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La beu - introduction
La beu c'est vraiment une vocation, lĂ dessus il n'y a pas l'ombre d'un doute. Comme l'armĂŠe, comme le sacerdoce, comme le saut Ă l'ĂŠlastique et la course Ă pied, c'est un sacrifice pour une bonne cause. En gĂŠnĂŠral, on sent qu'on va aimer ça, ou pas, ça dĂŠpend si on va aimer ça ou si on peut se le permettre ou si ça fait peur tout ça. Mais bien au delĂ de la dĂŠcouverte de la beu, ou l'usage soi-disant rĂŠcrĂŠatif ponctuel non-contractuel, ce dont je parle c'est la beu au quotidien. Tous les jours la beu. La mĂŞme, avec ses dĂŠfauts et ses qualitĂŠs. Et puis soudain elle vous quitte. Vous avez plus de beu. C'est la dèche. Vous pouvez chier des lingots et manger du pâtĂŠ de foie gras tout ce que vous voulez. Quand il n'ya plus de beu, c'est quand mĂŞme la dèche, incomparable mĂŞme avec la dernière goutte d'une bouteille de whiskey. Le goĂťt du whiskey : il est associĂŠ Ă la bouteille, au verre. Le goĂťt de la beu : il est dans l'herbe, dans l'air, dans la fumĂŠe, dans la tĂŞte. Il n'est pas associĂŠ au goĂťt des cendres. Pour comprendre la psychologie du fumeur de beu il faut avoir Ă l'esprit que la rĂŠalitĂŠ d'un phĂŠnomène n'a pas de prioritĂŠ sur sa possibilitĂŠ. Ce qui est possible est donc rĂŠel, il n'y a pas de diffĂŠrence. La beu vous projette dans l'ĂŠtoffe qui constitue l'expĂŠrience usuelle du monde, mais Ă un degrĂŠ en dessous. La beu permet de regarder la rĂŠalitĂŠ se faire pendant qu'elle se fait. Ăa se tricotte : et vous pouvez observer confortablement. C'est le luxe de la beu. SimultanĂŠment, les possibilitĂŠs adverses, converses, les consĂŠquences, les conditionnels... Ă un niveau plus ĂŠlevĂŠ que d'habitude. Si l'ĂŠtat normal de l'ĂŞtre humain stressĂŠ par le flux de son quotidien est Ă 1, la beu permet d'atteindre un semblant de 0 rapidement. Elle implique peu de risques, mais peut ĂŞtre associĂŠe Ă des contextes risquĂŠs. C'est comme une voiture, avec le luxe de pouvoir l'emboutir : la rĂŠalitĂŠ dĂŠborde sur elle-mĂŞme avec la beu. On est en excès de rĂŠalitĂŠ, les phĂŠnomènes tachent, ils coulent les uns sur les autres, on perd la facultĂŠ d'ĂŠnumĂŠrer nettement des ĂŠlĂŠments. Du moins la beu rajoute un calque Ă la conscience, qui devient tĂŠmoin d'elle-mĂŞme, donc complice, et donc doublement investie ĂŠmotionnellement. Avec la beu, on a l'impression que sans c'ĂŠtait diffĂŠrent. Alors que prĂŠcisĂŠment c'est le contraire : avec, c'ĂŠtait pareil. Il y a une innocence de la beu, quelque chose comme la dĂŠcouverte perpĂŠtuelle de phĂŠnomènes divers. Des phĂŠnomènes frĂŠquents seront examinĂŠs de près. Des phĂŠnomènes rares seront examinĂŠs de près. Des phĂŠnomènes impossibles seront constatĂŠs et rationnalisĂŠs. Mais reprenons Ă la base, c'est quoi une chose? Une chose, c'est dĂŠjĂ des relations entre de plus petites choses -par exemple des phĂŠnomènes. Avec une dĂŠfinition comme ça on va aller plus loin ensemble. Ăa fait que des relations entre des choses c'est aussi des choses. Et mĂŞme les relations entre les relations. Qu'est-ce que la beu? N'oublions pas de rappeler que la grande majoritĂŠ des fumeurs de beu ne fument pas pour les vertus psychĂŠdĂŠliques de la beu. La beu est une chose magnifique. La beu, c'est ce que le bon dieu beu a inventĂŠ de mieux pour rendre heureux. On part du principe que la sociĂŠtĂŠ est malade de toutes façons, qu'il n'ya pas d'issue d'un système idĂŠologique donnĂŠ. La sociĂŠtĂŠ, un bien grand mot pour dĂŠguiser toute la sottise que les ĂŠnarques