Encore une fois, je suis navrĂ© pour la qualitĂ© de cette image. Jâai lâimpression quâil est trĂšs dur de trouver des images en HD pour les couvertures de livres français sortis la dĂ©cennie derniĂšre... #Naviss
Auteurice : Pierre Bottero
Maison dâĂ©dition : Rageot
Date de publication : 2003 (premiÚre édition), 2010 (présente édition)
Genre : Fantasy, Fantastique
Ce quâen pense Naviss :Â
Jâaimerais vous confier une petite histoire.
Je lâai dĂ©jĂ partagĂ©e sur Livraddict ; aussi, si vous venez de la Coupe des Quatre Maisons, vous sera-t-elle peut-ĂȘtre familiĂšre. Quand jâĂ©tais au collĂšge, notamment en 6Ăšme - lâĂ©poque douce et bĂ©nie oĂč on avait 2h pour manger, jâavais une amie, appelons-la S. S. et moi avions un rituel : puisque la queue, Ă la cantine, Ă©tait interminable Ă midi, nous nous prĂ©cipitions dans la salle de lecture du CDI oĂč nous restions jusquâĂ 13h, et nous nous lisions Ă voix haute les passages que nous trouvions beaux, cocasses, Ă©tonnants ou drĂŽles. S. avait lu le premier tome de La QuĂȘte dâEwilan quand nous Ă©tions en primaire, et je ne sais plus ce que je lisais Ă ce moment lĂ , mais S. Ă©tait plongĂ©e dans le troisiĂšme tome et interrompait constamment sa lecture pour me citer une rĂ©plique cinglante dâEllana, ou une pique de Bjorn Ă Salim. Toutes ces phrases hors contexte ont dĂ©sormais un sens !!
Si ma lecture des deux premiers volumes de cette trilogie est en vĂ©ritĂ© une relecture, je dĂ©couvre en exclusivitĂ© le 3Ăšme livre. Si vous avez lu mes autres billets, vous savez Ă quel point la plupart de mes lectures mâexaspĂšrent car jây trouve toujours les mĂȘmes problĂšmes. Jâai mĂȘme laissĂ© un appel au secours sur le forum de madmoizelle, que je vous cite :
Bon, je vous Ă©cris parce que j'ai un gros problĂšme. J'adore lire, j'adore la littĂ©rature de l'imaginaire, mais je dĂ©teste pratiquement tout ce que je lis (ou alors ça me laisse complĂštement froid...). DĂ©jĂ , j'ai remarquĂ© que la littĂ©rature fantastique young adult rafale de romance nulles/forcĂ©es/abusives, et ça c'est un gros non sauf que forcĂ©ment j'en croise tout le temps. MĂȘme quand le contenu est "safe", l'intrigue est pas forcĂ©ment trĂšs bien rodĂ©e (univers incohĂ©rents qui ne devraient juste pas fonctionner) ou regorge de clichĂ©s (genre tous les personnages sont des mannequins et l'hĂ©roĂŻne est une Mary Sue), ou le style est trĂšs basique... MĂȘme des bouquins estampillĂ©s fĂ©ministes, comme ceux de Nnedi Okorafor, vont me dĂ©cevoir (dans son cas, beaucoup d'essentialisme des fonctions dites fĂ©minines et masculines).
Du coup à chaque fois que je termine un livre, en ce moment, je mets ensuite plusieurs jours à me relancer dans une nouvelle lecture... parce que j'ai été déçu par la précédente et je me résigne pratiquement à l'idée que je serai également déçu par la suivante.
(...)
Du coup j'en appelle Ă vous. Est-ce que vous connaissez des bouquins de la littĂ©rature de l'imaginaire (je prĂ©fĂšre la fantasy, mais le fantastique, l'urban, la dystopie, mĂȘme la bit-lit si vous avez du bon me vont aussi) qui rĂ©pondent Ă toutes ces caractĂ©ristiques :
- Un beau style travaillé
- Un univers cohĂ©rent pour lequel vous ne vous ĂȘtes jamais dit "nan mais en vrai ça fonctionne pas comme systĂšme"
- Les personnages ne sont pas tous des bonnasses et des mannequins, pas de sexualisation inutile des personnages féminins
- Les héro.ïnes ont de vrais défauts (ex : héroïne qui n'est pas juste timide/maladroite, et si elle l'est, c'est un véritable défaut handicapant, pas juste un trait mignon)
- Si romance il doit y avoir, elle n'est pas abusive et elle est la moins niaise/nulle possible (les personnages ne tombent pas amoureux au premier regard, ils ont des DISCUSSIONS et une vĂ©ritable relation avant d'ĂȘtre romancĂ©s !)
Jâai reçu Ă©normĂ©ment de rĂ©ponses (pour vous dire, ma wish-list sur Livraddict a Ă©tĂ© enrichie de 167 bouquins depuis...), mais parmi les suggestions qui revenaient beaucoup, il y avait : La QuĂȘte dâEwilan de Pierre Bottero. Ayant un grand besoin de me laver les yeux aprĂšs La MoĂŻra qui mâa considĂ©rablement agacĂ©, jâai sautĂ© le pas et (partiellement) relu ce livre dont jâavais fait la connaissance il y a plus de dix ans. AprĂšs la hype que tout le monde mâa mis, inutile de dire que jâĂ©tais trĂšs excitĂ©, et jâavais le coeur battant en commençant Ă lire les premiĂšres pages de ce roman.Â
Eh ben les gens, en lisant Avant - la partie introductive Ă la saga en 8 chapitres, jâai frissonnĂ©. Pour de vrai. Avant, câest le prologue. Chose rigolote : ça a Ă©tĂ© rajoutĂ© aprĂšs, en 2010, au moment oĂč Rageot publiait cette intĂ©grale. Le style, surtout sur les premiers chapitres, est unique. Son rĂ©cit est construit comme un poĂšme, avec un travail considĂ©rable sur la forme, et laisse une impression frappante. Jâai vraiment adorĂ©. Malheureusement, tout le bouquin nâest pas Ă©crit comme cela, et le style redevient plus "basiqueâ dĂšs le dĂ©but Dâun Monde Ă lâautre, tout en restant joli et trĂšs fluide. Jâai mangĂ© la moitiĂ© du livre en une demie journĂ©e : le premier volume est passionnant, la premiĂšre moitiĂ© du second lâest aussi ; jâai Ă©tĂ© un peu moins captivĂ© par la seconde moitiĂ© du second et tout le troisiĂšme tome, mais il reste intĂ©ressant.
