Lieber Hochalemannisch [Fiction - Canon]
Disclaimer : Il sâagit dâun texte qui, contrairement Ă la plupart de ce qui est postĂ© par ici, est complĂštement canon- et ce, sans quâil ne soit nĂ©cessaire dâavoir lu le livre avant. On quitte les personnages principaux du roman, et on sâattache un peu aux personnages principaux de lâunivers Ă©tendu : nos dialectes rĂ©volutionnaires. Et ce cher Haut-AlĂ©manique, qui est p a r t o u t. Le texte commence Ă ĂȘtre un peu vieux, puisquâil a presque deux ans, maintenant, et si mon style dâĂ©criture a probablement Ă©voluĂ© depuis, jâespĂšre quâil vous plaira tout de mĂȘme. De mĂȘme, le dessin est fait par @mimmixerenardâ (on ne change pas une Ă©quipe qui gagne !) et sâil y a un nombre phĂ©nomĂ©nal dâincroyables fanarts quâiel a fait autour de ces deux personnages, jâai dĂ» me restreindre Ă un seul- et jâai choisi lâun de mes favoris. Enjoie !
Pairings : Heinrich Attinger / Haut-Alémanique x Carwyn Gibson / Gallois (Dumbasses Boyfriends)
Câest un gamin. Il a lâair de lâĂȘtre. Son visage ne sâest pas encore dĂ©barrassĂ© de la rondeur enfantine quâon voit chez les tout jeunes adultes. Sa peau est lisse, est tout juste rosĂ©e. Son sourire est large, est plein de petites dents bien blanches. Il creuse une fossette dans sa joue droite. Son regard est sombre. Il semble ĂȘtre noir. Il est plissĂ© par des petites rides dâamusement, de celle quâon voit souvent ourler les yeux des gens qui ont coutumes de beaucoup sourire. Il est empli de petites bulles de lumiĂšre. Il est noir, mais ce nâest pas un noir qui semble agressif, ni mĂȘme tranchant. Câest un noir mĂ©lancolique et doux, comme une encre qui se dĂ©verse sur une feuille blanche. Il a lâair innocent. Son visage dâenfant est couronnĂ© de boucles blondes, tout Ă fait dorĂ©es, sous la lumiĂšre ocre du repĂšre de Catalan. Il a un air dâinnocence frappant. Lâun de ces airs quâon trouve chez ces vieux poĂštes romantiques allemands. Qui se promĂšnent dans les bois, foulard autour du cou, et qui contemplent les feuilles qui tombent avec la morgue nostalgie mĂ©lancolique dâun homme qui pense Ă la mort. Il nâa pas de foulard autour du cou, lui. Mais son pull est bien trop grand pour lui. Les mailles, mal tricotĂ©s, lui avalent les mains, englobent sa silhouette. Il a lâair jeune, il a lâair innocent. Pourtant, Haut-AlĂ©manique sait quâil est plus ĂągĂ© que lui. Quâil est plus important que lui. Mais il lâa, cet air-lĂ . Cet air angĂ©lique.
Cet air dâabruti profond.
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Et câest Ă lui quâil sourit, lâabruti profond. Il a, autour de lui, plĂ©thore dâautres dialectes quâil aurait tout aussi bien pu aller dĂ©ranger. Il aurait pu dĂ©cocher son sourire dâangelot ignare Ă Catalan, qui, visiblement, est ravie de voir cette nouvelle recrue parmi eux. Il aurait pu aller tendre sa main toute lisse, toute fragile, toute dĂ©licate, Ă Sicilien, qui se serait fait un plaisir de la broyer sous sa poigne. Il aurait mĂȘme pu, vraiment, aller se taper la discute avec sa geignarde de sĆur, pour ce qui lui en coĂ»tait.