imputent Ă leur peuple pourtant docile. Si la sociĂŠtĂŠ est malade comme un corps est malade, alors d'accord, ça explique pourquoi certaines cellules-individus meurent. Ăa explique aussi pourquoi et dans quel type de rythme de nouveaux cellules-individus peuvent apparaĂŽtre. La sociĂŠtĂŠ, poursuivons la rĂŠduction, comme un muscle surtendu par l'effort intrĂŠpide et permanent. L'aventure, ça creuse. Le rĂŠductionnisme aussi, ça ĂŠlimine sec. Les cellules saturĂŠes d'acides aminĂŠs crĂŠpitent alors que le cortex prĂŠfrontal esquisse une mĂŠtalepse et la traduit en images. Comme la sociĂŠtĂŠ est tendue, il faut la dĂŠtendre, c'est normal. Et pour ça la sociĂŠtĂŠ a tout prĂŠvu. Elle contient suffisemment de neuro-rĂŠcepteurs et de fibre extensibles pour pouvoir se permettre une certaine flexibilitĂŠ. Alors pour tous les individus qui souhaitent procurer le repos Ă leurs maĂŽgres portions de fibres musculaires, il y a la beu. La beu est un profond relaxant. La beu - si c'est une fille - est un - classe d'objets masculinisĂŠs pour leur ĂŠminence - profond - adjectif - relaxant - attribut associĂŠ. Ce qui est bien avec la beu c'est que c'est facile. MĂŞme quand il pleut, la beu elle te dit la mĂŞme chose. C'est une plante qui parle pas beaucoup, mais elle parle quand mĂŞme, on entend quelques murmures sous les chromosomes. Alors oui, la beu a des effets psychotropes. Elle peut ĂŞtre associĂŠe Ă des formes de pensĂŠe modale, comme le langage, la musique, le comportement. La beu amplifie beaucoup les choses. Elle filtre aussi, avant et après, la sensibilitĂŠ. L'ĂŠcart de perception d'un ensemble de donnĂŠes identiques avec ou sans beu est difficilement comparable. Dans la beu, il y a une forme d'excellence, une vibrance surannĂŠe des phĂŠnomènes. Mais cette vibrance fait aussi la part belle Ă la vulgaritĂŠ de l'existence. Quelque phĂŠnomène de pensĂŠe aura des consĂŠquences - et des causes - diffĂŠrentes, avec ou san beu, c'est un fait. La beu permet d'explorer des arborescences causales Ă plusieurs degrĂŠs de possibilitĂŠ, simultanĂŠment. En d'autres termes, la beu permet de considĂŠrer un phĂŠnomène sous plusieurs angles Ă la fois. On peut dire qu'elle cause une diffraction perceptive, qui ĂŠvolue avec la sensation, l'effet, la trace consciente de l'usage. Après une prise - nous reviendrons plus tard sur la question des mĂŠthodes d'ingestion et de leurs dĂŠfauts respectifs - l'ĂŠtat change. L'ĂŠtat interne change, comme quand on boit un verre de gel hydroalcoolique. Une fois l'ĂŠtat nouveau est reconnu - si tant est qu'il s'agisse d'une première fois, le cerveau comprend très vite ce qui lui arrive. Une sensation de grĂŠsillement, les phĂŠnomènes sont plus contrastĂŠs qu'Ă jeun. Ă jeu, il faut en parler. Parfois, on est Ă jeun. Parfois, on ne fume pas de beu pendant longtemps et l'ĂŠtat de l'ĂŞtre, nu, sans rĂŠpit, se dĂŠgrade. La transition est toujours le moment le plus intĂŠressant. On peut parler de transitions Ă plusieurs niveaux : -le niveau des ĂŠvĂŠnements sociaux -le niveau des ĂŠvĂŠnements physiques -le niveau des ĂŠvĂŠnements psychiques (internes ou intersubjectifs) -le niveau des phĂŠnomènes tels qu'ils sont perçus -le niveau des phĂŠnomènes tels qu'on prend conscience qu'ils ont ĂŠtĂŠ vĂŠcus après leur rĂŠalisation Ce dernier niveau est un point de friction essentiel avec l'expĂŠrience ordinaire. Dans le flux de l'expĂŠrience consciente usuelle, la conscience ne se donne que peu de temps et d'attention. Dans les faits, une telle ĂŠnergie est consommĂŠe Ă intĂŠgrer