Ma main droiteâŠelle est bloquĂ©eâŠ
Une douleur vive me saisie au creux de celle-ci. Mes yeux restent clos. Les ouvrir me semble une immense peine. Le vent souffle Ă en rabattre mes longs cheveux sur ma nuque, jâesquisse un lĂ©ger frisson lorsque sur mon front des perles humides et froides dĂ©ferlent.
Un bruit sourd et mĂ©tallique claque. Un cri mâĂ©chappeâŠUne sensation de froid se fait ressentir au centre de ma main gauche. Mes yeux si lourds auparavant sont dĂ©sormais Ă©carquillĂ©s. Jâincline lĂ©gĂšrement la tĂȘte sur le cĂŽtĂ© et aperçois tout prĂšs une masse sombre aux cheveux crĂ©pus; vĂȘtu dâun maillot de football bleu foncĂ©, lâhomme tient fermement en main un imposant marteau. Il frappe sur un Ă©pais clou; sec, prĂ©cis, efficace, chaque coup pĂ©nĂštre un peu plus ma chair, Ă©clate un peu plus mes os. Ce fier ouvrier met du cĆur Ă son ouvrage.
Le mĂȘme bruit sourd se rĂ©pĂšte, mĂȘme sensation de froid, mĂȘme douleurâŠMa tĂȘte roule doucement vers le bas. Une nouvelle silhouette fait son apparition, agenouillĂ©e et vĂȘtue dâune longue piĂšce dâĂ©toffe blanche partant des Ă©paules jusquâĂ des chevilles nues. Cet homme dont le menton est chaussĂ© dâune grande barbe drue, manie dâune comme son comparse avec dextĂ©ritĂ© lâoutil mortifĂšre. Minutieux, cet orfĂšvre prend son temps pour fixer mes deux pieds sur mon Ă©paisse colonne vertĂ©brale de bois. Cette dĂ©licate tĂąche achevĂ©e, il entour mes chevilles dâune corde robuste.
Je relĂšve ma lourde tĂȘte et tombe nez Ă nez avec une majestueuse bĂątisse dont les deux colonnes verticales en pierre sâĂ©lancent vers les cieux, mon regard se pose sur cette rosace; Ă©picentre divin, abritant la Vierge aux deux enfants, je reconnais Notre-Dame. Sa façade est recouverte de banderoles gĂ©antes Ă lâĂ©criture blanche et exotique sur fond noir.
Tous ces mouvements de crĂąne mâont Ă©puisĂ©s, ce corps mâabandonne lentement, mon sang suinte sur le parvis depuis mes nouveaux orifices. Le jour faibli. Mon esprit aussi. Quel jour sommes-nous? A cette question je revois lâimage de Marie, dĂ©chirant de ses petites mains lâemballage des cadeaux posĂ©s au pied de notre crĂšche miniature.
La douleurâŠLa rĂ©alitĂ©âŠ
Je suis en croix en ce jour Saint. Cette vie dĂ©sormais accomplie me quitte peu Ă peu. Je ne peux rĂȘver mieux pour achever mon destin, que de mourir dans lâimitation du Seigneur. Tout ceci grĂące Ă mes deux anges, sâĂ©loignant de leur Ćuvre fignolĂ©e, marteaux et bras ballants, vers dâautres Ăąmes Ă libĂ©rer.
Je rassemble mon peu de salive; salĂ©e par le sang, pour leur crier : âMerciâ.