Ce que j'ai appris en 1 an en tant que directrice marketing d'une startup
Bonne année 2015 à tous ! Je sais qu'il n'est pas toujours de bon ton de prendre des résolutions à la nouvelle année mais moi j'en ai pris 2 et je compte bien m'y tenir : revenir sur Twitter et prendre le temps d'écrire sur ce blog ! Ecrire sur mes aventures au quotidien en tant que directrice marketing de 1001menus.
Il y a presque 1 an quand j'ai commencé ce blog je voulais parler de mon expérience entrepreneuriale, ou plutôt de mon échec entrepreneurial. Cela m'a beaucoup aidé : à faire mon deuil, à en parler librement, à valoriser mon expérience et à trouver un nouveau job.
Il s'en est passé des choses depuis 1 an : la création des FuckUp Nights, 11 mois passés dans mes nouvelles fonctions, quelques changements dans ma vie personnelle aussi... Autant de raisons qui m'ont amené à délaisser l'écriture pendant plusieurs mois! Malgré ma bonne résolution, je ne promets pas que je vais écrire ENFIN régulièrement. Mais je vais essayer :)
Aujourd'hui j'ai décidé de revenir sur mon année en tant que directrice marketing chez 1001menus.
Une startup française commercialisant un logiciel en ligne (SaaS) permettant aux restaurateurs d'acquérir et de fidéliser leurs clients. C'est aussi une startup de 15 personnes au moment où j'arrive en février 2014. Aujourd'hui, près de 35 personnes composent cette fine équipe. Quand j'arrive, c'est Xavier, le fondateur qui s'occupe du marketing quand il a le temps. Avec la croissance que connait la boite, il était temps que j'arrive!
Mes premiers pas de directrice marketing
Avant 1001menus, je considère que je n'avais jamais vraiment fait de marketing. Ou plutôt si mais sans aucune réussite. D'abord, mes études en communication étaient loin de ce que je fais actuellement. Et aller chercher des clients (le but du marketing pour moi) c'est tout ce que je n'ai pas réussi à faire avec ma propre boite.
Mes compétences en marketing je les ai donc acquis sur le tard avant 1001menus, en lisant beaucoup, et depuis mon arrivée chez 1001menus en m'y frottant, en testant, en persévérant.
Après bientôt 1 an passé à ce poste, j'aimerais partager quelques enseignements sur le marketing en startup
Enseignement n°1 : la route est longue
Mettre en place de A à Z la stratégie marketing d'une startup demande bien plus de temps que ce que j'aurais cru. Avant même de commencer à aller chercher des clients, il faut mettre en place les outils (le site, le blog, la charte graphique, les messages), et surtout les outils qui vont permettre de mesurer l'impact des différentes stratégies que l'on va tester. Avec le recul, j'ai consacré trop peu de temps à cette mise en place, voulant trop rapidement faire des choses et produire des résultats. Mauvais calcul mais j'y reviendrai dans un autre post.
Enseignement n°2 : il n'existe pas de recette miracle pour la génération de leads
A force de lire sur le marketing et le growth hacking, je me suis mise en tête qu'il fallait que je cherche un hack - ce petit truc qui allait faire multiplier par 10, par 20, par 100 le nombre de leads quotidiens que nous recevons. Je suis maintenant convaincue de 2 choses :
- il y a fort à parier que notre meilleur canal d'acquisition sera une combinaison de canaux d'acquisition optimisés,
- un hack ne tombe pas du ciel ! Il s'agit la plupart du temps d'une légère amélioration d'un canal déjà utilisé.
Donc en mettant mes forces dans l'optimisation et la cohérence de toutes mes stratégies de marketing, j'ai davantage de chance de trouver la combinaison qui nous permettra de passer un cap en terme de génération de leads.