les stimuli de toutes provenances. Il faut les router, leur indiquer oĂš aller, c'est parfois pĂŠnible, on se sent un peu gendarme ou postier. On doit remettre l'information Ă la suivante. La suivante? Est-ce qu'on me parle de schizophrĂŠnie? Non, la suivante, on ne parle pas de voix ou de psychĂŠs autonomes. On parle de plusieurs modalitĂŠs de la conscience, qui semble - sous beu - ĂŞtre une simple machine Ă effectuer des transitions entre des choses. Et comme on a dĂŠjĂ dit que les choses sont en fait des relations entre d'autres choses Ă un autre niveau, il faut conclure. D'une part la beu nous apprend quelque chose sur la nature de l'esprit, Ă savoir le rapport sĂŠquentiel qu'on peut ĂŠtablir entre diffĂŠrentes modalitĂŠs de la conscience. La beu nous donne une expĂŠrience concrète et vive de la manière dont un ĂŠtat succède Ă un autre. La beu dramatise ĂŠnormĂŠment : elle contraste, on l'a dit, les phĂŠnomènes. On les voit donc sous un autre jour. De façon successive. La beu est un système qui fonctionne par emboĂŽtements. La fascination du petit enfant pour les boĂŽtes se retrouve flattĂŠe par la beu qui propose des ponts entre plus ou moins n'importe quel ĂŠvĂŠnement psychologique et un autre. Est-ce que la beu exprime un sentiment d'organisation? Oui, tout Ă fait, on peut le dire. C'est dĂŠplorable, mais c'est ainsi. Ce qui est dĂŠplorable, c'est l'inaptitude du fumeur Ă dissocier la beu du système dans lequel il l'utilise. La beu a pour but de sevrer la conscience Ă travers une sĂŠdation intentionnelle provoquant des arbres causaux simultanĂŠs. Si on donnait le volant Ă la beu, elle irait droit dans le mur ou elle arrĂŞterait la voiture ou autre chose, c'est pas le problème. Si la beu ĂŠtait prĂŠsident.e de la rĂŠpublique, il y aurait beaucoup plus d'hĂŠsitations dans l'ĂŠtat-major. Si la sociĂŠtĂŠ est malade comme un corps est malade, alors la beu est bien un agent qui joue un rĂ´le dans l'expĂŠrience quotidienne de ses utilisateurs. Un agent endogène, tout comme le divertissement de masse, la nĂŠcessitĂŠ de trouver des mĂŠthodes de subsistance financière, et autres broutille. On peut probablement apprendre beaucoup de la diffĂŠrence entre une sociĂŠtĂŠ vue comme une chose et une sociĂŠtĂŠ vue comme des relations entre des choses - dont on a dit ce qu'on pensait plus haut. Je veux ĂŞtre l'avocat de la beu. La beu n'est pas responsable de la fonction qu'elle occupe dans l'ordonnancement des obĂŠissances civiques. La beu n'est responsable que de ce qu'elle dit, et en l'occurrence son propos n'a pas vocation Ă ĂŞtre moral. Le discours tenu par la beu est le suivant : ĂŠcoute je sais pas ce que t'as pris mais wow. L'idĂŠe est que l'expĂŠrience usuelle du rĂŠel est en soi un ĂŠtat modifiĂŠ de conscience. Modifier l'ĂŠtat d'une conscience Ă l'intĂŠrieur d'une opĂŠration de modification d'ĂŠtat de conscience. Cet effet de miroir dĂŠformant en a obsĂŠdĂŠ plus d'un Ă n'en plus finir. L'essentiel dans la beu c'est qu'il y a toujours une arborescence de choix possibles, qui s'opposent la la factualitĂŠ. La relation entre la beu et la factualitĂŠ est comme la grande scène de nĂŠgociation d'un consul europĂŠen sur le bazar du Caire en 1920. La beu est fondamentalement contrefactuelle. Elle sabote les faits en en grignottant la certitude. Ici on touche au rapport de la beu avec la mĂŠmoire, et c'est pas joli joli enfin ça dĂŠpend de quel cĂ´tĂŠ on se place, du coup. D'un cĂ´tĂŠ, sous beu, on peut facilement perdre la notion mĂŞme de quantitĂŠ, car elle dramatise la transition