Je tiens Ă souligner le contexte de dĂ©part : lâexposition se dĂ©roule en France, mais pas Ă Paris ! On ne connait pas exactement la ville, mais on sait quâelle se trouve en province et quâelle possĂšde une ligne de train direct vers la Gare de Lyon Ă Paris, donc quâelle se trouve probablement au sud. Câest toujours un point qui me fait plaisir : la France nâest pas Paris...
Je ne ferai aucune remarque sur les anachronismes qui pourraient ĂȘtre prĂ©sents dans lâunivers mĂ©diĂ©valisant dâAutremonde⊠car je pense que ça nâa pas lieu dâĂȘtre ! Il sâagit ici dâun monde complĂštement imaginĂ© et hors de nos temporalitĂ©s, le livre ne prĂ©tend pas dĂ©crire une uchronie, et Bottero Ă©crit lui-mĂȘme que câest un univers qui « mĂ©lan{ge} allĂšgrement {les} connaissances historiques {de Salim} et son goĂ»t pour le fantastique ».
Les personnages sont trĂšs caractĂ©risĂ©s, et cela les rend trĂšs plaisants. A la fin du livre, dans le « Making off », Bottero exprime un reproche quâon lui a fait et quâil se fait Ă lui-mĂȘme : ils sont trop caricaturaux. Alors oui, ils sont un peu archĂ©typaux : on a le soldat froid, le gros guerrier, le garçon espiĂšgle, le vieux sage, le mec coincĂ©, la fiĂšre combattante... En matiĂšre de personnages, lâarchĂ©type permet leur identification rapide ; lâimpression de familiaritĂ© ainsi formĂ©e aide Ă lâattachement de lĂŠ lecteurice. Et en lâoccurrence, ça fonctionne  (sauf dans le cas de Camille/Ewilan, mais on y reviendra). Cette caractĂ©risation des personnages ne touche pas uniquement lâĂ©quipe principale. Je pense par exemple Ă Paul Verran. On le croise fugacement, peut-ĂȘtre une dizaine de pages, puis on ne le revoit plus. Pourtant, cet amateur de littĂ©rature touchĂ© par une sĂ©vĂšre presbytie laisse une forte impression.Â
Autre bon point qui manquait Ă ma prĂ©cĂ©dente lecture : les relations entre les personnages existent indĂ©pendamment de lâhĂ©roĂŻne ! Cela permet de faire fonctionner mĂȘme les personnages qui nâont pas de ligne de dialogue, comme Hans avec Maniel. Ces personnages nouent des amitiĂ©s ou des sympathies (Bjorn et Salim, Bjorn et Maniel, Bjorn et Ellana, Bjorn et Doume, Maniel et Hans, Salim et Ellana, Ellana et Edwin, Ellana et Chiam, Edwin et Maniel, Edwin et Bjorn, Edwin et Doume), ou au contraire des rivalitĂ©s (Ellana et Artis, Edwin et tout le monde...). Je nâai pas tenu de table des dialogues, mais je crois bien que tous les personnages ou presque interagissent entre eux sans Salim et Camille/Ewilan. Parce que ce qui pour moi dĂ©montre le mieux le fait que les relations entre les personnages sont efficaces, ce sont les dialogues. Les amitiĂ©s et rivalitĂ©s sont tangibles, en ce quâelles sont montrĂ©es Ă travers de nombreux dialogues que jâai trouvĂ©s hilarants. Les personnages se vannent tout le temps (mention spĂ©ciale Ă ce sujet aux piques dâEllana !), et câest drĂŽle ! Jâai recopiĂ© quelques dialogues qui mâont beaucoup fait rire, mais je nâai pensĂ© Ă le faire quâĂ partir du troisiĂšme tome, et il y en a beaucoup dâautres !
Bjorn, sâentaillant la joue avec sa lame de rasoir : Câest malin. Comment veux-tu que les jolies FrontaliĂšres me considĂšrent Ă ma juste valeur si je me prĂ©sente dĂ©figurĂ© ?
Salim : Pas de soucis, Bjorn, pas de soucis ! Tu es si laid que, barbu ou pas, balafré ou non, les filles de la Citadelle feront des cauchemars pendant des siÚcles !
Maniel, qui les observait jusque là  : Je te préférais barbu.
Maniel : Bien sûr ! Les vilaines choses, moins on les voit, mieux on se porte !
Doume, dĂ©barquant dans la piĂšce et remarquant Bjorn : Tu tâes rasĂ© ? DrĂŽle dâidĂ©e. Tu Ă©tais moins laid avec ta barbe.
Bjorn, hurlant sur Salim et le secouant dans tous les sens : TraĂźtre ! Faux frĂšre ! Sale Ă©goĂŻste menteur et fourbe ! Je vais te faire payer ta fĂ©lonie ! Quand jâen aurai fini avec toi, tu ressembleras Ă un rat tombĂ© dâune falaise !