Mais non. Câest lui quâil est venu voir. Avec son sourire de con et sa main de fillette. Câest lui quâil Ă©tait venu dĂ©ranger, alors quâil lisait sur sa caisse, dans son coin, sans rien demander Ă personne. Câest Ă lui quâil avait eu la brillante idĂ©e de venir baragouiner ses mots dans sa langue, Ă lui tout seul, gamin Ă la tronche dâange quâil Ă©tait. Dans sa langue Ă lui, oui. Parce que lui Ă©tait une langue. Haut-AlĂ©manique, non.
« Helo, dwiân Cymraeg ! Braf cwrdd Ăą chi ! »
Un baragouinage, vraiment. Une suite de syllabe qui ne veut strictement rien dire. Haut-AlĂ©manique prend quelques secondes pour le toiser, tout simplement, du regard. Observant, tour Ă tour, la main tendue, le sourire, le regard doux sous les boucles blondes. Puis, lentement, prenant grand soin de conserver un regard aussi mĂ©prisant quâimpassible, il tourne la tĂȘte. Comme prĂ©vu, Traducteur Automatique sâest matĂ©rialisĂ©, Ă lâinstant mĂȘme oĂč lâautre abruti avait dĂ©cidĂ© de lui vomir ses consonnes au visage. Et il a lâimmense amabilitĂ© de lui brandir, juste sous le nez, un panneau comportant la traduction- Ă savoir : « Bonjour, je suis Gallois ! Ravi de faire ta connaissance ! »
Lorsquâil reporte, de nouveau, son attention sur le dĂ©nommĂ© Gallois, il sâest dĂ©jĂ Ă©coulĂ© plusieurs secondes. Plusieurs secondes de silence complet, pendant lesquelles il sent trĂšs bien les regards de tout ces pseudo-rĂ©volutionnaires qui se pensent tous malheureux et misĂ©rables, alors quâils ont, Ă eux seuls, bien plus de reconnaissance quâHaut-AlĂ©manique nâen aurait jamais.
Il admet quâil veut bien reconnaĂźtre Ă la langue intrusive une certaine forme dâabnĂ©gation. La main tendue ne vacille mĂȘme pas ; et son sourire reste vaillant, malgrĂ© la tornade qui sâannonce chaque seconde plus violente.
Il voit, du coin de lâĆil, Catalan qui a lâair de le supplier du regard. Sois gentil, lui hurle-t-elle mentalement. Câest notre nouvelle recrue. Câest un soutien prĂ©cieux.
Sa mĂąchoire se crispe. Le regard de Gallois ne le quitte pas une seconde. Il devine quâil doit commencer Ă avoir des crampes. Alors, il prend le temps de se relever. De dĂ©poser le livre quâil lisait sur le bois de cette caisse qui lui sert de trĂŽne. De le toiser, encore une seconde ou deux. Il est bien plus grand que la langue. Gallois semble minuscule, Ă flotter dans son grand pull. Un gosse, en tout point.
« Tu nâas rien Ă faire ici. DĂ©gage. »
Le sourire ne tombe toujours pas. Agaçante constatation. Maigre consolation, la main sâabaisse enfin. Elle se plante sur la hanche de son vis-Ă -vis, qui dresse, fiĂšrement, le menton. Haut-AlĂ©manique Ă©prouve, juste un instant, le besoin fugace de lui arracher ce fichu sourire, et de le lui faire bouffer. Lui qui est tellement plus que lui. Et qui, pourtant, ne semble rien avoir dâexceptionnel.
La vue de la gueule souriante lâhorripile. Il sent quâil ne peut la supporter une seconde de plus. Alors, il se dĂ©tourne, et, sans un mot de plus, il sort de la piĂšce. Il sent le regard déçu de Catalan qui le suit. Celui, hilare, de Sicilien, qui, comme toujours, se paye sa tĂȘte. Il brĂ»le de leur hurler dessus. De les attaquer, peut-ĂȘtre. Quâils cessent de le contempler comme une bĂȘte nuisible.
