"Dans une civilisation basĂ©e sur le livre, les hommes de loi sont en gĂ©nĂ©ral des gens cultivĂ©s, attachĂ©s Ă la raison et qui ont un art impressionnant de dĂ©velopper leurs arguments. On oublie souvent, dans lâhistoire de lâAmĂ©rique aux XVIIIe et XIXe siĂšcles, que la profession juridique reprĂ©sentait "une sorte de corps privilĂ©giĂ© dans le domaine de lâintellect", comme le remarqua Tocqueville [âŠ] Ils aspiraient Ă sauver la civilisation amĂ©ricaine en "crĂ©ant une rationalitĂ© pour la loi". Pour atteindre un tel idĂ©al ils estimaient quâil ne suffisait pas que les futurs hommes de loi apprennent le droit mais quâils devaient aussi sâĂ©largir lâesprit. Le cĂ©lĂšbre professeur de droit jacob Tyson soutenait quâun homme de loi devait bien connaĂźtre les Ćuvres de SĂ©nĂšque, de CicĂ©ron et de Platon. Georges Sharswood, prĂ©voyant peut-ĂȘtre la dĂ©gradation de lâenseignement du droit au XXe siĂšcle, observait en 1854 que celui qui lisait exclusivement du droit sâappauvrissait lâesprit et que "prisonnier des technicitĂ©s qui lui Ă©taient devenues si familiĂšres, il Ă©tait incapable dâavoir une vision large et comprĂ©hensive mĂȘme sur des sujets qui Ă©taient de son rayon"."
Neil Postman, Se distraire à en mourir, trad. ThérÚsa Chérisey, 1985.