Ellana, Ă Mathieu/Akiro : Ne tâinquiĂšte pas, câest leur maniĂšre de se dire bonjour.
Pour moi, Ellana est le meilleur perso. Jâai dĂ» lire les 2 premiers tomes de La QuĂȘte dâEwilan quand jâĂ©tais en 5Ăšme, Ellana mâavait dĂ©jĂ fait forte impression et jâavais dĂ©cidĂ© dâacheter le premier tome du Pacte des marchombres. Du coup je suis trĂšs biaisĂ© puisquâen retrouvant ce personnage, jâavais dĂ©jĂ une opinion sur elle, mais je la trouve tellement cool. Elle est badass mais faillible, elle a des dĂ©fauts quand mĂȘme (du genre le fait quâelle soit si sĂ»re dâelle quâelle peut en paraĂźtre hautaine et que ça lui joue des tours Ă deux reprises dans le livre, ou bien le fait quâelle est parfois un peu sĂšche) ; et elle a des lignes de dialogues mĂ©morables oĂč elle envoie valdinguer tout le monde avec sa rĂ©partie :D
En parallĂšle, Camille/Ewilan parait trĂšs fade... Parce quâelle a les problĂšmes que je reproche Ă la moitiĂ© des hĂ©roĂŻnes de fantasy/fantastique que je rencontre. Elle est belle, brillante, courageuse, gentille, son seul dĂ©faut Ă©voquĂ© câest sa curiositĂ© (u-u), comme elle est surpuissante-parce-quâelle-a-le-meilleur-don-depuis-Merwyn elle fait tout sans difficultĂ©s... Bref, elle est parfaite. Camille/Ewilan a tout de mĂȘme le mĂ©rite de ne pas ĂȘtre insupportable comme AlĂ©a de La MoĂŻra. Jâai dit quâelle paraissait trĂšs fade en comparaison avec Ellana. Pas quâelle est trĂšs fade. Parce que malgrĂ© ça, lâauteur lui donne un intĂ©rĂȘt... via sa relation Ă Salim. Pour moi, ce sont les Ă©changes et les railleries quâelle partage avec son ami qui lui donnent une consistance, une humanitĂ©, que je nâaurais pas vu en elle sinon. Par ailleurs, jâai apprĂ©ciĂ© la maniĂšre dont son intelligence est montrĂ©e. Elle lâest parce quâelle nâa littĂ©ralement rien dâautre Ă foutre de sa vie que travailler et Ă©tudier, et quand il veut montrer quâelle est gĂ©niale en calcul mental, Bottero le fait en Ă©vitant lâĂ©cueil de la calculatrice ambulante... en dĂ©voilant sa mĂ©thode !
Je tiens maintenant Ă parler du sujet qui fĂąche : le fĂ©minisme. Lâon mâavait prĂ©sentĂ© La QuĂȘte dâEwilan comme Ă©tant lâoeuvre emblĂ©matique fĂ©ministe de la littĂ©rature jeunesse, et comme je vous lâai dit, il Ă©tait dâailleurs en tĂȘte de ma liste de 167 livres Ă lire rĂ©pondant aux critĂšres Ă©noncĂ©s plus haut. Et hĂ©las, ce livre tombe dans le mĂȘme travers que beaucoup de ses confrĂšres. On pourra me reprocher dâavoir Ă©tĂ© plus sĂ©vĂšre avec ce livre sur des points que je nâĂ©voque mĂȘme pas quand je parle dâautres oeuvres, qui, elles, ne sont clairement pas prĂ©sentĂ©es comme fĂ©ministe. Câest vrai. Parce que dans un autre bouquin, je mâattends Ă ĂȘtre déçu et confrontĂ© Ă du sexisme, Ă des propos oppressifs. Dans un livre que tout le monde prĂ©sente comme Ă©tant la meilleure reprĂ©sentation existante de personnages fĂ©minins, jâai forcĂ©ment plus dâattentes, et je mâattends Ă quelque chose dâirrĂ©prochable. Et mĂȘme si Pierre Bottero est meilleur sur ce point que la plupart de ses conadelphes*, il nâest pas parfait.
* épicÚne pour confrÚres/consoeurs
Jâai dâabord notĂ© le manque gĂ©nĂ©ral de personnages fĂ©minins. Jâai listĂ© la totalitĂ© des personnages de ce livre, et jâai regardĂ© quelle Ă©tait la part des personnages fĂ©minins et masculins, selon le degrĂ© dâimportance des personnages. Je souhaite premiĂšrement Ă©voquer le cas des personnages fĂ©minins nommĂ©s qui ont la parole, Ă savoir les personnages 1) qui sont des femmes 2) qui ont un nom 3) qui sâexpriment grĂące Ă un dialogue direct et non rapportĂ©. Il y en a 8, pour 21 personnages masculins nommĂ©s qui ont la parole. On passe Ă 9 contre 24 si on estime que les citations des personnages en dĂ©but de chapitre comptent comme un discours direct dâun personnage nommĂ©. On a donc un ratio de 0,27 dans les deux cas : seuls 27% des personnages nommĂ©s ayant la parole dans ce livre sont des personnages fĂ©minins.
