"Mais il est rare quâun cĆur modeste abrite une vaste culture et souvent la discorde est grande qui oppose la langue Ă lâesprit, la thĂ©orie Ă la pratique. Or je parle de ceux qui, plus encombrĂ©s par le harnachement que par lâornement de la culture, ont mĂȘlĂ© une chose si belle, le savoir, Ă un rĂ©gime de vie si honteux, avec une si grande vanitĂ© dâesprit quâil eĂ»t Ă©tĂ© de loin prĂ©fĂ©rable quâils nâeussent jamais vu une Ă©cole de leur vie. Je parle des gens qui, Ă lâĂ©cole, nâont appris quâune seule chose : Ă sâenorgueillir et, toute confiance placĂ©e en la culture, Ă ĂȘtre plus inanes que tous les autres hommes ; de ceux qui, brandissant au coin des rues leur Aristote (qui aspirerait volontiers Ă la tranquillitĂ©), passent en rangs serrĂ©s devant la foule bĂ©ate dâadmiration ; de ceux aussi qui, dispersĂ©s Ă travers les quartiers de la ville et sous les portiques, comptent les tours, les chevaux et les quadriges ; et de ceux qui mesurent la grandeur des places et des murailles et qui se figent, bouche bĂ©e, devant une parure de femme, le plus Ă©phĂ©mĂšre et le plus vain des objets !"
Pétrarque, La Vie solitaire, trad. Pierre Maréchaux, 1346.