Lâexposition âTatoueurs tatouĂ©sâ au Quai Branly a Ă©tĂ© lâune des grosses expositions de lâannĂ©e Ă Paris. Vue lâampleur du dispositif de communication, et malgrĂ© les trĂšs bonnes critiques que jâentendais, jâimaginais une exposition du genre de celles du Grand Palais, et surtout du mĂȘme genre de prix⊠Donc jâai longtemps reportĂ© dây aller. Finalement, jâai bien fait : il y avait bien moins de monde Ă la rentrĂ©e que les mois prĂ©cĂ©dents (et câĂ©tait gratuit pour les chĂŽmeursâŠ!).
(Note n°1 : puisquâon mâa demandĂ© de la musique, en voilĂ , bien que jâai un peu lâimpression de copier sur quelquâun⊠;) )
(Note n°2 : Jâai toujours le mĂȘme problĂšme de mise en page des images lĂ©gendĂ©es, qui refusent de se mettre au milieu. Si vous savez comment faireâŠ)
Beaucoup de positif dans lâorganisation de lâexpo elle-mĂȘme, selon moi, ce qui devient rare dans les grosses expos parisiennes:
une bonne scĂ©nographie, dâabord chronologique puis gĂ©ographique
lâutilisation vraiment rĂ©ussie de beaucoup de supports diffĂ©rents (objets, films, photos, dessins, peaux (biiiirk), toiles Ă lâacrylique, moulage en silicone tatouĂ©sâŠ)
pas dâaudioguide (hourra !!!)
Mention trĂšs bien pour le film de fin de lâexposition montrant lâinfiltration du tatouage dans la publicitĂ©, le sport, et le show-biz ces derniĂšres annĂ©es, pour lâouverture au plus grand nombre de cultures tatoueuses, et lâidĂ©e des moulages de vrais gens (avec des corps normaux, pas des mannequins tout secs) tatouĂ©s par de cĂ©lĂšbres artistes.
Mention moins bien pour lâabsence totale de lâAfrique (3 photos de scarifications et de berbĂšres tatouĂ©s ne comptent pas face au dĂ©veloppement du reste), de lâAmĂ©rique latine et des peuples âprimitifsâ (câest quand mĂȘme le sujet du Quai Branly, non ?: quid des tribus des jungles du monde, du Nord etc ?). Jâaurais aussi apprĂ©ciĂ© un peu plus en apprendre sur la technique en elle-mĂȘme.
Et une petite liste de choses apprises (parmi beaucoup dâautres):
tatouage le plus ancien trouvé : 6000 av. J.C. dans le peuple Chinchorro (Amérique latine).
il a toujours eu une fonction dâidentification, en positif ou nĂ©gatif: il signale lâappartenance Ă un groupe. Marque des criminels et des esclaves, membres dâun clan, dâune caste, dâun gang ou dâun bataillon, travailleurs dâun certain milieu, ou, dans sa forme la plus horrible, une forme de comptage et dâidentification lors des gĂ©nocides juifs et armĂ©niens. MĂȘme aujourdâhui, un sociologue pourrait considĂ©rer quâun tatouage de Picsou sur le bras gauche compte comme signe dâappartenance Ă un certain groupe !
Lady Viola, v. 1928, tatouée par Frank Graf
au XIXe, en Europe, un virage est pris : le tatouage passe des criminels Ă tous les travailleurs de milieux hostiles : marins, militaires etc. Câest dĂ©sormais une trace de fiertĂ©, ou un souvenir, ou une simple dĂ©coration.
DĂ©gradation de Dreyfus tatouĂ©e sur le dos dâAuguste Formain, Oswaldo Tofani, 1897
aujourdâhui, un Français sur dix est tatouĂ©, et on le retrouve Ă peu prĂšs partout : Aujourdâhui, tatouage partout : sur les stars, les athlĂštes, les mannequins, dans la pub, et un homme entiĂšrement tatouĂ© en a mĂȘme fait son fond de commerce.
This slideshow requires JavaScript.