« Je crois que je lâaime bien, » fait, soudainement, Gallois, juste au moment oĂč il claque la porte derriĂšre lui.
« Mais tu es complĂštement con, bordel ! ComplĂštement con ! Tu crois quoi ? tu crois que ton fichu statut de langue te donne le droit de faire les pires conneries possibles et de tâen sortir sans la moindre anicroche ? Merde ! Tu aurais pu tout faire foirer ! Certains dâentre nous ne sont pas juste ici pour se divertir, ou pour se donner bonne conscience ! Certains dâentre nous essaye de prouver leur importance ! De prouver quâils ont une place au milieu, peut-ĂȘtre mĂȘme au-dessus, de tous ces abrutis bouffis ! Alors, pour lâamour dâElle, cesses de te conduire comme le dernier des abrutis, et agis comme la putain de langue centenaire que tu es supposĂ© ĂȘtre ! »
Il se tait. Il est Ă bout de souffle. Son coup dâĂ©clat lui a fait monter le rouge aux joues ; il se sent qui halĂšte. Il se sent ridicule, Ă©galement, maintenant que le sac est vidĂ© et que les griefs sont crachĂ©s. Il remonte, fĂ©brilement, les manches de sa chemise, comme pour se donner contenance. Il sent lâune de ses mĂšches de cheveux qui pend, mollement, sur son front, qui sâest couvert de gouttelette de sueur. Il a presque honte, en fait. Il sait que sa voix avait fini dans un aiguĂ« peu glorieux. Quâil avait Ă©tĂ©, sans doute, incomprĂ©hensible tout du long de sa diatribe, avec son fichu accent dont mĂȘme Traducteur Automatique semblait incapable de le dĂ©barrasser.
Face Ă lui, Gallois est muet. Ses yeux sont Ă©carquillĂ©s. Il ne bouge pas, il est figĂ©. Et, pendant quelques instants, Haut-AlĂ©manique a la certitude quâil a, enfin, rĂ©ussi Ă le blesser, Ă le toucher, Ă lâatteindre. AprĂšs toutes ces semaines, tout ces mois, passĂ©s Ă lui cracher Ă la gueule Ă la moindre occasion. Pourquoi ? Il nâen Ă©tait mĂȘme pas sĂ»r. Parce quâil avait lâair dĂ©sespĂ©rĂ©ment stupide ? Parce quâil Ă©tait ridiculement bienveillant ? Ou, tout simplement, parce quâil cherchait, maladroitement, Ă se prouver quâun dialecte aussi insignifiant que lui pouvait avoir suffisamment dâimportance pour avoir un impact, quel quâil soit, sur une langue. Et que, les jours passant, et le sourire persistant, il avait fini par nourrir lâamĂšre constatation que ce nâĂ©tait pas le cas. Quâil avait fini par sentir grandir en lui une vĂ©ritable rancĆur envers Gallois.
Mais non. Une nouvelle fois, câest un Ă©chec. Le sourire est plus doux, plus timide, mais le sourire est toujours lĂ . Il doit le savoir, pourtant. Gallois. Que lâerreur quâil avait commise nâest pas si grave. En vĂ©ritĂ©, ce nâest rien du tout. Câest juste lâaccumulation de toute la frustration de Haut-AlĂ©manique qui lui a explosĂ© en pleine figure.
Et pourtant, il sourit. Comme sâil Ă©tait vraiment en faute, et comme si Haut-AlĂ©manique nâavait rien dit dâautre que la plus pure des vĂ©ritĂ©s.
« Tu as raison, » fait-il, le timbre insupportablement doux. « Je suis désolé. »
Câest au tour du dialecte de ne plus trouver les mots. Dâen rester coi, encore haletant, mains sur les hanches, et cheveux en pagaille. Personne ne dit rien, de toute façon. Tout les regards sont fixĂ©s sur eux, et il se sent comme une bĂȘte acculĂ©e. Il aurait certainement montrĂ© les crocs, tentĂ© de se dĂ©fendre, sâil ne venait pas, Ă lâinstant, dâĂ©clater.
