Elle est trop de choses, trop d’extrêmes et de peines. Elle fait peur avec ses longs doigts tâchés d’encre, elle a même du bleu sur les pommettes, en dessous de l’œil. Elle a essuyé la marée le soir d’avant et peut-être aussi un peu ce matin. Il y en avait partout, sur les joues, sur le cœur, cela transfigurait même l’âme. Pourtant elle en possède plusieurs mais, là, une seule fracturait le silence. On la regardait alors avec pitié, s'échouer, tempêter, crier. Tout cela sans mots distincts. Juste un tout qui s’effondrait en troublant le monde qui n’en aurait finalement pas grand-chose à faire. Un atome qui disparait dans un océan de néant. On ne peut dessiner un vide dans l’espace qui s’en habille chaque jour. Ses cris, s’ils avaient un sens, n’auraient servi à rien. Un petit pas-grand-chose dans un grand incertain. La macabre découverte du matin, au lever du rêve, un esprit inanimé dans un corps qui respire encore. Et on aurait préféré l’inverse pour parfumer le tout de poésie. Car, maintenant, c’est simplement triste et cela fera pleurer les voisins qui n’auront plus leur bonjour de la main. Si seulement elle leur en adressait un. Elle ne connaît pas leurs prénoms, elle n’a pas cherché à le faire. Elle sait ignorer avec grâce certaines évidences au profit des détails. Pas de noms mais la couleur de la robe préférée et la manie de se ronger les ongles de la main droite (seulement). Elle n’avait jamais compris pourquoi et elle avait d’ailleurs pensé que c’était injuste de les rendre autant dépareillées. Deux jumelles qu’on sépare de force et contre leur désir. Un peu comme lorsqu’elle ne pleurait que d’une pupille. Elle se regardait dans le miroir d’abord avec terreur puis avec peine. Car elle n’avait jamais le droit à la plénitude. C’était toujours à moitié morte, à moitié triste, à moitié joyeuse. Elle, la demoiselle du trop incapable d’autre chose que du médiocre.


















