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Tu me manques tu sais. J'aimerais dire que le monde a cessĂ© de tournĂ©, qu'il a implosĂ© en silence dans ce genre de vacarme qu'on ne peut entendre. Ces ouragans de pensĂ©es qui n'existent que dans nos esprits. Oui, j'aimerais. J'aimerais dire que le monde s'est Ă©croulĂ©, qu'il git maintenant aux quatre coins de cet univers trop grand pour ma flamme, pour mon ĂȘtre. J'aimerais dire que je ne ressens plus l'obligation de respirer, que je n'en ai plus le besoin ou peut-ĂȘtre simplement la force. J'aimerais dire que mes yeux souhaitent se fermer et ne plus sâouvrir. J'aimerais dire que la vie m'a blessĂ© et que j'ai dĂ©cidĂ© de ne plus me relever. J'aimerais. Mais, parce qu'il y a toujours un mais. Ce malheureux mot qui brise bien des gens. Triste d'ĂȘtre un "mais" tu ne trouves pas ? Moi je trouve. C'est comme ĂȘtre un Ă©lĂ©ment perturbateur, un annonciateur de dĂ©sastre. Imagine, on te voit arriver comme un paria, avec dĂ©gout. On te redoute et on t'assassine. Je trouve cela affreusement triste. Il n'a pas le choix ce petit "mais" il doit accomplir sa mission, aller de l'avant sans hĂ©siter. Il est fort en un sens. Tu crois que les mots ont une Ă©motion ? Je trouverais cela terriblement poĂ©tique et si beau Ă la fois. Les "je t'aime", les "adieux", les "tu me manques". Tout les maux du monde sur leurs frĂȘles lettres. Tout ces espoirs, toutes ces pensĂ©es. Tout un monde. Comment on ferait sans mots ? On parlerait avec le corps je pense, avec les yeux. Certains parlent dĂ©jĂ avec les yeux. Tu me parlais avec les yeux, tu t'en souviens ? Je crois que j'ai embrassĂ© ton Ăąme avant tes lĂšvres. Elle Ă©tait si belle, lĂ au creux de tes deux univers. Si fragile aussi, comme un nouveau-nĂ© et si craintive. Je suis tombĂ©e amoureuse de cette Ăąme, de ses maladresses, de ses doutes, de ses peurs, de sa douleur, de ses rĂȘves, de ses souvenirs, de ses bassesses, de ses tendresses, de ses espoirs ; de tout ton ĂȘtre. En un regard. Un putain de regard. Un seul et j'Ă©tais finie. Tu tenais mon enveloppe du bout des doigts mais nos Ăąmes avaient dĂ©jĂ entamĂ© cette danse Ă©troite qui rĂ©side dans lâalcĂŽve. On Ă©tait terriblement inconstants toi et moi, deux paumĂ©s, un peu trop alcoolisĂ©s, perdus dans leurs rĂȘves. On Ă©tait hĂ©sitant dans nos mots mais les gestes faisaient le restes. Je pourrais t'Ă©crire des mots d'amours, des mots que tu as dĂ©jĂ entendu ; peut-ĂȘtre trop. Je ne le ferais pas. J'aimerais t'avoir en face de moi. Sentir nos souffles s'entrecroiser, s'unir et se fuir. J'aimerais assister Ă notre combat silencieux ; deux fauves qui ne veulent que se dĂ©truire. Se repaĂźtre de l'abandon de l'autre. Imagine ce tableau. Affreux ? Non. Il y a du beau dans la dĂ©solation mĂȘme dans l'Enfer. Une poĂ©sie bancale, une mĂ©lodie non aboutie ; un monde Ă construire. Il y a du beau dans ton sourire narquois et dans tes pensĂ©es confuses. Il y a du beau dans tes gestes incertains, dans ta voix trop grave. Il y a du beau dans tes yeux dĂ©foncĂ©s et dans ta peau rougie (tu sais, juste au niveau des pommettes). Il y a du beau dans ton ĂȘtre dĂ©truit, cokĂ©, dĂ©vastĂ©. Il y a du beau dans mes cheveux emmĂȘlĂ©s d'avoir trop lutĂ©s et dans mes larmes dorĂ©es. Il y a du beau dans mes yeux qui ne veulent plus parler et dans ma main ensanglantĂ©e d'avoir trop frappĂ© ce mur estropiĂ©. Il y a du beau dans mon sourire dĂ©fait qui refuse de mourir sur ces lĂšvres abimĂ©es. Il y a du beau dans nos injures et nos Ă©clats de voix. Il y a du beau dans ce dĂ©sastre ;
dans
notre
magnifique
dĂ©sastre. Â
