« Mais, tu sais, » reprend Gallois, si plein de compassion et dâempathie quâHaut-AlĂ©manique sent quâil ne va apprĂ©cier ce qui va suivre, « Tu ne pourras Ă©tablir ton importance que si toi, tu y crois. Et jâai lâimpression que ce nâest pas le cas. »
Câest tellement vrai, tellement profondĂ©ment vrai, que les mots quâil aurait pu vouloir prononcer se font ravaler tout net. Il les sent qui sâabsorbent dans sa propre gorge, qui se coincent, qui sâeffritent et se retiennent, comme sâil sâĂ©touffait, au passage, avec. Il sâefforce de rester impassible. Câest difficile. Câest affreusement difficile.
Et puis, Gallois se hausse sur la pointe de ses pieds, et pose sa main droite sur lâĂ©paule dâHaut-AlĂ©manique. Il nâa pas lâair dâavoir conscience quâil est le premier membre du groupe Ă le toucher.
Quâil est le premier membre du groupe Ă le regarder, comme ça. Avec ses grands yeux noirs dans lesquels il lui semble se noyer. Comme sâil Ă©tait son Ă©gal. Lui, qui est une langue. Et ce, peu importe ce que pouvait lui dire le dialecte.
« Alors, je sais que ce nâest sans doute pas grand-chose, venant de moi, et que tu pourrais mĂȘme trouver ça ridicule. Ou, je ne sais pas, mĂ©prisant, peut-ĂȘtre. Ou condescendant. Mais je pense que tu es important, Haut-AlĂ©manique. Et que, peu importe ce que peuvent en dire tous ces vieux abrutis bouffis, comme tu dis, tu es dĂ©jĂ une langue. »
Haut-AlĂ©manique ne rĂ©pond toujours rien. De toute façon, il nâen aurait pas eu le temps. Il y a dĂ©jĂ Breton qui interrompe, tout net, la conversation. Il ne sait pas pourquoi. SĂ»rement quâelle a quelque chose Ă dire Ă son frĂšre. Câest comme sâil Ă©tait plongĂ© dans un Ă©pais brouillard. Les mots tournent en boucle. Il se dit que câest rare, que les mots ne fassent pas mal. Que câest rare, que les mots le fassent se sentir⊠presque plus lĂ©ger.
Quâimporte. Breton traĂźne son petit frĂšre derriĂšre elle. Et celui-ci, pour changer, lui dĂ©coche son Ă©blouissant sourire de gosse. Le salut joyeusement de la main, comme sâils Ă©taient les meilleurs amis du monde.
« LlanfairÂpwllÂgwynÂgyllÂgoÂgeryÂchwyrnÂdrobwllÂllanÂtysilioÂgogoÂgoch ! »
Haut-AlĂ©manique sâest raidit, dĂšs les premiĂšres syllabes de cette Ă©trange imprĂ©cation. Il sent, sur ses Ă©paules, les deux mains fines qui viennent de sây poser, et qui, manifestement, avait eu pour but de le prendre par surprise. Ăa avait Ă©tĂ© rĂ©ussi. Il avait sursautĂ©. Reste Ă savoir sâil sâagissait dâun effet de ce contact impromptu, oĂč sâil sâagissait dâune consĂ©quence directe au borborygme que venait de vomir Gallois.
Une fois absolument certain quâil a finit de lui cracher toutes ses consonnes Ă la tronche, il tourne la tĂȘte. Croise le regard Ă©trangement malicieux de la langue, dont lâinĂ©vitable sourire est, trĂšs manifestement, tout Ă fait fier de lui.
Gallois aurait Ă©tĂ© toute autre personne, quâHaut-AlĂ©manique aurait certainement rĂ©agit avec la sĂ©cheresse sĂ©vĂšre qui sâimposait. Peut-ĂȘtre mĂȘme quâil se serait autorisĂ© de briser un nez, au passage.
