Quâest-ce que le Neurofeedback ? Pourquoi le NeurOptimal nâen est pas ?
Vu la date de mon dernier billet, je nâai pas eu le temps de le communiquer avec vous : ça y est, je suis Docteur en Neurosciences depuis juin ! Je retravaille actuellement mon site-CV pour mieux prĂ©senter mes activitĂ©s des derniers mois (et je vous filerai le lien), mais en gros : je suis maintenant micro-entrepreneur en recherche & dĂ©veloppement en biotechnologie depuis une dizaine de jours. De façon imprĂ©vue, je me suis lancĂ© dans le Neurofeedback (la formation mâayant Ă©tĂ© payĂ©e par lâAssociation Un Sourire pour lâEspoir oĂč je suis au conseil scientifique) fin novembre dernier.
Si vous recherchez « Neurofeedback » sur un moteur de recherche, il y a de fortes chances que vous tombiez sur le NeurOptimal (dit « neurofeedback dynamique ») portĂ© par lâAssociation pour la Diffusion du Neurofeedback en France. On va faire simple : ce nâest pas du Neurofeedback et on va voir pourquoi.
Pour commencer, expliquons Ă ma Mamie ce quâest le neurofeedback (parce que je sais que tu me lis Mamie).
DĂ©jĂ , le neurofeedback, câest du neuro-feedback. En français scientifique, « feedback » signifie « rĂ©trocontrĂŽle », ce qui ne doit pas vous parler. Dans le français commun, un « feedback », câest un « retour ». Par exemple, dans ma pratique du tir Ă lâarc, mon « retour » est visuel : câest la position de ma flĂšche en cible. Si elle est Ă gauche de la cible, je sais que pour la prochaine, je dois plus viser Ă droite. Du coup, du « neuro-feedback », câest pratiquer un retour de lâactivitĂ© du cerveau.
Et voilĂ une flĂšche trop Ă gauche :-)
Et pour cela, câest ultra-simplissime : on enregistre lâactivitĂ© de votre cerveau avec des Ă©lectrodes placĂ©es sur votre crĂąne (Ă©lectrodes passives dâenregistrement, on nâinjecte pas dâĂ©lectricitĂ©, hein) et cette activitĂ© est reprĂ©sentĂ©e sous forme de courbe Ă lâĂ©cran en continu et en temps rĂ©el.
VoilĂ une activitĂ© de mon cerveau (pas trĂšs belle, vu que câĂ©tait un test...)
Si cette activitĂ© est anormalement Ă©levĂ©e, ou anormalement basse : le patient va le voir sur lâĂ©cran pour apprendre Ă la normaliser et aura un retour en temps rĂ©el de cette nouvelle activitĂ© sur lâĂ©cran, lui permettant de se corriger. Et un moyen simple de le faire, câest par exemple en mettant une vidĂ©o sur pause, pour vous prĂ©venir que lĂ , ce nâest pas bon. DĂšs que la vidĂ©o reprend, câest que cette fois-ci, câest bon.
Ici, on voit lâactivitĂ© du cerveau en temps rĂ©el en haut, mais câest les trois jauges qui donnent un retour sur lâactivitĂ© du cerveau au patient (ou la vidĂ©o en lecture/pause Ă droite ainsi que la musique car le patient a un casque audio) : il a des seuils, si la barre est verte, câest bon signe, si câest rouge, câest mauvais signe ! :-)
Avec de lâentrainement, vous nâaurez mĂȘme plus besoin du « retour » pour vous corriger, ce sera automatique. De la mĂȘme façon que maintenant, mĂȘme les yeux fermĂ©s, je peux tirer Ă lâarc. AprĂšs beaucoup beaucoup (beaucoup) dâentrainement, je nâai plus besoin du retour visuel, ma position me suffit pour savoir oĂč ira la flĂšche (rarement lĂ oĂč je veux, soyons honnĂȘteâŠ..). BINGO ! Vous ĂȘtes maintenant expert en Neurofeedback. Presque. On nâenregistre pas tout Ă fait lâactivitĂ© de votre cerveau, mais le champ Ă©lectrique Ă©mis par vos neurones corticaux, et ce nâest pas une courbe, mais un histogramme frĂ©quentiel aprĂšs une transformation de FourierâŠ. Mais bon, aprĂšs tout, peu importe.
A vrai dire, ce que jâaime dans le neurofeedback, câest que cette pratique dâapprentissage repose sur un concept que je connais bien et qui a fait parti de mon sujet de recherche en doctorat : le conditionnement opĂ©rant. Le conditionnement opĂ©rant, câest tout simple.
