Anne-Marie Stretter. Une figure fascinante, tout le monde en parle, durant le bal sans cesse les regards la cherchent, les conversations tournent autour dâelle, sâen dĂŠtournent rien que pour retourner Ă elle. Le ÂŤÂ on dit  anonyme se maintient dans la fascination dâelle, le dĂŠsert du ÂŤÂ on dit  nâaurait pas dâissue, câest-Ă -dire de lâhorizon, sans son contre-point ÂŤÂ elle . Elle est blanche, blanche diaphane, elle ne marche, elle plane. Il nây a rien ou plus rien Ă faire ? Non, juste rien. Lâamour quâelle vit pour Michael Richardson, on ne comprend pas très bien quâest-ce que ça signifie pour elle. MĂŞme cette dernière assurance, finalement, devient pâle dans cette chaleur, elle est lĂ , indiffĂŠrente au fait quâon la vit ou non, quâon vit ou non. Quand elle sâĂŠloigne dans le sombre couloir Ă la fin du film, en sortant de lâĂŠcran, elle ne vit plus. Ceci non pas pour dire quâelle meurt, quâelle devient morte, que sa vie prend sa fin, puisque aucune fin nâest possible dans cette existence intemporelle, la vie ne peut plus finir, mais elle ne peut se vivre non plus. La vie se meurt et la mort se vit dans cette existence morte vivante.
Mais le cri du vice-consul de Lahore ? Le cri rĂŠpĂŠtĂŠ de son nom, du nom de la femme dont il est amoureux, quâil aime tout en sachant que son amour ne saura pas franchir pas la solitude du fantĂ´me dont lui aussi, finalement, est un ? Est-ce un cri dâun vivant, est-ce en cri de vie sâopposant Ă la mort ? Est-ce un cri de lâamour sâopposant Ă la solitude ? Le vice-consul sans doute se situe hors de la communautĂŠ des vivants, la rejetant, en rejetĂŠ, le scandale quand il a tirĂŠ de son balcon Ă Lahore sur les lĂŠpreux dans le jardin de Shalimar, hors de la communautĂŠ des vivants, dans la mort. Il est le plus seul, seul il ĂŠtait Ă lâambassade de Lahore oĂš il vivait sans compagnons, seul il est au bal, guettant du regard Anne-Marie Stretter, mort. Dans la solitude, lâamour est intensifiĂŠ, au plus haut point intensifiĂŠ jusquâĂ rompre avec tout sentiment encore intelligible, plus de sentiment, lâamour lâemporte, au-delĂ du sentiment. Et Ă ce moment lâamour se trouve non plus opposĂŠ, mais complice de la solitude, sans ressource pour dĂŠcrier la mort, sans ressource Ă sâopposer Ă quoi que ce soit, impossible de dĂŠsirer autre chose que soit, que lâamour, la vie sâĂŠloigne de lui et il ne peut plus protester, il ne peut que pousser un cri, un cri de fantĂ´me, un cri perçant, tel quâil puisse percer le rideau.