Liste des personnages féminins nommés ayant la parole : Camille/Ewilan, Mme Duciel, Eléa, Ellana, Elise/Elicia, Milia Jundo, Siam, Mme Boulanger = 8
Liste des personnages féminins cités en début de chapitre à partir du tome 2 : Ellundril Chariakin = 1
Liste des personnages masculins nommĂ©s ayant la parole : M. Duciel, Salim, Bjorn, Edwin, Wouwou, Duom, inspecteur Franchina, Paul Verran, Mathieu/Akiro, Doume Filâ Battis, maĂźtre Carboist, Artis Valpierre, Maniel, Chiam Vite, Silâ Afian, Iliam Polim, Hander Tilâ Illan, Holts Kilâ Muirt, Thuy, Merwyn Ril' Avalon, Hal Nilâ Bround, Alain/Altan = 21.
Liste des personnages masculins citĂ©s en dĂ©but de chapitre Ă partir du tome 2 : Elis Milâ Truif, SaĂŻ Hilâ Muran, Hon Silâ Pulim = 3
Si lâon regarde les personnages non nommĂ©s qui ont la parole, on compte :
en personnages féminins : la tenanciÚre qui ne veut pas de loups dans son auberge
en personnages masculins : le taverniers et les soulards qui se moquent de Bjorn
Je nâai pas listĂ© les figurant.es nommĂ©s nâayant pas la parole, mais jâai notĂ© le seul personnage fĂ©minin dans ce cas : il sâagit de Mlle Nicolas.
On voit donc que mĂȘme ces personnages non nommĂ©s nâamĂ©liorent pas le ratio ; si je voulais le prendre en compte, il ne ferait quâaggraver ce chiffre. Alors on pourrait se dire : « oui mais quelle importance que le PNJ random n°15 soit une femme, si les personnages principaux sont fĂ©minins ? ». Mais mĂȘme lĂ , le ratio nâest pas ouf⊠Sur les 7 personnages qui constituent le groupe central fixe, 2 sont des femmes et 5 sont des hommes. Sur les 11 personnages du groupe Ă©largi, on est dĂ©sormais Ă 3 personnages fĂ©minins pour 8 personnages masculins, soient des ratios respectifs de 0,28 soit 28% et 0,27 soit 27%.Â
Liste des personnages féminins du groupe central fixe : Ewilan, Ellana = 2
Liste des personnages masculins du groupe central fixe : Salim, Edwin, Bjorn, Maniel, Doume = 5
Liste des personnages féminins du groupe élargi : Ewilan, Ellana, Siam
Liste des personnages masculins du groupe élargi : Salim, Edwin, Bjorn, Maniel, Doume, Chiam, Akiro, Artis = 8
Je nâai pas comptĂ© Hans, dans cette derniĂšre catĂ©gorie, car Hans nâa jamais la parole et le seul discours quâon a de lui est rapportĂ©.
Ce que lâon constate ici, câest que peu importe si lâon regarde la totalitĂ© des personnages, ou seulement les personnages rĂ©currents et principaux : seuls un quart des personnages de ce livre sont des personnages fĂ©minins. Et malheureusement, ce livre nâĂ©chappe pas Ă la malĂ©diction des personnages fĂ©minins trop belles pour ĂȘtre vraies⊠et on se retrouve avec 27% de personnages fĂ©minins dont 100% de celles qui sont dĂ©crites sont des bonnasses. Dans son infinie patience, votre serviteur a recopiĂ© la totalitĂ© des descriptions ou commentaires descriptifs sur la totalitĂ© des personnages qui apparaissent dans ce livre, fĂ©minin comme masculin.
Descriptions des personnages féminins :
Camille/Ewilan : « Elle Ă©tait jolie, trĂšs jolie, avec dâimmenses yeux violets, beaux Ă vous faire tourner la tĂȘte » ; « Ses cheveux, quâil croyait chĂątains, Ă©taient plus dorĂ©s que bruns. Ils retombaient en boucles autour de son visage, mettant en valeur le hĂąle de sa peau. Elle avait les pommettes hautes et bien dessinĂ©es, de longs cils et des yeux immenses dâun violet intense. » ; « Une fille, blonde, les cheveux longs, les yeux dâun violet remarquable, assez jolie » ;  « De prime abord, on ne remarquait dâelle que la grĂące de son visage et la beautĂ© de ses grands yeux violets ».
Mme Duciel : « Une grande femme sĂšche, aux cheveux dâun blond trĂšs pĂąle, tirĂ©s en arriĂšre. Elle aurait pu ĂȘtre jolie si elle avait appris Ă sourire et si son regard avait dĂ©gagĂ© plus de chaleur ».Â
Ellana : « CâĂ©tait une jeune femme dâune vingtaine dâannĂ©es. Elle avait la peau mate, de longs cheveux noirs brillants tirĂ©s en arriĂšre et tressĂ©s. Ses vĂȘtements de cuir sombre, semblables Ă ceux dâEdwin, mettaient en valeur sa silhouette Ă©lancĂ©e. » ; « dents Ă©clatantes » ; « jolie » ; « beauté » ; « ils Ă©taient Ă©blouissant de charisme (âŠ) et Ă©clatants de force »
Fille rousse anonyme : « une jeune fille Ă©lancĂ©e, au regard malicieux et Ă la chevelure dâun roux flamboyant » ; « beaux yeux ».