« Le conditionnement opĂ©rant s'intĂ©resse Ă l'apprentissage dont rĂ©sulte une action et tient compte des consĂ©quences de cette derniĂšre rendant plus ou moins probable la reproduction du dit comportement. (âŠ) La conduite humaine est conditionnĂ©e par les consĂ©quences du comportement, avant que celui-ci n'intervienne. Ă cela s'ajoute la rĂ©ponse du sujet qui est volontaire, parce que motivĂ© Ă ĂȘtre rĂ©compensĂ©. » (Merci Wikipedia, ce nâest absolument pas clair)
En gros, le conditionnant opĂ©rant dit que quand vous faites une connerie, vous nâallez pas la reproduire et si vous faites un truc positif, vous allez le refaire. Fastoche. Mais pour quâil fonctionne, il faut une rĂ©compense. Au tir Ă lâarc, une flĂšche en milieu de cible est ma rĂ©compense. En neurofeedback, la reprise de la vidĂ©o est la rĂ©compense, dans mon exemple prĂ©cĂ©dent.
Il y a tout un pan de la littĂ©rature scientifique sur ce conditionnement opĂ©rant (câest par exemple lui, qui explique les superstitions, fascinant, nâest-ce pas ?). Et pour quâun conditionnement opĂ©rant fonctionne, il y a plusieurs Ă©tapes clefs Ă mettre en place. Je lâai fait pendant des annĂ©es avec des souris, maintenant, je peux le faire sur lâHumain (oups, un excĂšs de curiositĂ©âŠ) ! Tout dâabord, on commence par une Ă©tape de façonnement : on va renforcer des comportements proches du comportement cible. Par exemple, quand ma souris se rapprochait de la pĂ©dale, elle Ă©tait rĂ©compensĂ©e. Puis un jour, elle va tellement se rapprocher que par hasard, elle va appuyer dessus, et re BAM rĂ©compense ! Jâavais donc dĂ©composĂ© une action complexe (sâapprocher de la pĂ©dale puis appuyer dessus) en deux actions simples rĂ©compensĂ©es, pour que la souris reste motivĂ©e mĂȘme si son comportement nâĂ©tait pas tout Ă fait parfait. En neurofeedback, on fait pareil : on va faire jouer la vidĂ©o mĂȘme si vous nâĂȘtes pas parfait, car cela est plus simple au dĂ©but et petit Ă petit, vous allez vous amĂ©liorer. Ensuite, câest bien beau que ma souris sache appuyer sur une pĂ©dale dans une boite carrĂ©e, mais si les conditions changent (par exemple quand elle sera dans sa Lamborghini), ma souris doit apprendre Ă appuyer aussi sur la pĂ©dale dans cette nouvelle boite voiture. Câest la phase de gĂ©nĂ©ralisation. Et lĂ , câest le gros du travail du praticien en neurofeedback. Vous apprendre Ă contrĂŽler votre cerveau en cabinet, câest facile, mais petit Ă petit, on va avoir Ă ĂȘtre crĂ©atif pour mimer des situations de votre quotidien -qui posent problĂšme- pour que vous arriviez dans ces situations Ă gĂ©nĂ©raliser votre apprentissage en cabinet.
Une souris dans une voiture, parce que, vous lâaurez compris, jâadore les souris !
Du coup, vous vous en doutez, le neurofeedback, câest de lâapprentissage, du travail actif et en fait, câest un peu comme le dĂ©bat actuel sur lâĂ©cole. Pour quâun Ă©lĂšve apprenne bien, il faut :
quâil soit attentif : donc arriver Ă le captiver et le canaliser. Cela peut-ĂȘtre une vidĂ©o quâil aime bien, par exemple.
quâil soit actif: on apprend mieux une tĂąche si on la rĂ©alise nous mĂȘme qui si on est passif Ă Ă©couter un prof nous expliquer.
quâil ait un retour : un peu comme dans le neurofeedback ! ;-)
quâil ait le temps de consolider lâacquis. En science de lâĂ©ducation, on estime quâil faut rĂ©pĂ©ter au moins 8 fois une information espacĂ©e au minimum de 2j, pour que cette information soit acquise. Et de mon expĂ©rience de prof, on est gentil quand on dit 8 foisâŠ.
Et câest lĂ le problĂšme du NeurOptimal. On ne demande pas Ă la personne dâĂȘtre attentive Ă la tĂąche. Ni mĂȘme dâĂȘtre moteur de lâapprentissage, juste assise et attendre. Il y a un retour, mais la communautĂ© scientifique ignore comment il est donnĂ© : « secret de fabrication », « algorithme privĂ© » et jâen passeâŠ. Et la phase de consolidation nâexiste pas : le marketing du NeurOptimal, câest 8-10 sĂ©ances maximum. Et le praticien ne fait rien : il nâaide pas Ă la gĂ©nĂ©ralisation ! Dâautant plus que dans le neurofeedback, on prend le temps dâĂ©valuer le patient (enregistrer toute lâactivitĂ© cĂ©rĂ©brale simultanĂ©ment avec 19 Ă©lectrodes, pour discerner les rĂ©gions qui ont le plus besoin de travailler) et de cibler des rĂ©gions spĂ©cifiques pour lâentrainement (en frontal, sur les cĂŽtĂ©s, Ă lâarriĂšre du crĂąneâŠ), alors que NeurOptimal, il colle deux Ă©lectrodes, toujours au mĂȘme endroit, pour tous les patientsâŠ. Bonjour la personnalisation du traitementâŠ.
