Les herbiers câest faire pousser des fleurs entre les pages des livres quâon ne lit pas. Des mauvaises herbes sur des idĂ©es qui sâennuient. Il aurait fallu, pour « bien faire », ajouter un sommaire, avec des entrĂ©es et une pagination ; mais elle nâest pas une enfant ordonnĂ©e. Marguerite, jasmin, capucine, violette, sĂšchent entre les pages de son encyclopĂ©die qui prend la poussiĂšre, qui prend les Ăąges â comme pour sâabreuver de lâeau des fleurs fanĂ©es. Elle colle des pensĂ©es et des boutons dâor au hasard, les dĂ©range avec des mots savants. Les livres endormis parlent des choses, certes, mais racontent aussi les arbres, les roches, les insectes, les Ă©toiles, et tous les pays du monde. Les fleurs palpitent entre ses mots, ce sont des poĂšmes qui ouvrent des portes, et les portes ne se referment jamais. Elle vit au milieu des courants dâair ; dans sa tĂȘte toute la forĂȘt sâest allongĂ©e, avec ses sentiers et ses crĂ©atures, plongĂ©e dans lâencre, entre les pages dâun herbier Ă la taille du monde.