Elise/Elicia : « Elle Ă©tait merveilleusement belle, intelligente, fine » ; « Ta mĂšre Ă©tait toujours aussi belle. » ; « La femme qui lui parlait avait les mĂȘmes yeux que Camille, violets, immenses, lumineux. Elle Ă©tait belle au-delĂ de tout ce quâil avait imaginĂ©, et il y avait tant de douceur sur ses traits »
Milia Jundo : « une femme menue »Â
Vivyan : « prodigieusement belle » ; « La mort nâavait su gommer la douceur et la noblesse de ses traits, ni ternir lâĂ©clat de sa peau. Une masse de cheveux dorĂ©s cascadait autour dâun visage aux contours parfaits et accompagnait les courbes dâun corps merveilleux. » ; « trĂšs belle » ; « si belle, si douce » ; « parfaite » ; « la perfection faite femme »
Siam : « jeune femme » ; « elle Ă©tait vraiment jolie, avec sa natte blonde et sa peau mate qui mettait en valeur deux grands yeux gris. Tout son ĂȘtre dĂ©gageait une impression de grĂące, mais, malgrĂ© sa silhouette menue, on la devinait musclĂ©e et rĂ©sistante » ; « Je ne pensais pas quâen arrivant ici je dĂ©couvrirais ce que jâai toujours cherchĂ©. (âŠ) La beautĂ© (âŠ). Ou la grĂące. Ou la perfection. La fĂ©minitĂ©. Lâabsolu. Tout ça Ă la fois sans doute. » ; « petite taille » ; « silhouette menue » ; « charmante »
Description des personnages masculins :
Le juge : « vieux et sec » ; « un vieux tas dâos »
M. Duciel : « gros et gras, avec des joues molles et des petits yeux »
Salim : « magnifique coiffure de petites tresses » ; « son torse sâĂ©tait Ă©largi, ses muscles durcis »
Bjorn : « Le chevalier était un véritable colosse, bùti comme une armoire à glace. Salim sourit en voyant son ventre bien rond. » ; « gras » ; « dépourvu de charmes » ; « laid » ; « Tu as au moins dix kilos en trop. »
Edwin : « A la diffĂ©rence de Bjorn, le maĂźtre dâarmes dâavait pas une once de graisse. Il nâĂ©tait que muscles et nerfs. Une longue cicatrice blanche barrait son torse Ă la peau hĂąlĂ©e, presque aussi foncĂ©e que celle de Salim. Deux balafres plus rĂ©centes nâĂ©taient pas tout Ă fait refermĂ©es, lâune sur lâĂ©paule droite, lâautre sur la cuisse. » ; « ils Ă©taient Ă©blouissant de charisme (âŠ) et Ă©clatants de force »
Mathieu/Akiro : « Câest certainement le garçon le plus beau de lâĂ©cole. Grand, bien bĂąti, des cheveux chĂątain clairs et des yeux dâune couleur incroyable. » ; « CâĂ©tait en effet un garçon sĂ©duisant ».
Artis Valpierre : « Il était de haute taille, maigre, les traits émaciés et les cheveux ras »
Carboist : « un homme dâune soixantaine dâannĂ©es, Ă la carrure encore athlĂ©tique »
Maniel : « CâĂ©tait un colosse de cent vingt kilos mesurant dix bons centimĂštres de plus que Bjorn, pourtant impressionnant. Des muscles Ă©pais et noueux roulaient sous sa peau. »
Silâ Afian : « Il Ă©tait grand, ĂągĂ© dâune quarantaine dâannĂ©es, un fin collier de barbe encadrait un visage aux traits fatiguĂ©s mais aux yeux vifs et perçants. »
Hander Tilâ Illan : « traits tout en mĂ©plat » ; « yeux gris acier » ; « sâil paraissait trĂšs ĂągĂ©, il nâen Ă©tait pas moins impressionnant de force et de charisme »
Thuy : « Presque chauve, il portait une longue barbe blanche et ses yeux, dâun bleu trĂšs clair, brillaient dâintelligence »
Merwyn : « ĂągĂ© dâune quarantaine dâannĂ©es, peut-ĂȘtre moins » ; « un regard pĂ©tillant dâintelligence aux iris noisette et un nez lĂ©gĂšrement tordu »
Je commence Ă prendre lâhabitude de recopier les descriptions des personnages et les classer par genre me semble ĂȘtre un exercice trĂšs intĂ©ressant, car il permet de mettre en Ă©vidence les diffĂ©rences de traitements entre personnages masculins et fĂ©minins. PrĂ©senter ces descriptions comme je viens de le faire, en listes factuelles, me donne la possibilitĂ© de les comparer. Â
Et du coup, quâest ce quâon remarque ? Les femmes sont toutes belles, toutes minces et toutes jeunes ; tous leurs adjectifs sont mĂ©lioratifs sauf ceux de Mme Duciel, qui est une antagoniste. Les hommes sont beaucoup plus diversifiĂ©s dans leur apparence. MĂȘme les physiques ayant des qualitĂ©s sont accompagnĂ©s ensuite par des dĂ©fauts : ce sont des physiques plutĂŽt rĂ©alistes, avec des Ă©lĂ©ments plus « harmonieux » et dâautres moins. On a certes une prĂ©dominance dâhommes musclĂ©s, mais ils nâont malgrĂ© tout pas le mĂȘme physique : Edwin est sec et plein de nerfs, Bjorn est musclĂ© gras, Maniel est massif. Seul Mathieu/Akiro a le droit Ă un vague « bien bĂąti » (quâest-ce que ça veut dire ?). Chez les femmes, elles sont toutes « minces » ou « menures » et « élancĂ©es », sans que lâauteur ne dĂ©crive en quoi exactement leur corps est ainsi. On notera Ă©galement que chez les hommes, on insiste beaucoup moins sur Ă quoi leur corps ressemble exactement, mais sur ce que ces corps dĂ©gagent. La seule qui fait exception Ă cette derniĂšre affirmation est Ellana, Ă©blouissante de charisme et Ă©clatante de force. De plus, le traitement de lâĂąge est Ă©galement symptomatique : les femmes dĂ©crites, on lâa dit, sont toutes jeunes ou dĂ©gagent une impression de jeunesse quand elles ne le sont plus ; les hommes quant Ă eux ont le droit Ă une palette dâĂąge bien plus vaste : on trouve des jeunes, des hommes dâĂąge « mĂ»r », et des vieillards. La QuĂȘte dâEwilan nâest pas la seule Ă avoir ce problĂšme, qui est dominant en gĂ©nĂ©ral en littĂ©rature. Dans la fiction, les femmes vieilles nâexistent pas : elles disparaissent dĂšs quâelles nâont plus lâĂąge dâĂȘtre mĂšres, laissant aux hommes le soin dâĂȘtre des guides, des sages et des mentors.Â
MalgrĂ© le manque de personnages fĂ©minins, ce livre prĂ©sente les femmes de lâĂ©quipe principale comme Ă©tant fortes (physiquement ou dans leurs domaines), indĂ©pendantes et puissantes. Ellana et Siam sont extrĂȘmement charismatiques ; Ewilan est plus basique, mais elle est chouette quand mĂȘme. Bottero en profite pour glisser des messages fĂ©ministes⊠parfois trĂšs maladroits. Je pense notamment Ă cet Ă©change, qui mâa laissĂ© une impression bizarre et mitigĂ©e :
Artis Valpierre : Cette jeune femme semble avoir parfaitement rĂ©cupĂ©rĂ© et depuis ce matin, elle sâentraine avec les autres dans la cour. Comment voulez-vous que mes Ă©lĂšves se concentrent sur lâenseignement que je leur dispense, avec cette jeune femme qui se donne en spectacle ?
