Comme si - silk slip dress
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Comme si - silk slip dress

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QuâĂ cela ne tienne, poursuivons, faisons comme si tout Ă©tait surgi du mĂȘme ennui, meublons, meublons, jusquâau plein noir. Samuel Beckett, Molloy, Les Ăditions de Minuit, 1951
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CommeSi Socks

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Dire, se défaire
Je nâai pas fait ce que jâavais dit ; je nâai pas fait de confettis â pas vraiment, pas vraiment en grand nombre, pas comme je lâavais imaginĂ© au dĂ©part : atteindre mon poids en confettis. Je nâai pas fait ce que je mâĂ©tais promis. Je nâai pas fait ce que je leur avais dit, aux membres du jury : dĂ©truire une partie de mes archives Ă lâaide dâun emporte-piĂšce, afin de les transformer en confettis. Je nâai peut-ĂȘtre pas choisi le meilleur outil. Une table pour Ă©crire, une autre pour dĂ©sĂ©crire. Assez vite, je me suis rendu compte que cela me prenait plus de temps de dĂ©truire une page manuscrite que de lâĂ©crire. Un cĂŽtĂ© tĂącheron que je revendiquais pourtant Ă cette occasion. Dans le mĂȘme Ă©lan, je ne pouvais pas ne pas mâintĂ©resser Ă lâhistoire du confetti : fendre le mot, fendre la chose, me fendre de quelque chose que je ne connaissais pas encore, mâouvrir Ă lâinconnu en me tenant au choix du plus petit. Une fois installĂ© Ă la Villa MĂ©dicis, comme un coq en pĂąte, je devais faire comme si⊠lĂ Ă©tait ma place, mĂ» par une mission plus grande que moi. Je mâĂ©tais alors imaginĂ© convaincre les autres pensionnaires dâorganiser un carnaval au printemps suivant, renouant ainsi avec cette tradition du carnaval Ă la Villa. Un bal masquĂ©, avec une taxe Ă payer Ă lâentrĂ©e, jâai assez vite abandonnĂ© lâidĂ©e, nâĂ©tant pas la bonne personne pour fĂ©dĂ©rer autour de ce projet qui me dĂ©portait lĂ oĂč je ne voulais pas aller. Et puis, comme je le redoutais, jâai tellement Ă©tĂ© amenĂ© Ă parler de ce projet-confetti quâĂ un moment je nâai plus du tout eu envie de le rĂ©aliser. En en parlant Ă tout va, jâai tuĂ© le dĂ©sir. Comme antidote, je me suis tournĂ© vers le grand frĂšre Filliou et sa devise : Quoi que tu fasses, fais autre chose. De mĂȘme, quand on Ă©crit, il ne sâagit pas de devenir Ă©crivain ou de se prendre pour tel, mais plutĂŽt de concentrer ses efforts pour devenir autre chose, et ainsi sâadonner Ă sa propre mĂ©tamorphose. Tout le monde, dans le microcosme de la Villa, sâĂ©tait imaginĂ© que lâex-croque-mort, durant son sĂ©jour, se tiendrait Ă cette activitĂ© monomaniaque : celle de poinçonner ses archives, se dĂ©lestant dâun monticule de papiers quâil avait pris soin de glisser dans ses bagages. Au fil des jours, je me dĂ©doublais, ou plutĂŽt, je me dĂ©solidarisais de ce candidat-confettiste que jâavais tentĂ© dâincarner au seuil du Palais. La tournure des Ă©vĂ©nements mâa de toute façon obligĂ© Ă bifurquer. Je nâai pas fait ce que jâavais dit. Au fond, ce nâest pas trĂšs grave, je me suis dĂ©brouillĂ© autrement. Mes deux parents Ă©tant morts Ă quatre mois dâintervalle, alors que je sĂ©journais Ă Rome, je ne pouvais poursuivre mon travail de dĂ©blaiement, comme si de rien nâĂ©tait. Dans les jours qui ont suivi la mort de ma mĂšre, en fĂ©vrier, jâai Ă©crit, sans me regarder Ă©crire, cela mâa aidĂ© Ă rĂ©aliser ce qui se passait en moi Ă cet instant ; de mĂȘme, lors de lâagonie de mon pĂšre, lâĂ©criture a Ă©tĂ© dâun rĂ©el secours. Façon dâĂȘtre prĂ©sent, en se dĂ©pouillant de tout artifice, de tout semblant, de tout faux-semblant. Fils assis Ă cĂŽtĂ© de son pĂšre, veillant sur lui. PĂšre donnant le change jusquâĂ la veille de sa mort. Câest dans les mois qui ont suivi quâil mâa fallu leur faire de la place au-dedans. Cela ne se fait pas dâun coup de baguette magique.
|Â @commesi |
Il sâimagine devoir changer toutes les phrases quâil nâa jamais prononcĂ©es ou Ă©crites. Et de revoir toutes celles quâil peut atteindre ne suffit pas : il doit Ă©galement trouver celles qui se sont perdues, les traquer, les saisir, les ramener. Et point de repos tant quâelles ne sont pas toutes rĂ©unies. PĂ©nitence infernale pour tous ceux qui croyaient en quelque chose de faux.
Elias Canetti, Le Territoire de lâhomme, Ăditions Albin Michel, 1978