Mais il sâagit de Gallois. Et il ne lâapprĂ©cie pas, bien sĂ»r. Il reste une langue. Il reste un ĂȘtre insupportable et plein dâun entrain tout Ă fait dĂ©sagrĂ©able. Cependant, il doit bien admettre que leur relation sâĂ©tait quelque peu calmĂ©e, ces derniers temps. Et, Ă©trangement, il se sent presque prĂȘt Ă tenter de faire un effort.
« Est-ce que tu viens de me maudireâŠÂ ? » articule-t-il, dâun ton quâil prend grand soin de garder calme, impassible.
Il nâaurait pas cru ça possible. Mais le sourire de Gallois sâĂ©tire encore, tant et si bien quâil est tout bonnement certain quâil allait jaillir hors de son visage pour prendre sa brillante et complĂšte indĂ©pendance. Il a lâoutrecuidance de lui administrer une tape sur lâĂ©paule gauche.
« Pas du tout ! » sâexclame-t-il, et câest quâil a lâair fier de lui, le couillon. « Câest tout simplement le nom dâune des villes du Pays de Galle ! »
Haut-AlĂ©manique plisse les yeux. Il sait quâil doit avoir lâair vaguement suspicieux. Et il a beau repasser les quelques syllabes quâil arrive vaguement Ă reconstruire dans son esprit, il est incapable de voir en quoi cette incantation malĂ©fique peut sâapparenter, de prĂšs ou de loin, Ă un nom de ville.
Et voilĂ Gallois qui lui passe un bras autour du cou, et qui sâattribue, dâautoritĂ©, une place sur sa caisse. Câest ridicule. Haut-AlĂ©manique le fait savoir en poussant le plus long et le plus profond des soupirs possibles.
« En fait, tu vois, câest absolument brillant, parce que le nom du village, câest sa situation gĂ©ographique, » continue Gallois, comme si Haut-AlĂ©manique en avait quelque chose Ă taper. « Ăa veut dire, « l'Ă©glise de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc prĂšs du tourbillon rapide et l'Ă©glise de saint Tysilio prĂšs de la grotte rouge, go go go ! » Tu vois ? MĂȘme plus besoin de carte pour sây retrouver. »
Le regard de complet jugement que lui jette Haut-AlĂ©manique, Ă©tonnamment, le faire rire. Il prend conscience que câest la premiĂšre fois quâil fait ça. Rire Gallois. Et il rit comme il sourit. Comme un gosse. Comme quelquâun qui nâa jamais eu mal de sa vie. Il sait pourtant que câest faux. Il voit la mĂ©lancolie et lâĂ©meraude, derriĂšre le soleil.
Mais il rit. Il est fier de son nom de ville Ă dormir debout. Il est fier de lâavoir hurlĂ© aux oreilles du dialecte. Il est fier dâĂȘtre lĂ , sur cette caisse, parce que câest, sans le moindre doute, une place de privilĂ©giĂ©.
Pourtant, Haut-Alémanique se sent presque sourire.
« Eh, Haut-Alémanique ! »
« ⊠Oui, GalloisâŠÂ ? »
« Quel est le sport le plus silencieux ? »
« ⊠Je ne sais pas, Gallois. »
« Le parachuuuuut ! »
« Par pitié, ferme ta gueule. »
« Attah, attah ! Que crie un donut sur la plage ? »
« Je vais me beignet !! »
Des nouveaux borborygmes. Câest une chose complĂštement habituelle Ă entendre. Lorsque la nuit commence Ă tomber, que la rĂ©union sâest Ă©tirĂ©e, et que Gallois a envie de jouer les imbĂ©ciles. Câen est un diffĂ©rent, cette fois, pourtant. Ce nâest pas une exclamation. Câest un murmure. Ce nâest pas une tentative de le surprendre en lui bondissant sur le dos. Câest, simplement, Gallois qui sâest assis Ă cĂŽtĂ© de lui, et qui a sorti ça, tout bas, comme sâil avait peur quâon lâentende.