entre diffĂŠrents phĂŠnomènes. On prend soudain conscience qu'un nouvel ĂŠtat mental est nĂŠ. On reçoit une notification directement dans notre cerveau. Et puis il est question d'une liste d'ĂŠlĂŠments quelconque, dans l'ĂŠtat de pensĂŠe prĂŠcĂŠdant... C'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? Ici l'aspect le plus pathĂŠtique du fumeur de joints : "c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ?" Son moment hĂŠroĂŻque, c'ĂŠtait ça : "mais Ă la fois". La mère de toutes les inventions, ce dĂŠpart pour l'aventure audacieux et au galop. Mais c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? Il y avait combien de quoi dĂŠjĂ ? On pense dĂŠjĂ Ă autre chose, l'autre ĂŠtat mental semble si loin - ici un concept clĂŠ, la distanciation mentale. On peut opĂŠrer sous beu ce qu'on appelle la distanciation mentale. Il s'agit de se focaliser tellement sur un phĂŠnomène qu'on le distancie de son contexte. Pour peu qu'on passe d'un tel objet Ă un autre du mĂŞme type, les choses si proches ont l'air distantes. C'est vraiment ça, au fond, : si proche, si distant. Mais Ă la fois... Ce qu'il est impossible d'ĂŠcrire, c'est le sentiment d'arborescence dynamique qui se produit. On pourrait croire Ă une divagation influencĂŠe par l'observation de la plante elle-mĂŞme, ou son concept mĂŞme - l'organique, la fibre, ce qui relie rhizomatiquement des ĂŠlĂŠments - mais non. La passion des fumeurs de joints pour les fractales fait unanimitĂŠ. Leurs systèmes perceptifs sont simplement plus ouverts Ă des systèmes de relations fluides. Mais d'un avantage, on a vite fait un inconvĂŠnient : la fluiditĂŠ devient approximation, la transition devient le tout. Et c'est encore l'heure de parler des mĂŠthodes de consommation et de leurs dĂŠfauts respectifs. Ă ce sujet je crois que c'est clair pour tout le monde : le cancer est une maladie qui comme la dĂŠpression affecte le corps social dans son intĂŠgralitĂŠ. On peut faire de très beaux diagrames de statistiques. Faisons-en quelques uns comme ça pour voir. On pourrait montrer que manger de la beu provoque un manque de magnĂŠsium globalisĂŠ, que les reins souffrent quand on la fume, sans parler des poumons - et la mĂŠmoire, c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? Par contre si c'est fumĂŠ, ça intervient dans des interstices de temps prĂŠ-dĂŠcoupĂŠes. Comme on fume beaucoup et que ça implique des paquets de feuilles, on compte rarement et pourtant l'image reste pregnante. On expĂŠrimente sous diffĂŠrents aspects le mĂŞme phĂŠnomène : -s'il est rĂŠel (synonyme : sensible, niveau 1) -s'il est possible (synonyme : conditionnel, niveau 0) -c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? (synonyme : choix arbitraire de la conscience en fonction de motifs vagues, niveau -1) Pourquoi niveau -1? Parce que ce qui est au coeur de notre expĂŠrience perceptive n'est pas forcĂŠment au centre de nos prĂŠoccupations conscientes. On devrait peut ĂŞtre partir d'un niveau 0 comme la rĂŠalitĂŠ des phĂŠnomènes. La rĂŠalitĂŠ niveau zĂŠro c'est simplement l'existence de corps ĂŠtendus dans l'espace-temps. La rĂŠalitĂŠ niveau un c'est leur interaction, les boucles d'auto-rĂŠplication, une version idĂŠale de l'intersubjectivitĂŠ, ou tout du moins une rĂŠfĂŠrence mentale Ă laquelle on raccroche l'expĂŠrience consciente. La rĂŠalitĂŠ niveau deux, c'est la puissance d'interaction de l'individu dĂŠployĂŠe sur toutes ses parties : on appelle ça le rĂŞve, mais il s'agit pplus largement de l'activation simultanĂŠe de grandes assemblĂŠes de neurones. La