MaĂźtre Carboist : Est-elle jolie ?
Artis Valpierre : Oui, elle est⊠jolie.
MaĂźtre Carboist : Vos Ă©lĂšves ont donc raison de la regarder. Elle les fait certainement plus rĂȘver que vous. Nâen soyez pas jaloux, câest la nature qui veut ça.
Le discours de Valpierre me fait penser Ă lâargument « les filles ne devraient pas mettre des shorts Ă lâĂ©cole, mĂȘme sâil fait 40 degrĂ©s Ă lâombre, car cela dĂ©concentre les garçons, et si elles ne se plient pas Ă ce rĂšglement, elles doivent ĂȘtre exclues ». Ce genre de phrases dĂ©shumanisantes prĂ©sente donc le bien-ĂȘtre des filles et leur Ă©ducation comme moins important.es, et lĂ©gitime leur exclusion de lâespace public car elles sont moins des personnes que des distractions, Ă©minemment sexuelles par essence, quel que soit leur Ăąge. Ce genre de discours, tenu par Artis Ă propos dâEllana, est aussitĂŽt tournĂ© en ridicule par Carboist, qui le « remet Ă sa place »⊠dâune maniĂšre qui me dĂ©range profondĂ©ment. Il est dĂ©sormais en position de force, puisquâon vient de le voir ridiculiser Artis qui se sent tout bĂȘte, et le dialogue est Ă©tudiĂ© pour que lĂŠ lecteurice se positionne contre Artis et pour Carboist dans cette situation. Et donc une fois la lĂ©gitimitĂ© du personnage assurĂ©e dans ce passage, Bottero lui fait dire que si les femmes sont jolies, alors il nây a aucun mal Ă les regarder et que par consĂ©quent, elles ont leur place dans lâespace public⊠Et du coup, si elles sont « laides », elles devraient se couvrir et rentrer chez elles ? Les femmes ne sont ni des peintures ni des pots de fleurs, elles ne sont pas lĂ pour dĂ©corer, faire joli⊠ou distraire, justement. MĂȘme si jâapplaudis lâambition initiale du passage, oĂč Artis passe pour un gros con sexiste qui veut empĂȘcher Ellana de sâentrainer parce que ça le distrait, je ne suis pas du tout satisfait avec le message final de ce dialogue.
A lâopposĂ©, dâautres passages mâont donnĂ© envie de me lever pour aller faire la rĂ©volution, tellement ils sont justes et Ă©mancipateurs. Je pense notamment Ă cette tirade de Siam :
« Depuis que jâai ton Ăąge, je passe mon temps Ă me cogner sur des garçons convaincus de savoir mieux que moi ce quâil me faut, sous prĂ©texte que je suis une fille, exposa-t-elle. Jâai plusieurs fois Ă©tĂ© obligĂ©e de faire couler le sang de bons copains qui nâavaient pas compris que je dĂ©cide seule de ma vie. Je suis dâaccord avec Ellana. Nous devons rester libres, et, pour cela, nous sommes obligĂ©es dâĂȘtres fortes. DâĂȘtre dures ! »
Oui, ce livre nâest pas parfait en terme de reprĂ©sentation et dâoppression. Mais il est quand mĂȘme bien mieux que la moyenne, mĂȘme si, en voulant bien faire, il se plante. Par exemple, fait Ă©minemment rare dans la fiction et la SFF française, le deuxiĂšme personnage principal est noir, avec Salim, dont les parent.es sont camerounais.es. Cela permet de parler briĂšvement de nĂ©grophobie, avec un passage oĂč Salim est victime de racisme ordinaire, et je trouve ça chouette dans un livre oĂč ce nâest pas du tout le sujet dâĂ©voquer quand mĂȘme ces problĂ©matiques, mĂȘme briĂšvement. Mais ce traitement est tout de mĂȘme accompagnĂ© de clichĂ©s, puisque du coup Salim vient dâun quartier difficile avec une famille avec pleine dâenfants dont le pĂšre sâest barrĂ©, et il aurait mal tournĂ© sans Camille. Pour ĂȘtre tout Ă fait honnĂȘte, la toute derniĂšre affirmation nâest pas exacte : Salim discute de ses insĂ©curitĂ©s avec Bjorn, et il lui dit cela, que sans Camille, il aurait mal tournĂ©. Bjorn lui rĂ©torque que câest faux : ses qualitĂ©s, comme son courage, viennent de lui, pas de Camille.
