Le feu et la glace
Tu me souris, en me fixant droit dans les yeux. Je sens une fissure se former… Je te réponds d’un regard vide, sans sourire, comme d’habitude.
J’essaie en vain d’interpréter l’étincelle dans tes yeux, d’imaginer ce que ça fait. J’ai beaucoup de mal à comprendre ce que tu ressens, ton point de vue, et le mien aussi. Je suis complètement perdu et ignorant, mais je t’observe beaucoup. Tout ce que je sais, tout ce qu’un pauvre type glacial comme moi est capable de concevoir…
À chaque contact, des picotements marquent ta peau. À chaque battement de cil, tout le spectre de couleurs brûle tes rétines. À chaque seconde, une multitude d’émotions traversent ton corps tout entier. Tout ce que tu éprouves flamboie plus fort pour toi que pour n’importe qui d’autre, hypersensible.
Moi je ne ressens aucune émotion, le monde que j’observe n’a plus de couleurs ni saveurs, et tout ce que je touche me paraît si éloigné, comme si je n’étais pas là et que tout était une illusion. Mon âme a fui, cachée à l’extrémité de ma prison de glace. Je suis toujours résolument calme et impassible, insensible.
Tu voudrais être comme moi, pouvoir faire le vide ? À l’inverse, je donnerais beaucoup pour enfin percevoir cette réalité qui a du sens, de la vie, des couleurs. Mais nous savons tous les deux que nous n’y arriverons pas. Nous sommes complètement opposés, par nos caractères et visions.
Parfois, ma cellule glacée se fracture. Elle laisse passer, durant un court moment, tantôt un peu de joie, tantôt un peu de tristesse, colère et douleur, pour enfin laisser une cicatrice. Ces instants sont si rares que ces pincées d’émotions me sont insupportables. Je ne sais plus comment les gérer, je ne sais plus comment les ressentir.
Parfois, après tant d'efforts, tu arrives à faire régner le silence. Plus d’émotions, plus de couleurs, plus de sensations. Mais tu trembles, sans elles, tu es perdue. Le vide te terrorise maintenant.
Il pleut. J’aime bien la pluie, toi aussi. Elle fait fondre un peu de gel, sans le fissurer, ça me fait du bien, ça ne me rend pas triste. C’est rare. Les larmes de pluie ne te brûlent pas la peau, pour toi aussi elles sont douces. Je crois qu’on cherche juste la stabilité.
Tu penses qu’en devenant amis, on pourrait s’équilibrer ?

















