggae quâil a un son jamaĂŻcain?
En vous écoutant, un univers assez sombre se dégage avec Rien ne va plus, HÎtel Hell, Tiens mon Drink, Mort Lente ou 14 am. Dans les représentations européennes et françaises, le Canada serait une société sérieuse et calme comparée au voisin états-unien, j'ai presque l'impression que nous sommes complÚtement dans le faux en vous écoutant, non ?
Je ne saurais dire si notre musique est vraiment reprĂ©sentative du Canada. On y dĂ©peint surtout la rĂ©alitĂ© de la jeunesse montrĂ©alaise et on recherche souvent lâintensitĂ© et lâĂ©motion. On peut parler dâangoisse et de doute autant que dâambition et de triomphe. Ce qui nous intĂ©resse câest surtout les extrĂȘmes alors quand on sâattaque Ă un sujet plus lourd on ne se gĂȘne pas pour y aller Ă fond.
Vous dépeignez une jeunesse proche de la drogue, de l'alcool et vous vous prenez en exemple (« un produit de mon ordi ») et dans le titre Blue Volvo, on a l'impression que vous parlez d'un proche. Vous vous sentez la responsabilité de décrire vos contemporains voire de dénoncer cette réalité ?
Ce n'est pas tant de la dénonciation, ça serait plutÎt de la constatation pessimiste. Glorifier ce genre de mode de vie est en soit un cri de désespoir puisqu'il se veut destructeur et superficiel. Nous essayons de toucher aux hauts et aux bas qui régissent ce train de vie sans vraiment prendre position. Nous posons une question mais ne donnons pas la réponse.
Evidemment, je suis obligé de vous demander quels artistes français vous aimez.
Booba, Kaaris, Seth Gueko et Gradur pour nommer quelques rappers. Sinon Francis Cabrel, France Gall... et Le rat Luciano haha.
Quelques conseils d'écoute pour les lecteurs.
Roc Marciano et Bodega Bamz mĂ©ritent trĂšs certainement une Ă©coute. Sinon EMAN x VLOOPER un duo quĂ©bĂ©cois, nos amis et collĂšgues rappers, leur album XXL est excellent.Â
A quand une date parisienne ?
La chronique de Blue Volvo est toujours disponible, ici.Â