rĂŠalitĂŠ niveau trois, c'est l'effet de l'interaction des parties, des catĂŠgories sub-individuelles. Un rĂŞve parle Ă un autre rĂŞve. C'est bien parce que ça va nous permettre de nous repĂŠrer : on est principalement toujours dans le niveau un. Avec la beu, le niveau deux devient compatible avec l'expĂŠrience du niveau un : c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? La rapiditĂŠ avec laquelle on produit une nouvelle trame qui recouvre plus ou moins bien les phĂŠnomènes perçus n'est ni plus rapide ni plus lente avec la beu. C'est que les transitions entre les phĂŠnomènes prennent toute la place, leur mĂŠlange n'a plus pour but de former des mĂŠta-phĂŠnomènes associĂŠs Ă des catĂŠgories mentales prĂŠdĂŠterminĂŠes . Les mĂŠta-phĂŠnomènes se forment toujours mais de façon plus dĂŠsordonnĂŠe, plus dĂŠsinvolte. On peut parler de dĂŠsinvolture et de la beu. Ou bien on peut parler de la mĂŠmoire des rĂŞves dans la beu. On va plutĂ´t faire ça. OĂš sont passĂŠs tous ces rĂŞves volĂŠs par la beu Ă ces charmants bambins qui en avaient tant? Reprenons : le sommeil paradoxal a pour fonction l'intĂŠgration de l'expĂŠrience dans des schĂŠmas prĂŠdictifs de comportements. Une fois ceci mis de cĂ´tĂŠ prestement, que faisons-nous de nos rĂŞves de manière gĂŠnĂŠrale? Eh bien, comme le corps sociale est malade, ses rĂŞves sont gangrĂŠnĂŠs. Il faudrait inverser la perspective ici. L'espace onirique a ĂŠtĂŠ conquis par des publicitaires, des agences gouvernementales et des idĂŠologues. A-t-il jamais ĂŠtĂŠ aussi libre qu'aujourd'hui? Oui, tout Ă fait. Cela fait des siècles que l'espace onirique a ĂŠtĂŠ jetĂŠ dans l'opprobre par les forces de la raison lumineuse. En clair : la sociĂŠtĂŠ civile ne fait aucun usage des rĂŞves des individus. Le sommeil paradoxal est un objet d'ĂŠtude scientifique loin de l'expĂŠrience qu'on fait de ses rĂŞves. On peut prĂŠsumer pourtant que les rĂŞves peuvent faire l'objet d'une ĂŠtude minutieuse, par le journal de bord par exemple. On aurait tout Ă fait tort de croire que : -les ĂŠcrits de rĂŞves sont identiques aux rĂŠcits mentaux de rĂŞves -les rĂŠcits mentaux de rĂŞves sont identiques aux souvenirs de rĂŞves -les souvenirs des rĂŞves sont identiques au rĂŞves La croyance populaire est pourtant tenace : on peut se souvenir de ses rĂŞves, certaines personnes vous les racontent mĂŞme pendant des heures si vous les ĂŠcoutez. La facultĂŠ Ă improviser pour donner le change permet d'occulter les incertitudes. Le souvenir de rĂŞve est lui-mĂŞme un ensemble de phĂŠnomènes associĂŠs. L'origine du souvenir de rĂŞve est bien entendu la mĂŠmoire. La mĂŠmoire se souvient d'avoir vĂŠcu un ĂŠvĂŠnement. Mais la mĂŠmoire ne se souvient pas de toutes les chaĂŽnes causales qui entourent le mĂŞme ĂŠvĂŠnement. La première chose Ă dire sur le rapport de la beu avec le rĂŞve, c'est que c'est une bonne façon d'imaginer l'effet de la beu : un rĂŞve. C'est exactement ça, la beu, c'est comme un rĂŞve. Comme il peut y en avoir de toutes sortes, ça permet de tout dire. L'intĂŠrĂŞt est ĂŠvidemment celui de la transition entre les phĂŠnomènes : le souvenir de rĂŞve semble comme une introduction Ă la beu. En fait, avec la beu, on pressent beaucoup de choses, tout ce qui n'est pas quantifiable prend soudain plus d'importance. Ce qui n'est pas stable, ce qui fait le caractère vivant d'un phĂŠnomène, apparaĂŽt dans toute sa splendide variabilitĂŠ. La deuxième chose Ă dire sur le rapport de la beu avec le rĂŞve : oĂš sont passĂŠs les rĂŞves de tous ces fumeurs? La rĂŠputation de