Au sujet de la race, un autre point positif est le nombre de personnages importants dont la peau nâest pas blanche : il y a donc Salim, mais aussi Ellana, Edwin, Chiam et Siam - presque la moitiĂ© de lâĂ©quipe Ă©largie avec un ratio de 0,45 soit 45% !
Concernant les romances, qui sont je crois le âchaĂźnon narratifâ que jâapprĂ©cie le moins dans les romans car je les trouve toujours mal faites... Eh bien, lâhistoire dâamour ne casse pas trois pattes Ă un canard, mais elle est tout Ă fait dĂ©cente et mĂȘme plutĂŽt chouette et mignonne. Et pour une fois, il y a eu de nombreuses interactions entre les personnages, et on sent leur affection mutuelle !Â
{MOYEN SPOIL}Â La seule chose que je reprocherais, je pense, câest quâon se concentre trop sur ce que Salim pense de Camille/Ewilan, et on ne sent pas trop lâamour de Camille/Ewilan envers Salim. Â {/MOYEN SPOIL}
Chose chouette : mĂȘme aprĂšs leur mise en couple, les personnages sont toujours complices et railleurs. Le fait dâĂȘtre en couple ne transforme pas la relation, ni mĂȘme ne prĂ©tend la dĂ©buter : elle existait bien avant. Plus quâun remplacement dâune relation par une autre, câest quelque chose qui sâajoute Ă la relation prĂ©existante sans lâĂ©clipser, et ça fait du bien.
Par ailleurs, il existe des romances secondaires qui se développent plus ou moins progressivement, donc là encore on ne gravite pas uniquement autour du personnage principal.
{MOYEN SPOIL} MĂȘme si entre nous, la romance Ellana/Edwin reprend le topos de la fille de la vingtaine qui sort avec un mec de la quarantaine. Lâinverse est tellement inenvisageable que, pour ne pas que Mathieu/Akiro se retrouve Ă sortir avec une fille plus vieille que lui, Bottero donne Ă Siam environ lâĂąge dâEllana alors quâelle devrait en avoir dix de plus puisquâelle est la soeur dâEdwin... Par ailleurs, tous les personnages fĂ©minins du groupe Ă©tendu finissent casĂ©es. Ce qui nâest bien entendu pas le cas des personnages masculins. {/MOYEN SPOIL}
Lâintrigue est assez classique - câest lâhistoire dâune fille avec un pouvoir qui doit sauver le monde - mais comporte tout de mĂȘme des originalitĂ©s qui la rendent intĂ©ressante.
{SPOIL} Par exemple, Camille/Ewilan nâest pas lâĂ©lue tant attendue... Puisque celui que tout le monde attend, celui dont le pouvoir dĂ©passe toutes les espĂ©rances, câest son frĂšre. Et câest parce que celui-ci sâavĂšre nâĂȘtre pas ĂȘtre Ă la hauteur âmoralementâ que Camille/Ewilan prend les choses en main, et part sauver le monde.Â
Jâai trouvĂ© certaines scĂšnes trĂšs imaginatives et intelligentes. Par exemple, quand Camille/Ewilan va Ă Paris retrouver son frĂšre, elle est attaquĂ©e par un MentaĂŻ, un type qui possĂšde le mĂȘme don quâelle mais lâutilise pour faire le mal. Et pour le dĂ©faire, elle âinvoqueâ une succession de tissus qui force le MentaĂŻ Ă tailler dedans avec sa lame, de plus en plus fort... pour finalement, profitant du fait quâil frappe en boucle comme un forcenĂ©, invoquer de lâacier contre lequel il brise son sabre, sans pouvoir arrĂȘter son mouvement. Et des scĂšnes un peu ingĂ©nieuses comme ça, il y en a plusieurs ! {/ SPOIL}Â
Je terminerai avec quelques rĂ©flexions concernant lâunivers en lui-mĂȘme, et les quelques incohĂ©rences que jâai pu noter.
Bon, dĂ©jĂ , pour le pinaillage sur les topos :Â
DâoĂč iels parlent français en Gwendalavir, et surtout, dâoĂč iels parlent le mĂȘme français quâen France mĂ©tropolitaine ? Alors oui, je veux bien que les deux mondes Ă©voluent en parallĂšle, mais on nous dit que les personnes qui vont entre les mondes sont rares ! Par ailleurs, on sait que le peuplement de Gwenalavir par les humain.es est antique, puisquâil date dâun peu plus de -1000 avant JĂ©sus-Christ. On va supposer que ce peuplement sâest fait Ă partir de la France, vu que câest le pays avec lequel Autremonde a le plus de lien... Jâai cherchĂ©, et entre -2000 et -1500, la vallĂ©e du RhĂŽne est peuplĂ©e par un ensemble de civilisations dites du RhĂŽne. Alors, je sais pas du tout quelle(s) langue(s) parlaient les Rhodaniens, et je ne trouve rien du tout Ă leur sujet, mais je suis pratiquement sĂ»r quâen 3000 ans, leur langue a plutĂŽt Ă©voluĂ©, et mĂȘme si  le français a pu avoir une influence sur la langue parlĂ©e en Gwendalavir (genre du niveau de la colonisation française du XIXe) les gens devraient au moins avoir un gros accent, des tonnes de mots bizarres issus du dialecte local, ce genre de choses...
Mathieu suit un entrainement minime Ă lâescrime vu que Siam lui apprend deux trois trucs une fois, et il est capable de tenir tĂȘte Ă des pirates... armĂ© dâun sabre ??
