Je ne sais pas pourquoi jâai mis tant de temps avant de commencer cette trilogieâŠjâavais pourtant aimĂ© Une chanson douceâŠ
Bref, aprĂšs avoir Ă©coutĂ© Leila Slimani au micro de Marie Richeux dans le Bookclub et avoir Ă©tĂ© Ă©blouie par son intelligence, la justesse et la finesse de ses propos (ainsi que par son Ă©locution extraordinairement spĂ©ciale et agrĂ©able), je nâai pu que me prĂ©cipiter sur le volume un.
Jâai beaucoup aimĂ©. Câest trĂšs intĂ©ressant au niveau historique, notamment parce que ça mâĂ©claire sur une partie de lâhistoire de ma famille personnelle⊠mon pĂšre lui aussi a eu une grand-mĂšre alsacienne⊠sauf que lui Ă©tait fils de colons, en AlgĂ©rie, alors que la famille de Leila Slimani est principalement marocaine. DiffĂ©rence essentielle Ă©videmment, mais qui, bizarrement, mâa fait ressentir une forme de familiaritĂ© avec les thĂšmes et ambiances rapportĂ©s.
On suit donc lâarrivĂ©e de Mathilde, jeune femme effrontĂ©e amoureuse de son soldat marocain, qui le suit dans son bled, dans les montagnes rocailleuses et isolĂ©es dâun pays colonisĂ©, dĂ©chirĂ©. La famille se construit de maniĂšre bancale, avec un mari souple niveau religion (leurs enfants vont Ă lâĂ©cole catholique) mais bien structurĂ© par une sociĂ©tĂ© patriarcale. On est dans les annĂ©es 40, dĂ©but 50. Pour les femmes, ça rigole moyen. Le portrait de la famille est cependant trĂšs nuancĂ© et fin. Pas de caractĂšres outranciers et caricaturaux. La famille est composite et complexe. La petite AĂŻcha, premiĂšre nĂ©e du couple, est extraordinaire, fine, vive, torturĂ©e, mystique, Ă©prise de libertĂ© et effrayĂ©e par tout (inspirĂ©e par la mĂšre de Leila Slimani si jâai bien compris). Elle grandit en observant ses parents qui sâaiment mais se blessent, parfois gravement. On apprendra Ă connaĂźtre la mĂšre du mari, son frĂšre, sa sĆur. La dure vie des paysans des montagnes. Les moments de joie arrachĂ©s Ă un quotidien austĂšre et sĂ©vĂšre.
Le livre se finit en 56, au moment oĂč le Maroc rĂ©cupĂšre son indĂ©pendance, dans un grand fracas qui secoue tout le monde et Ă©videmment la Mathilde française, piĂšce rapportĂ©e considĂ©rĂ©e avec rancune. Je lirai avec plaisir la suite.



