la beu est la suivante : quand on fume de la beu, on ne se souvient plus de ses rĂŞves. C'est tout Ă fait exact, c'est un fait rapportĂŠ par bien des explorateurs. SitĂ´t qu'on arrĂŞte quelques jours, les rĂŞves reviennent, Ă travers leurs souvenirs, beaucoup plus intenses. Au fond ce que disent les fumeurs ce n'est pas qu'ils ne rĂŞvent pas, mais qu'ils n'ont plus de souvenirs sĂŠmantiques permettant de rendre compte de leurs expĂŠriences oniriques. Qu'est-ce que ça signifie? Ils rĂŞvent bien, ils peuvent le vĂŠrifier. Mais ils n'ont plus de souvenirs de leurs rĂŞves. Plusieurs portes d'analyse s'offrent Ă l'inquisiteur de bon aloi: -la beu perturbe-t-elle es cycles de sommeil? la rĂŠponse est non, les cycles ne sont pas interrompus, mais ils peuvent varier -la beu rĂŠinitialise-t-elle la mĂŠmoire de travail Ă chaque rĂŠveil? C'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? L'effet tant dĂŠcriĂŠ de la beu - c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? - ce cri de la personne qui a fumĂŠ son dernier pĂŠtard de la journĂŠe et qui ne sait plus ou est son cendrier. C'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? Donc oui, au rĂŠveil, on ne sait plus trop ce que c'ĂŠtait, dĂŠjĂ assez compliquĂŠ de se concentrer sur l'interprĂŠtation de ces phĂŠnomènes qui s'interpĂŠnètrent avec force contraste dramatique en ce moment mĂŞme. Le rĂŠveil, quand on a fumĂŠ, c'est toujours la beu. On ne se remet pas d'une soirĂŠe d'excès de THC comme d'une cuite. Quand on se rĂŠveille, la première chose, c'est la vĂŠrification que la rĂŠalitĂŠ est rĂŠelle, et cette expĂŠrience est fort dramatisĂŠe par les fumeurs de beu. Il ne faut pas les perturber quand ils vĂŠrifient, c'est normal, ça leur fait du bien et ce n'est pas trop long en gĂŠnĂŠral. Avant qu'elle parte on a toujours un sentiment de nostalgie. On espère retrouver cette amie qui nous avait tant manquĂŠ. Et l'addiction n'est qu'une façon d'aborder le sujet. On peut sortir de la beu et retrouver l'ĂŠtat de tension abĂŞtie qu'attend de nous le système parlementaire pute Ă clic de base. Mais on sait qu'il y a tout ces arbres de possibles derrière chacune des choses qu'on rencontre, alors venez pas nous la faire. Genre tel truc est tel truc. C'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? La beu rentre en conflagration quasi-mortelle avec le capital dans le domaine du divertissement. Elle constitue Ă elle seule un ennemi, une alternative, un ersatz de divertissement. Non qu'elle ne soit lucrative, mais pas de la mĂŞme manière que le divertissement. On ne peut pas contrĂ´ler une population avec de la beu. On peut la contrĂ´ler avec de la culture. Une culture plus une beu ça fait toujours de la culture, mĂŞme si c'est un bouillon. La beu se dissout en quelque sorte dans la culture. Alors on a une culture donnĂŠe actuellement : notre expĂŠrience du rĂŠel est stochastique. On peut rĂŠaliser des estimations en temps rĂŠel sur notre temps futur. Par exemple mettre un rappel pour jeudi prochain. Notre expĂŠrience du monde est dĂŠcoupĂŠe en petits fragments de temps isolĂŠs. Notre temps a en effet ĂŠtĂŠ privatisĂŠ. Il est accessible depuis l'extĂŠrieur, nos boĂŽtes mails sont de rĂŠels ancrages dans une rĂŠalitĂŠ du quantifiable. Impossible d'ĂŞtre hors-temps, puique le moment suivant fera l'objet d'une notification de prĂŠsence d'un autre phĂŠnomène. La transition entre diffĂŠrents ĂŠtats de conscience, sans la beu, est imperceptible. Elle peut ĂŞtre immĂŠdiate, automatique, prĂŠdĂŠterminĂŠe, ou rĂŠpĂŠter des schèmes