SOUVENIRS DES PREMIERS PAS
À préparer ma rencontre de vendredi, je me souviens. Mon travail balbutiant d’écrivaine.
Ça a commencé timidement. À ce qu’il paraît il faut fuir les adverbes comme la peste, mais rien d’autre ne me vient pour évoquer mes débuts : timidement, parce qu’il y avait la peur. Inconsciente, sournoise, tellement inconsciente et sournoise que je ne les voyais ni elle, ni le besoin qu’elle faisait taire depuis tant d’années. Peut-on faire un déni d’écriture ? Oui. C’est pour cela que ma prose tourne beaucoup autour de cela : la difficulté à faire émerger ce que l’on a en soi, qui l’on est. Et de cette émotion qui parfois nous sauve la vie alors même qu’elle nous fait passer à côté, d’autres fois : la peur.
Ça a commencé timidement, donc, il y a maintenant une dizaine d’années. La crise de milieu de vie avait un peu d’avance, le temps des remises en question. Je me suis mise à écrire, d’abord petit, sporadique, volatile. Tout cela sur une planche à dessin, parce que mon bureau était envahi, pour ne pas dire gangrené, de copies et de préparations en tous genres.
Je ne savais pas encore si je voulais être écrivain, pourtant au fond de moi, pour être honnête, je le savais. Juste, je n’osais pas y croire, et encore moins le dire. L’image de l’écriture, de toute forme d’expression artistique, est si impressionnante qu’il y a une sorte de honte à dire que l’on s’y adonne.
Ça a donc commencé avec des petites choses sans lendemain, clandestines, sans aucun doute non publiables. Mais un musicien commence par faire ses gammes avant de pouvoir, un jour, donner un concert. Alors j’ai fait mes gammes d’écriture. D’abord toute seule : des incipit, des phrases isolées, des fragments sur feuilles volantes.
Après cela, j’ai éprouvé le besoin de développer, de légitimer ma démarche : j’ai suivi trois années et demie d’ateliers. J’y ai beaucoup appris, mais la confrontation de ma production avec le public n’était pas toujours heureuse : indécrottable bonne élève, je cherchais à tout prix le respect des consignes quand d’autres s’en affranchissaient et récoltaient des éloges. Sans doute n’avaient-ils pas besoin de se former, moi si. C’était même viscéral : cela me rassurait.
Et puis, nourrie de ces apprentissages, je me suis remise à écrire librement : des textes que j’ai pour certains publiés dans mon blog, mon premier espace d’échanges avec de vrais lecteurs. Ils ne furent et ne sont toujours pas légion : l’effet « boule de neige » ne s’est jamais produit, je n’ai pas dû faire ce qu’il fallait pour cela. J’ai donc posté sur la toile et j’ai eu, dans mon atelier, une critique intéressante de la part d’une personne qui n’épargnait guère les autres participants, soit dit en passant : « Dis-moi, Nathalie, je suis allée voir sur ton blog, et j’ai été surprise : c’est bien écrit. » Ah. Ben oui, patate : sur mon blog, je suis libre d’écrire ce que je veux, il n’y a pas de consigne, ni la crainte infantile (j’avoue) d’y déroger et d’en être blâmée. Ceci explique cela. C’est peu ou prou ce que je lui ai répondu, sans la traiter de patate (même si je l’ai pensé très fort).
De cet épisode quelque peu vexant j’ai retiré une chose essentielle : l’atelier d’écriture réveille le bon élève qui est en vous, si c’est là votre nature. Vous y rédigez, en bon élève, pour contenter le maître, vous apprenez des choses qui vous seront utiles, mais vous n’écrivez pas. Pour écrire, il faut vous libérer de toute situation qui vous rappelle, de près ou de loin, l’école. Oui, il vous faut être libre, décider vous-même de vos propres contraintes… Le temps le dira peut-être un jour, mais j’espère avoir eu raison de le faire.