Et, surtout, ce nâest pas⊠ce nâest pas Gallois. La langue employĂ©e. Ce sont des consonnances diffĂ©rentes. Des consonnances mal articulĂ©es, un peu mangĂ©es, dĂ©formĂ©es, par une bouche qui nâavait pas lâhabitude de les prononcer. Des consonnances quâHaut-AlĂ©manique reconnait trĂšs bien. Elles sont germaniques.
Et elles le prennent tant par surprise quâil tourne, immĂ©diatement, la tĂȘte vers Gallois, sans mĂȘme prendre la peine de chercher Ă se donner un air impassible. Leurs regards se croisent, immĂ©diatement. Gallois a sa petite fossette. Son petit sourire. Son doux regard. Ses boucles blondes. Son pull trop grand. Haut-AlĂ©manique prend conscience que ça faisait bien longtemps quâil ne lâavait plus trouvĂ© agaçant.
Gallois lÚve immédiatement son index vers ses lÚvres, vers son sourire mutin. Le message est trÚs clair- il faut se taire. Ou, tout du moins, se montrer plus discret. Un autre petit signe lui permet trÚs vite de comprendre pourquoi ; Gallois pointe, silencieusement, le doigt vers Traducteur Automatique, qui oscille entre Breton, Catalan, et Sicilien.
Et puis, enfin, il reprend, trĂšs lentement, tĂątonnant, balbutiant presque les mots quâil sâefforce de prononcer.
« Wir sollten nicht⊠auffallen. Hochalemannish. »
Et ça le frappe. Enfin. Gallois est, littĂ©ralement⊠en train de le parler. Lui. Un simple dialecte. Il est une langue, une vraie, une vĂ©ritable langue⊠et il articule, comme si cela lui apportait tout le putain de bonheur du monde⊠des mots qui lui appartenaient, Ă lui. Et il prononçait son nom. Son vrai nom. Celui qui nâĂ©tait pas dĂ©formĂ© par la traduction. Lui que si peu de locuteurs semblaient adopter. Lui qui semblait nâavoir que si peu dâimportance.
Et il en est si fier, Gallois. Et ses yeux en sont si lumineux, si scintillants. Et son sourire en est si large.
Haut-AlĂ©manique cligne des yeux. Il prend conscience quâĂ son insu, rebelles elles-aussi, quelques larmes y ont pointĂ©. Câest ridicule, sans doute. Parce que ces larmes sont lĂ , mais il le sent aussi. Ce sourire qui est venu se poser sur ses lĂšvres, Ă lui.
Et câest la premiĂšre fois que Gallois parvient Ă lui en soutirer un. De sourire. Il ne sait pas si câĂ©tait le but. Il voit, simplement, lâencre du regard de la langue qui fond. Un lac chocolat. Douceur, mĂ©lancolie, anciens voiles Ă©meraudes, et joie pure.
Il ne proteste pas quand il se sent, sans prĂ©avis, attirĂ© dans une Ă©treinte quâil nâaurait sans doute, en temps normal, jamais autorisĂ©e.
« Hochalemannisch, » rĂ©pĂšte Gallois, tout bas, comme un mantra, comme une putain de priĂšre, une fichue rĂ©vĂ©lation, un secret quâil ne devrait pas partager. « Lieber Hochalemannisch. »
Il nây a pas besoin de traduction. Il nây a que les syllabes que la langue sâapproprie, comme si elles Ă©taient siennes. Des mots, un nom. Le sien.
Et Gallois est un abruti, un abruti profond.
Pour la premiĂšre fois, Haut-AlĂ©manique se prend Ă penser que ce nâest sans doute pas si grave.