Féministes contre le cyberharcÚlement incite à une grÚve féministe totale : y compris numérique !
Nous nous rallions Ă lâappel Ă la grĂšve du travail, des tĂąches domestiques et de la consommation, mondes qui sâeffondreraient sans le soutien et le labeur des femmes. Il en va de mĂȘme pour les plateformes de rĂ©seaux sociaux et les gĂ©ants du numĂ©rique. De trop nombreux espaces en ligne permettent une violence sans limite contre les femmes et les filles, sans que ne soient prises par leurs concepteurs de vĂ©ritables mesures pour y remĂ©dier. Beaucoup dâoutils prĂ©sentĂ©s comme des technologies de rupture sont principalement utilisĂ©s pour perpĂ©tuer un continuum dâoppression millĂ©naire. Pourquoi participer Ă ce cirque en enrichissant ceux-lĂ mĂȘmes qui nous mĂ©prisent ?
La grĂšve numĂ©rique pour ne plus soutenir lâextrĂȘme-droite
Elon Musk, Sam Altman, Peter Thiel, Greg Brockman... La liste de dirigeants qui profitent des milliards que gĂ©nĂšrent leurs entreprises pour soutenir une extrĂȘme droite rĂ©actionnaire et misogyne est bien trop longue. Soutien politique assumĂ©, donations de dizaines de millions de dollars au mouvement MAGA, collaboration Ă©conomique calculĂ©e : autant de manigances qui rĂ©sultent en une dĂ©rĂ©gulation totale des discours de haine misogynes en ligne, la prolifĂ©ration en toute impunitĂ© des cyberviolences sexistes et sexuelles, et une dĂ©sinformation genrĂ©e qui alimente les discours masculinistes les plus crasses. La diffusion de ces Ă©lĂ©ments de langage alimente des actes de violence hors-ligne et engendre des impacts politiques bien rĂ©els. Des discussions sur le retrait du droit de vote aux femmes, dâabord cantonnĂ©es Ă X, ont Ă©tĂ© matĂ©rialisĂ©es lâannĂ©e suivante sous la forme du projet de loi SAVE qui bloquerait des millions de citoyennes Ă©tats-uniennes Ă lâentrĂ©e des urnes.Â
Parce quâabroger le droit Ă lâavortement, inscrire la discrimination des personnes transgenres dans la loi et Ă©roder la protection sociale â dont bĂ©nĂ©ficient majoritairement les femmes dans le pays â nâĂ©tait pas assez, le projet est dĂ©sormais dâimporter ces rĂ©formes en Europe. Rappelons quâElon Musk a utilisĂ© sa plateforme pour mettre en avant Alice Weidel, leader de lâextrĂȘme droite en Allemagne en 2025, et que selon une analyse dâArago, le rĂ©seau social favoriserait la candidature de lâeurodĂ©putĂ©e de ReconquĂȘte, Sarah Knafo, aux Ă©lections municipales. Ce mouvement dâextrĂȘme droite Ă©tant le plus alignĂ© sur les positions Ă©tats-uniennes.
Ne plus soutenir Ă©conomiquement les violences basĂ©es sur le genreÂ
ParamĂštres protecteurs par dĂ©faut, politiques de dĂ©samplification, retraits prĂ©ventifs de contenus signalĂ©s comme contenus intimes diffusĂ©s sans consentement, modĂ©ration humaine Ă hauteur des besoins, interopĂ©rabilitĂ© des procĂ©dures de signalements⊠sont autant de solutions techniques accessibles et rĂ©alisables que ces plateformes refusent de mettre en place alors quâelles sont nĂ©cessaires Ă la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants en ligne et revendiquĂ©es depuis plus dâune dĂ©cennie par les associations fĂ©ministes. La course aux profits gĂ©nĂ©rĂ©s par la viralitĂ© des contenus, lâengagement et lâattention des internautes est manifestement plus importante que la sĂ»retĂ© des utilisatrices.Â
Il en va de mĂȘme pour lâintelligence artificielle, notamment gĂ©nĂ©rative. Ces technologies sont sans cesse dĂ©tournĂ©es Ă des fins misogynes, que ce soit pour dĂ©sinformer, harceler ou pour gĂ©nĂ©rer en masse des deepfakes Ă caractĂšre sexuel, qui ciblent mĂȘme des mineures. Ces violences ne sont pas inhĂ©rentes Ă lâIA : ce sont des hommes, qui derriĂšre leurs Ă©crans, dĂ©tournent ces outils, et ce avec une facilitĂ© dĂ©concertante. Des hommes, encore, qui gĂ©nĂšrent des profits gigantesques en les laissant prolifĂ©rer. Ici aussi, des garde-fous auraient dĂ» ĂȘtre mis en place : par contrainte lĂ©gale (lâIA Act ne fait pourtant aucune mention de genre) et par bon sens (ici encore, les dĂ©veloppeurs nĂ©gligent la protection des femmes et des filles en ligne).
