L'Écume du Cœur
C'est l'heure.
Le son des cloches me parvient.
Et alors que je me meurs,
Je me souviens.
Un visage angélique,
Un regard froid,
Quel être magnifique,
Mais source d'effroi.
Elle me retient de ses mains élancées.
Je vois la coque partir.
Alors que j'allais succomber,
Et que je croyais en finir,
Me voilà emporté vers les tréfonds de son empire.
Ma vue se brouille et s'égare,
Je perçois au loin le scintillement éclair,
Au milieu des eaux sombres, tel un phare,
D'une cité cachée millénaire.
Je sors de l'inconscience,
Nu, sur un sable sauvage,
Je ne connais point ces rivages.
Perdu, je sens alors sa douce présence.
Elle se tient contre moi, avec sa chaleur nouvelle.
Dévêtue de ses écailles, si belle.
Un visage nouveau et pourtant si familier,
Je ne peux m'empêcher de l'embrasser…
Roulent alors sur ses joues deux larmes,
L'une de tristesse et l'autre de joie,
Car elle quitte sa famille, dépose ses armes,
Mais trouve récompense pour sa foi.
Je retourne alors, à travers sentiers,
Vers la demeure qui est mienne,
Avec ma nouvelle fiancé,
Afin de forger union chrétienne.
Le temps passe et les saisons courent.
Je bâtie foyer et famille.
Se suivent fils et filles,
Sans jamais voir faillir notre amour.
L'on voit le village s'agrandir,
Les rumeurs se dire,
Et se dresser les tours.
Car se dessine, dans notre amour du Christ,
Une peur profonde et la folie,
Qui se propagent à travers récits,
Et nous gangrènent telles un kyste.
Les jours sombres se suivent,
Et cachés dans leur demeures,
S'amenuisent ceux qui survivent,
Plongés dans leur torpeur…
Le mal me frappe le dernier,
Rongé par le deuil et la souffrance,
Et je me sens finalement soulagé,
De ne pas partager,
Avec ma famille, cette peur immense,
Qui bientôt dans la pierre sera gravée.
Et c'est en ces derniers instants,
Alors que je la vois dans l'embrasure,
Que les esprits me murmurent,
Ce que je redoutais tant.
Car l'ange le plus pur,
Ne saurait être, de l'Homme, l'enfant.
Je me souviens.
Roulent alors sur ses joues deux perles.
L'une de joie et l'autre de tristesse,
Car mon âme libre déferle,
Mais cette fois sans Maîtresse…
Alors que les bêtes saisissent ses épaules,
Et que nos yeux émus s'égarent,
Je m'éclipse de ma geôle,
Et lance vers le ciel un dernier regard.
Les feuilles tombent du noyer,
Où la potence se dresse,
Je sens mon souffle s'échapper…
Qu'ai-je bien pu faire à cette Déesse ?