#gallery-0-3-slideshow .slideshow-slide img { max-height: 410px; /* Emulate max-height in IE 6 */ _height: expression(this.scrollHeight >= 410 ? '410px' : 'auto'); }
 le tatouage japonais si admirĂ© et reproduit est celui du XIXe, tombĂ© en disgrĂące ensuite par sa rĂ©cupĂ©ration par les Yakuzas. Il a Ă©tĂ© retrouvĂ© par les AmĂ©ricains, qui prĂ©fĂ©raient sâinspirer de lui et des EuropĂ©ens plutĂŽt que des siĂšcles de tatouage des AmĂ©rindiens (malheureusement trĂšs absents de lâexpo).
Tsukioka Yoshitoshi, 1888, gravure sur bois
RĂŽshi Ensei, Utagawa Kuniyoshi, 19e, gravure sur bois
Projet de tatouage, Horimitsu, 2013, peinture sur toile de lin
 le style hyperrĂ©aliste a Ă©tĂ© créé aux Ătats-Unis, dans la rĂ©gion de Los Angeles, et fut longtemps associĂ© aux gangs. Il a poussĂ© tous les tatoueurs a dĂ©veloppĂ© de nouvelles techniques pour mieux rendre les ombrages et dĂ©tails, techniques utilisĂ©es aujourdâhui pour dâautres genres.
alors que le tatouage europĂ©en Ă©tait, pour une longue durĂ©e, criminel, le nĂ©o-zĂ©landais Ă©tait lâexact opposĂ© puisquâil signalait les chefs puis est tombĂ© dans la propriĂ©tĂ© des gangs au XIXe: Ă©volution totalement inverse ! Aujourdâhui, il est considĂ©rĂ© comme un trĂ©sor national.
Dion Hutana, Hans Neleman, 1997
les tatouages océaniens sont trÚs divers, mais on a tendance à les imaginer tous similaires à cause de la dominance du maori néo-zélandais dans les médias. En réalité, ceux des Samoa (à la technique trÚs impressionnante) sont plutÎt linéaires et symétriques. Et ceux de Polynésie ont des accents mayas.
Tatouage masculin, Suâa Suluâape Alaivaâa Petelo, 2013 (Samoa)
Chimé Tahiti Tatau, 2013 (inspiration des Marquises)
Te Peha a Uetonga, Marc Kopua, 2013 (NZ)
En conclusion, câest une exposition faite pour dĂ©mystifier le tatouage, tout en prouvant Ă quel point câest un art Ă part entiĂšre (et ça marche). Cependant, elle se focalise un peu trop Ă mon goĂ»t sur le cĂŽtĂ© âhypeâ du tatouage, en prĂ©sentant surtout les grands courants artistiques Ă la mode et ceux qui correspondent le plus Ă nos goĂ»ts actuels.
Tatouage réalisé par Kostek, photo par Zoé Forget, 2013
Tatouage reprĂ©sentant des personnages de lâopĂ©ra de PĂ©kin, Shih-Min Wu, 21e siĂšcle
Si vous voulez voir tout ça vous-mĂȘme, le mieux est dây aller entre 12h et 14h, avant le 18 octobre 2015 (!!!).
Si vous y allez avec des enfants (ou que vous ĂȘtes un grand enfant) des carnets de visite sont disponibles Ă lâentrĂ©e, ou tĂ©lĂ©chargeables ici.
A savoir : gratuit pour les chÎmeurs. Présentez vous avec un justificatif de moins de 6 mois directement au contrÎle (pas besoin de billet).
Tatoueurs tatouĂ©s L'exposition "Tatoueurs tatouĂ©s" au Quai Branly a Ă©tĂ© l'une des grosses expositions de l'annĂ©e Ă Paris. Vue l'ampleur du dispositif de communication, et malgrĂ© les trĂšs bonnes critiques que j'entendais, j'imaginais une exposition du genre de celles du Grand Palais, et surtout du mĂȘme genre de prix⊠Donc j'ai longtemps reportĂ© d'y aller.