Ensuite, le fait que les personnages restent aussi insensibles Ă la mort la premiĂšre fois quâils y sont confrontĂ©s mâa un peu dĂ©rangĂ©.Â
{SPOIL} Lorsque les personnages partent dâAl-Vor, ils sont attaquĂ©s par vingt pillards qui sont occis jusquâau dernier. Et Camille/Ewilan et Salim sâen battent les steaks. Leurs cadavres sont encore lĂ parce quâEdwin ne veut pas perdre de temps Ă les enterrer, et ça ne les choque absolument pas ! Le seul moment oĂč ça semble les choquer un peu (et encore pas longtemps, une journĂ©e), câest quand câest au tour de Hans de mourir - câest la premiĂšre fois quâils perdent lâun de leurs compagnons. Et les fois dâaprĂšs, balec, ça ne les choque plus. Les jeunes, de nos jours, sont complĂštement dĂ©sabusĂ©.es ! {/SPOIL}
Enfin, le fait quâil ne semble y avoir aucune rĂ©glementation sur le dessin. Il est dit quâil est trĂšs dur de crĂ©er un objet uniquement par la magie (le dessin) qui ne disparaisse jamais, mais quâen sâassociant, plusieurs dessinateurices peuvent y arriver. Sâil suffit que plusieurs dessinateurices travaillent ensemble pour crĂ©er des objets Ă©ternels, comment leur Ă©conomie peut-elle tenir ? Comment sâassurer quâil nây ait pas de dĂ©bordements ?
Jâai bien aimĂ© les rĂ©caps de dĂ©but de tomes, qui ne sont pas de simples rĂ©sumĂ©s hors du livre, mais prĂ©sentĂ©s comme un cours dâhistoire dans le futur, mais entre nous, je nâĂ©tais pas super convaincu par la maniĂšre pas trĂšs historienne de raconter du maĂźtre de confĂ©rence :p
Ăa, câest pour les trucs oĂč je cherche la petite bĂȘte. Il y en a dâautres pas trĂšs importants, comme le fait que Salim habite tantĂŽt au onziĂšme Ă©tage, tantĂŽt au dix-septiĂšme sans dĂ©mĂ©nager, mais franchement on sâen fout. Non, ce qui mâa vraiment dĂ©rangĂ©, câest ceci.
{SPOIL} Quand Camille/Ewilan va sur Terre pour voir une seconde fois son frĂšre, elle emmĂšne avec elle Salim et Bjorn qui finissent en prison. Et Salim, pour âjustifier ce que Bjorn faisait avec luiâ, a la lubie dâaffirmer quâil est son kidnappeur ! Parce que apparemment câest moins grave de dire ça que de ne pas avoir dâexplication sur le fait quâil y a un type bizarre sans papiers en garde Ă vue ?! A quel moment ça paraissait ĂȘtre une bonne idĂ©e ? Si Salim nâavait rien dit, les policiers auraient simplement cru Ă un SDF qui perd la boule, et il suffisait quâil affirme ĂȘtre une connaissance de Salim... Je trouvais que câĂ©tait une maniĂšre trĂšs grossiĂšre de crĂ©er un rebondissement qui nâavait pas lieu dâĂȘtre. {/SPOIL}
Je sais que câest un bouquin jeunesse donc ça nâa pas le droit dâĂȘtre trop sĂ©rieux. Et qui a dit ça, dâabord ? Ce livre montre bien quâon peut tout Ă fait cibler un public jeune et ĂȘtre intelligent quand mĂȘme, en tĂ©moignent toutes les rĂ©fĂ©rences Ă tout un tas de trucs variĂ©s comme Kant, la chromatographie, les catacombes de Paris, le cycle arthurien... Et du coup jâaurais bien voulu un peu plus de recul sur le traitement des Tsâliches et des RaĂŻs. Car quand on y pense, ces deux peuples sont les populations indigĂšnes de ce monde, volĂ© par les humain.es. Les Tsâliches ont rĂ©duit les humain.es en esclavage pendant cinq cent ans, entre les Ier et Ve siĂšcles, et ce fait est censĂ© les rendre mĂ©chant.es et condamnables, et justifier leur Ă©radication totale. Mais les humain.es aussi pratiquaient lâesclavage dans leur monde : iels le faisaient avant cette date et ont continuĂ© aprĂšs, sur dâautres humains en plus... Les Tsâliches ont fait des humain.es des esclaves et occasionnellement de la nourriture, mais les humain.es leur ont volĂ© leurs terre, ont pratiquement anĂ©anti leur peuple et leur civilisation, et entreprennent dĂ©sormais leur gĂ©nocide. Quant aux RaĂŻs, iels ont Ă©tĂ© repoussĂ©.es au nord et condamnĂ©.es à vivre dans un endroit si aride et invivable que les personnes qui vivent Ă sa proximitĂ© - les Frontalier.es - sont admirĂ©es.  Les Tsâliches et les RaĂŻs sont-iels vraiment les mĂ©chant.es de lâhistoire ?
Câest Ă peu prĂšs tout ce que jâavais Ă dire. MĂȘme si je rĂąle, câĂ©tait une trĂšs bonne lecture que je recommande aux jeunes personnes et aux plus vieilles : vous passerez un bon moment. Feu Pierre Bottero est pour moi le meilleur auteur jeunesse français des annĂ©es 2000, et les dĂ©fauts qui sont prĂ©sents dans son livres sont en fait trĂšs communs, et surtout outrepassĂ©s par la qualitĂ© gĂ©nĂ©rale de lâoeuvre. Ce livre a Ă©tĂ© pour beaucoup de gens un coup de coeur, et je pense quâil mĂ©rite ce titre.