François Durif, Portrait perforé, 2023_2024
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François Durif, Portrait perforé, 2023_2024

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Cerco le risposte che non ho. Le cerco perché l'importante è il viaggio, non dove andrò.
Torno subito. Max Pezzali
Dire, se défaire
Je n’ai pas fait ce que j’avais dit ; je n’ai pas fait de confettis – pas vraiment, pas vraiment en grand nombre, pas comme je l’avais imaginé au départ : atteindre mon poids en confettis. Je n’ai pas fait ce que je m’étais promis. Je n’ai pas fait ce que je leur avais dit, aux membres du jury : détruire une partie de mes archives à l’aide d’un emporte-pièce, afin de les transformer en confettis. Je n’ai peut-être pas choisi le meilleur outil. Une table pour écrire, une autre pour désécrire. Assez vite, je me suis rendu compte que cela me prenait plus de temps de détruire une page manuscrite que de l’écrire. Un côté tâcheron que je revendiquais pourtant à cette occasion. Dans le même élan, je ne pouvais pas ne pas m’intéresser à l’histoire du confetti : fendre le mot, fendre la chose, me fendre de quelque chose que je ne connaissais pas encore, m’ouvrir à l’inconnu en me tenant au choix du plus petit. Une fois installé à la Villa Médicis, comme un coq en pâte, je devais faire comme si… là était ma place, mû par une mission plus grande que moi. Je m’étais alors imaginé convaincre les autres pensionnaires d’organiser un carnaval au printemps suivant, renouant ainsi avec cette tradition du carnaval à la Villa. Un bal masqué, avec une taxe à payer à l’entrée, j’ai assez vite abandonné l’idée, n’étant pas la bonne personne pour fédérer autour de ce projet qui me déportait là où je ne voulais pas aller. Et puis, comme je le redoutais, j’ai tellement été amené à parler de ce projet-confetti qu’à un moment je n’ai plus du tout eu envie de le réaliser. En en parlant à tout va, j’ai tué le désir. Comme antidote, je me suis tourné vers le grand frère Filliou et sa devise : Quoi que tu fasses, fais autre chose. De même, quand on écrit, il ne s’agit pas de devenir écrivain ou de se prendre pour tel, mais plutôt de concentrer ses efforts pour devenir autre chose, et ainsi s’adonner à sa propre métamorphose. Tout le monde, dans le microcosme de la Villa, s’était imaginé que l’ex-croque-mort, durant son séjour, se tiendrait à cette activité monomaniaque : celle de poinçonner ses archives, se délestant d’un monticule de papiers qu’il avait pris soin de glisser dans ses bagages. Au fil des jours, je me dédoublais, ou plutôt, je me désolidarisais de ce candidat-confettiste que j’avais tenté d’incarner au seuil du Palais. La tournure des événements m’a de toute façon obligé à bifurquer. Je n’ai pas fait ce que j’avais dit. Au fond, ce n’est pas très grave, je me suis débrouillé autrement. Mes deux parents étant morts à quatre mois d’intervalle, alors que je séjournais à Rome, je ne pouvais poursuivre mon travail de déblaiement, comme si de rien n’était. Dans les jours qui ont suivi la mort de ma mère, en février, j’ai écrit, sans me regarder écrire, cela m’a aidé à réaliser ce qui se passait en moi à cet instant ; de même, lors de l’agonie de mon père, l’écriture a été d’un réel secours. Façon d’être présent, en se dépouillant de tout artifice, de tout semblant, de tout faux-semblant. Fils assis à côté de son père, veillant sur lui. Père donnant le change jusqu’à la veille de sa mort. C’est dans les mois qui ont suivi qu’il m’a fallu leur faire de la place au-dedans. Cela ne se fait pas d’un coup de baguette magique.
François Durif, Torno subito, performance avec le musicien Timothée Quost, Le Générateur, Gentilly, 19.12.24
À l'occasion de la parution, ce jour, de mon deuxième récit - "Torno subito" - aux éditions Verticales/Gallimard, nous avons conçu, avec le graphiste Jean-Philippe Bretin, une série de papillons avec des bribes de phrases prélevées dans des livres, dans la rue, dans ma tête, comme autant d'incitations à agir et à se redresser. Je les distribuerai à chacune des rencontres et performances qui auront lieu dans les semaines à venir. Premier rendez-vous : demain, à 19h30, à la librairie Le Monte-en-l'air, dans les hauteurs de Ménilmontant à Paris, en conversation avec Gaëlle Obiégly.

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Le pasteur l’attire doucement en arrière. Une main de pierre le fait asseoir sur une chaise, un bras de pierre s’appuie sur son épaule. À travers un rideau de larmes, il voit la femme s’avancer et abaisser part trois fois sa bannière au-dessus du trou, mais lorsque la bannière se relève pour la troisième fois, le crêpe se détache. Il retombe sur le sol en tournoyant lentement. Ils font une dernière fois le tour de la fosse. Ceux qui ont apporté des petits bouquets les laissent tomber ; ils tombent sur le cercueil avec un bruit sec, ou sur une couronne avec un bruit étouffé. Les autres ne font que regarder, simple coup d’œil ou regard curieux, puis reculent de deux pas et serrent la main du pasteur. Mais au bord de la fosse le fils se dégage du bras de pierre, et, éprouvant une sensation de vide douloureux dans la gorge, il déchire son poème en tout petits morceaux, si petits qu’ils ressemblent à des flocons de neige qui dansent et se posent sur le cercueil, presque invisible sous les fleurs et derrière les larmes. Stig Dagerman, L’Enfant brûlé, traduit du suédois par E. Backlund, Gallimard, 1956
Abri Durif, Paris, 07.05.24
François Durif, Torno subito, Villa Medici, 2023 Photo : Daniele Molajoli