antĂŠrieurs. C'est l'ĂŠtat dit normal de perception : on ferme son emploi du temps et on va couper le radis pour le faire mariner pendant 5 semaines pour le manger en salaison un soir de printemps. S'il existe une utilisation emblĂŠmatique de la beu c'est sa propre confrontation Ă une situation sĂŠrieuse : elle devient vite dĂŠrisoire. DĂŠrisoire ou inquiĂŠtante, lĂ est tout le dillemme. Si le dĂŠrisoire et l'inquiĂŠtant sont les deux dimensions de base oĂš s'expriment la sensibilitĂŠ de la beu, oĂš sont les repères normaux? Le ridicule et le nuisible pourraient ĂŞtre les ĂŠquivalents dits "normaux", toutes proportions gardĂŠes, avec la perspective qu'offre la beu. Malheureusment la beu est instrumentalisĂŠe dans le commerce de divertissement et la dĂŠlocalisation du travail du rĂŞve en laquelle consiste l'expĂŠrience du navigateur web contemporain. DĂŠjĂ du temps de la tĂŠlĂŠvision ce n'ĂŠtait pas fameux. Ils fumaient leurs joints et mataient le football. Ă quoi bon? Mais ça sent bon. MĂŞme Ă l'ĂŠpoque de la radio ça devait ĂŞtre rigolo. La reprĂŠsentation de la beu dans l'industrie du divertissement est une source de clichĂŠs riche et variĂŠe. Elle donne Ă voir le contrĂ´le de l'industrie du divertissement sur les comportements des utilisateurs de divertissement, avec ou sans beu. Un autre miroir dĂŠformant intriguant, dĂŠrisoire et inquiĂŠtant. Le picaresque passe facilement pour de l'hĂŠroĂŻsme avec la beu, et les gouffres ĂŠmotionnels succcessifs qui peuvent survenir brutalement laissent parfois ĂŠtonnĂŠ. On perçoit des pensĂŠes striĂŠes, modulĂŠes par un signal de base qu'est la beu. L'action de la beu sur la conscience se dĂŠroule en deux ĂŠtapes : 1-avant la beu 2-après la beu Le chemin peut ĂŞtre parcouru de manière rĂŠpĂŠtĂŠe. Les prises peuvent ĂŞtre regroupĂŠes ou espacĂŠes. Il y a plus d'ĂŠtats intermĂŠdiaires que de de possibilitĂŠs, c'est dire Ă quel point le champ est vaste. Impossible de ne pas parler de risque. Comme la beu ouvre le champ des possibles, elle ouvre proportionnellement le champ des risques et leurs combinatoires. Dans un monde oĂš aucun phĂŠnomène ne ressemble Ă aucun autre très exactement, tout finit par ĂŞtre ĂŠtranger. La possibilitĂŠ mĂŞme de la prĂŠcision fait dĂŠfaut par moments. les relations se modifient au fur et Ă mesure que la page blanche, l'ĂŠtat de dĂŠcouverte, est convoquĂŠ. Cet ĂŠtat a dĂŠjĂ ĂŠtĂŠ dĂŠcrit : c'est l'ĂŠtat d'ĂŠtonnement, d'ĂŠmerveillement, au rĂŠveil, c'ĂŠtait quoi dĂŠjĂ ? Une chose est de laisser la beu intervenir dans tout : c'en est une autre de la proscrire entièrement. Dès que des points de rencontre sont engagĂŠs, ils ouvrent la possibilitĂŠ Ă toute polytoxicomanie putative. Boire un verre de vin en mangeant : ok. Fumer un joint en mangeant : euh. Fumer une cigarette pendant qu'on boĂŽt de l'alcool : ok. Fumer un joint pendant qu'on boit de l'alcool : ah. Boire un whiskey après avoir fumĂŠ n'a rien de commun avec le fait de fumer une fois le whiskey ingĂŠrĂŠ. Comme fumer une clope Ă la pause ne provoque pas la mĂŞme sensation qu'après manger. Ou boire une menthe Ă l'eau pas la mĂŞme saveur Ă la plage que dans un igloo. C'est dire le type de variation d'humeur que peut impliquer la transition entre diffĂŠrents ĂŠtats de conscience potentiellement distants l'un de l'autre. Consommer : c'est dĂŠjĂ exister, accepter une reprĂŠsentation de soi-mĂŞme dans un certain contexte idĂŠologique. OK, je suis une cible et vous me connaissez mieux que moi on dirait. Cool. Au diable l'avarice! Pourvu qu'on ait l'ivresse.