« Mais ça marche, le NeurOptimal ! », me diront les fervents dĂ©fenseurs de ce matĂ©riel commercial. Soyons honnĂȘtes, oui, ça marche. Je ne nierai pas que le NeurOptimal a un effet bĂ©nĂ©fique Ă court terme. Sauf que ce nâest pas liĂ© Ă lâentrainement par le NeurOptimal, mais Ă un joli effet placebo (cette vidĂ©o de Mr Sam est gĂ©niale de pĂ©dagogie pour comprendre lâhomĂ©opathie) : prise en charge, attente du patient, remise en question, attention Ă de nouveaux dĂ©tails de la vieâŠ. Bref, le NeurOptimal, câest un peu lâhomĂ©opathie moderne. Et lâHomĂ©opathie, ça fonctionne bien pendant quelques jours -le temps que le corps se guĂ©risse tout seul-, mais sâil y a vraiment un problĂšme : il est temps de passer Ă un traitement mĂ©dical (au passage, « traitement mĂ©dical » = traitement qui a plus dâeffet que le seul effet placebo, car lâeffet placebo, câest un vrai processus physiologique qui a de lâeffet).
Lâeffet placebo câest mieux que rien, mais moins bien quâun traitement validĂ© par la mĂ©thode scientifique.
Et dans le neurofeedback, je ne vais pas vous mentir : les premiĂšres sĂ©ances, câest le temps que votre effet placebo retombe. Le vrai travail commence une fois que ça devient chiant, que vous ĂȘtes un peu moins dans la dĂ©couverte et lâĂ©moi du dĂ©but. Un peu comme un jeune couple dopĂ© aux hormones les premiers mois, qui aprĂšs quelques annĂ©es, oĂč les hormones sont retombĂ©es, se voit contraint de faire un travail (des concessions) pour que le couple tienne. Le neurofeedback, câest attendre la fin de cet effet placebo, pour commencer le vrai travail et que votre cerveau commence Ă faire des concessions car vous ne lui laissez pas le choix.
On sait ce quâest le neurofeedback, mais ça sert Ă quoi ? HĂ© bien, cela sert Ă beaucoup de choses, mais ce nâest pas une thĂ©rapie miracle. Plus lâapprentissage sera long, plus les progrĂšs seront forts.
En 2016 (donc il y a deux ans, oui), le neurofeedback Ă©tait aussi efficace (et plus spĂ©cifique avec moins dâeffets secondaires) que les traitements chimiques pour le trouble dĂ©ficitaire de lâattention avec/sans hyperactivitĂ©. Son efficacitĂ© nâest pas Ă remettre en doute pour lâanxiĂ©tĂ©, les troubles dĂ©pressifs, les maux de tĂȘtes, lâhypertension, ou les dysfonctions Ă©rectiles (sans blague, hein). Le point commun ? Tout se base sur lâattention, le contrĂŽle Ă©motionnel ou le contrĂŽle moteurâŠ. Qui sont les cibles de lâentrainement du neurofeedback.
Dâautres Ă©tudes moins carrĂ©es, semblent Ă©mettre lâinterprĂ©tation que le neurofeedback serait aussi efficace pour les problĂšmes de toxicomanie, pour le trouble du spectre autistique (encore un bout de ma thĂšse!), les insomnies, ou lâamĂ©lioration des performances sportives (notamment pour la concentration chez les Archers, il y a de belles Ă©tudes !)⊠bref, câest un champ de recherche trĂšs vaste, plus de 1 000 Ă©tudes dâaprĂšs pubmed qui est la bible pour les scientifiques (spolier : 0 Ă©tude sur le NeurOptimal).
Cet article est dĂ©jĂ bien long, dans les prochains jours, je vous parlerai du dĂ©roulement dâune sĂ©ance, du groupe de praticien en neurofeedback qui se forme Ă Paris, de lâAssociation Française de Biofeedback et Neurofeedback quâon est en train de monter (et oĂč je suis au conseil dâadministration), du matĂ©riel que je suis en train de dĂ©velopper (le temps de trouver des cobayes pour affiner lâenregistrement, car oui, je creuse le fonctionnement du neurofeedback plus que nĂ©cessaire pour dĂ©velopper mes propres outils, validĂ©s selon mes exigences de scientifique) et probablement aussi de la communication de NeurOptimal, car vous connaissez ma passion de la ZĂ©tĂ©tique et de lâEsprit Critique (cf mon article juste en dessous) et vous verrez quâentre NeurOptimal et les fake news, il nây a pas beaucoup de diffĂ©rences.
Alors nâhĂ©sitez pas Ă repasser, Ă commenter si vous voyez des coquilles, et revenez vite ! :-)