Enseignement n°3 : ne rien faire qui ne soit mesurable (et mesuré)
Cette phrase, je l'ai beaucoup entendue et beaucoup lue et pourtant... moi aussi je me suis laissée aller à conduire des actions marketing sans que les outils de tracking de la performance soient mis en place. Sur 2014, nous avons plus de 6 mois sans aucune donnée autre que le nombre de leads générés. Nous ne savons pas quel canal a généré le plus de leads, ou le plus de ventes, et nous ne savons pas non plus quelles actions ont eu le meilleur retour sur investissement. Certes, pendant ces 6 mois, j'ai mené des actions qui ont produit des résultats (augmentation des ventes), mais aujourd'hui, je ne sais pas ni comment, ni combien ça nous a coûté, ni combien ça nous a rapporté.
Comment c'est possible ? J'étais pressée de produire des résultats visibles pendant ma période d'essai, pressée d'avoir un réel impact positif sur le développement de la boite. Mes collègues à la technique croulaient sous les projets, la résolution de bugs etc... et moi j'ai préféré ne pas ajouter de demandes destinées à améliorer le tracking des performances du marketing.
Mesurer la performance des actions est un point crucial du marketing, et ce sera ma priorité en 2015 !
Enseignement n°4 : beaucoup de frustration, peu de vrais succès
Bien plus que je ne l'imaginais, le marketing peut produire beaucoup de frustration. La vie d'un marketer en startup est faite de tests, de tests, d'apprentissages, de tests, de nouveaux test... et la plupart ne sont pas concluants du 1er coup. Le marketing est vraiment une discipline de Test & Learn où l'on a beaucoup d'échecs et peu de succès. Une citation de Thomas Edison illustre bien ce propos : "I have not failed. I've just found 10000 ways that won't work." Voir jour après jour des progrès durables mais faibles m'a maintes fois inquiété. Moi qui rêve de voir enfin exploser le compteur de leads... La persévérance, l'imagination, la débrouillardise et la rigueur sont le lot quotidien d'un marketer. J'ai compris que pour 2015 il allait me falloir encore plus de force de caractère pour surmonter les nouvelles déconvenues à venir.
Enseignement n°5 : se donner des objectifs réalistes et atteignables
2 mois après mon arrivée, je me suis dit qu'il était temps que je me fixe des objectifs. Pourquoi à ce moment là ? Comment j'ai décidé de mes objectifs ? Sur quels critères ? J'ai tout simplement adopté la méthode du doigt mouillé : aucune méthode de calcul, niveaux irréalistes (car basés sur aucune expérimentation), évolution constante... Bref, en fonctionnant ainsi, je me suis enfermée dans un système où j'ai produit beaucoup de stress à vouloir atteindre ces objectifs.
En réalité, il était beaucoup trop tôt pour définir des objectifs. Je n'avais à l'époque aucune idée de ce qu'allait être le taux de conversion moyen, le temps de traitement d'un lead marketing, les effectifs de l'équipe commerciale... Alors pourquoi se donner un objectif à un niveau X plutôt qu'à un niveau Y ou Z ? Le pif je vous dis. Pour 2015, on a tout revu, j'en reparlerai dans un autre post si vous le voulez.
Enseignement n°6 : ménager sa monture
Le matin quand je me lève j'ai hâte d'aller rejoindre mes collègues, de faire de nouvelles choses, de participer au développement de la boite. J'ai des responsabilités (beaucoup de responsabilités), de l'autonomie (beaucoup d'autonomie) et j'apprends (tous les jours). Je bosse parfois très tard, parfois le week-end mais surtout mon cerveau est branché en quasi permanence sur le boulot. En parfaite Stakhanoviste, je fais de la gloutonnerie de travail jusqu'à dépasser parfois mes limites de fatigue, de repos, de stress.
Sauf qu'en faisant ça, je ne me rends pas service et je ne rends pas service à la boite. J'ai le devoir d'être en forme parce qu'on compte sur moi. Mon besoin d'excellence et ma culpabilité à ne pas travailler plus me font penser qu'à chaque fois que je ne bosse pas, je ne suis pas au rendez-vous ! J'ai mis du temps à comprendre que c'était FAUX et que c'était même dangereux de le penser. Mon plus grand challenge en 2015 sera de prendre soin de moi, de me défaire de ce sentiment de culpabilité et de cette quête destructrice et vaine de l'excellence.