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Club Culture and the Ape
I came to conclude that contemporary audiences are unconfortable dancing on man-made music. Consider club culture. It started because it was impossible to bring the beatles to ashdod, basically. Then it became obvious that it was a better deal since it was cheaper to have only 1 person in charge of the music. Then, gradually, people got used to having to praise only very few people for a lot of music. Then, as a countereffect, people started to forget how to let go (go tribal/letting the inner ape out) when the music was not pre-recorded. The anxiety generated by the eventuality of a human mistake became too overwhelming that men developed all types of error-canceling tech devices. As a result, dancing (in the tribal sense of dancing all night) has become a leisure activity. When people went to the village festival where live (tribal/folkloric) music was played for dancing (transe) purposes, they didnt check their iphones while sipping at a martini. There was drinking involved, but not the benefit of maybe having something a teeny weeny better to do. Although it s not proven that not dancing males one smarter or life better, what is clear is that the feeling of involvement shared by mdma users and village-festival-folk-dancers is not replicable home alone. About the effects of recorded music to the aesthetic life of man, some studies must exist but the problem is the angle: we need a source which is neither in favor or against the evolution of aesthetic-oriented technology, who is able to accept the advantages and quantize them, and at the same time able to see the long-term change in light of its drawbacks, how humanity doesnt benefit at all from the de-humanization of music.
NEW GNOZO VIDEO OUT
The Last Neanderthal might also stand for the first Guanche.Enjoy and stuff, donât get drunk on this!
Guanche Diary #5
About philosophy of tourism, i suppose we are all tourists in this world, in a way, as todayâs lifestyle resembles living in an airport, just multitasking while standing, waiting to be faster than trains.Â

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Guanche Diary #4
But thatâs precisely when it gets better: many of the first European settlers of the Canary Islands couldnât content themselves with this crucial place, both exotic and too small, too poor to afford the conquerorâs dreams. So they went to the Americas, where they could do more of the evil they had invented here: enslavement, violence, christianisation, and the introduction of the principle of ownership with a taste of doom. Many of the aboriginals transfered to mainland Spain later came back to the Islands, both concealing their belonging to the Guanche community and secretly harvesting a desire for their own culture to perpetuate. Such are the whistlers of La Gomera.
Guanche Diary #3
And yet it seems such simplicity and minimalism can only be encountered on an insular plane. Had I never gone to any island, I would still sort of be able to visualize what the world must have been like when the first conquerors explained to Guanche leaders that if everyone didnât become christian and obedient, they would enslave and murder them as animals.
Guanche Diary #2
There is more gossip than speculation relatively to the Guanche, and more fantasy than reality. However, whatever we actually know is pretty exciting, from survival habits to cultural practices  cristalized in catchy oddities. Roasted flour with dry fruits, seriously?
Guanche Diary #1
What are Guanche people in the end? Islander Berbers? Do they share more than genes with Basque, Etruscan and Cretan Greeks?
Having studied Spanish for only one year, I had to cope with the sources and carry them away with me.
GNOZIENNES 1.1;1.2;2;3.1;3.2;
GNOZOÂ

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Narwhal is everything but a serious project. It is a free access sound and music archive documenting the experiments related to MIRACLE Collective (France/Hungary/Benin/Japan based artists collective
New album by GnozoÂ
GNOZIENNES
Performed at RedHouse Tel Aviv / hosted by Keren Katz 9.1.2017Â
Xenoxenism is the otherness of alterity, the perfect circle of the self, the self-destruction of the patriarcate, and finally the soothing otherness, the one without which inbreeding is the only option, the unheard of âheimlichkeitâ Â (freud nostalgics welcome to osiris themselves)