"Ce terme traditionnel "vertus militaires" est Ă©videmment trompeur puisque toutes les vertus dĂ©ployĂ©es dans la guerre trouvent Ă©galement un champ dâaction illimitĂ© dans dâautres formes de rencontres et de relations humaines, tandis que, par ailleurs, la prĂ©sence de ces vertus chez les soldats sâest malheureusement souvent rĂ©vĂ©lĂ©e compatible avec la cruautĂ©, la rapacitĂ© et une foule dâautres vices. Dans un concours de vertu entre le guerrier employant la violence et le saint qui y renonce, le saint emporterait aujourdâhui une victoire morale qui porterait demain des fruits concrets. Mais malheureusement, les hĂ©ros du drame qui oppose le pacifisme et la guerre ne sont pas un guerrier et un saint tous deux revĂȘtus de la mĂȘme armure de vertu, ce sont le guerrier qui, vertueux ou non, a le courage de risquer sa vie et son intĂ©gritĂ©, et le mortel ordinaire qui recule devant la peine et le danger. Or, ainsi que nous lâavons dĂ©couvert pour nous-mĂȘmes en 1939 et en 1940, il vaudrait mieux que le personnage pusillanime qui est poussĂ© Ă se dĂ©rober devant la guerre, non par lâhorreur de commettre un pĂ©chĂ©, mais par lâinfirmitĂ© commune de la nature humaine, sâefforce au moins de sâĂ©lever jusquâau niveau du guerrier sâil sait que lâattitude du saint lui est interdite."
Arnold J. Toynbee, Guerre et civilisation, trad. Albert Colnat, 1951.












