Le pasteur l’attire doucement en arrière. Une main de pierre le fait asseoir sur une chaise, un bras de pierre s’appuie sur son épaule. À travers un rideau de larmes, il voit la femme s’avancer et abaisser part trois fois sa bannière au-dessus du trou, mais lorsque la bannière se relève pour la troisième fois, le crêpe se détache. Il retombe sur le sol en tournoyant lentement. Ils font une dernière fois le tour de la fosse. Ceux qui ont apporté des petits bouquets les laissent tomber ; ils tombent sur le cercueil avec un bruit sec, ou sur une couronne avec un bruit étouffé. Les autres ne font que regarder, simple coup d’œil ou regard curieux, puis reculent de deux pas et serrent la main du pasteur. Mais au bord de la fosse le fils se dégage du bras de pierre, et, éprouvant une sensation de vide douloureux dans la gorge, il déchire son poème en tout petits morceaux, si petits qu’ils ressemblent à des flocons de neige qui dansent et se posent sur le cercueil, presque invisible sous les fleurs et derrière les larmes. Stig Dagerman, L’Enfant brûlé, traduit du suédois par E. Backlund, Gallimard, 1956














