â Lors des rares occasions oĂč il tirait le gros lot, on recevait tous une belle part du gĂąteau. Papa jouait au casino tous les jours, quâil neige ou quâil vente. Une habitude Ă©levĂ©e au rang de pratique religieuse. Et quâil quitte les lieux avec un ou cent dollars, il revenait toujours les poches vides. Comment ? Eh bien, en achetant des vĂȘtements et dâautres articles indispensables, comme des balles de golf truquĂ©es Ă la trajectoire bizarre quâil utilisait pout tromper ses partenaires. Et puis il dĂ©pensait beaucoup pour nous gĂąter, ma sĆur Letty et moi. Avec la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© insouciante dont son pĂšre avait fait preuve envers lui. Par exemple, Ă certains moments il travaillait comme serveur dans la Bowery, oĂč il nâĂ©tait rĂ©munĂ©rĂ© quâaux pourboires. Pourtant, chaque matin, en me rĂ©veillant â jâallais au lycĂ©e Ă lâĂ©poque â, je trouvais un billet de 5 dollars sur ma table de chevet. Les autres gamins que je connaissais recevaient cinquante cents, peut-ĂȘtre 1 dollar dâargent de poche par semaine. Moi, 5 dollars par jour ! Quâest-ce que jâen faisais ? Je mâachetais Ă manger, je me payais de quoi faire des tours de prestidigitation, je finançais mes jeux de cartes ou de dĂ©s.
   Figurez-vous que jâĂ©tais devenu prestidigitateur en herbe parce que jâadorais tout ce qui touchait Ă la magie (âŠ) â
Woody Allen, âSoit dit en passantâ (Apropos of Nothing). Autobiographie, Stock, p. 13-14.