Nous pouvons cesser dâalimenter le modĂšle Ă©conomique de plateformes et de logiciels qui encouragent et banalisent des violations aussi graves de nos droits. Â
Ne plus soutenir la surveillance de masse : un enjeu féministe
Les donnĂ©es collectĂ©es sur les sites Internet et tout outil numĂ©rique valent de lâor : elles sont par la suite revendues Ă dâautres acteurs, utilisĂ©es pour entraĂźner des algorithmes et des agents conversationnels, parfois mĂȘme des outils de reconnaissance faciale ou de profilage...Â
Quitter ces plateformes est un enjeu fĂ©ministe.Â
Refusons collectivement dâenrichir des corporations et des individus qui bafouent activement les droits des femmes, des filles et des minoritĂ©s dâorientation sexuelle et de genre.Â
Refusons dâalimenter la collecte et la revente de nos donnĂ©es via des outils qui ne respectent pas notre vie privĂ©e. Et cela inclut les plateformes de messagerie instantanĂ©e. Rappelons que Discord a trĂšs rĂ©cemment tentĂ© dâimposer la vĂ©rification de lâĂąge via lâoutil de vĂ©rification dâidentitĂ© Persona, avant de reculer aprĂšs la dĂ©couverte que prĂšs de 2 500 fichiers de Persona Ă©taient publiquement consultables sur un point d'accĂšs du gouvernement Ă©tats-unien, alors que le logiciel effectue 269 vĂ©rifications distinctes, dont la comparaison de donnĂ©es biomĂ©triques Ă celles appartenant Ă des des personnes figurant sur les listes de surveillance ou considĂ©rĂ©es comme politiquement exposĂ©es par exempleâŠÂ
La tendance sĂ©curitaire et liberticide qui voudrait faire des contrĂŽles dâidentitĂ© en ligne la solution miracle aux violences faites aux femmes et aux filles est dangereuse. Les libertĂ©s publiques et le droit Ă la vie privĂ©e sont des valeurs fĂ©ministes. Face Ă la montĂ©e du fascisme partout dans le monde, il nâest pas inconcevable que continuer de porter un discours fĂ©ministe puisse un jour faire de nous des âpersonnes politiquement exposĂ©esâ.Â
Ne plus soutenir lâhĂ©gĂ©monie culturelle
LâopacitĂ© (permissive) des algorithmes de recommandation est mise en cause de par son mĂ©canisme addictif, mais aussi le pouvoir quâelle confĂšre Ă ceux qui les rĂ©digent. Comment sâassurer que les contenus qui nous sont proposĂ©s soient purement basĂ©s sur nos likes et follows ? Cette question est dâautant plus lĂ©gitime que des suspicions de censure ou de shadow-bans (limite la visibilitĂ© des posts) visant les contenus anti-ICE ou anti-Trump sâĂ©lĂšvent contre TikTok USDS, ou que des phĂ©nomĂšnes similaires ont Ă©tĂ© constatĂ© en Europe sur les contenus pro-palestiniens sur TikTok, Instagram et Facebook.Â
Des crĂ©atrices de contenus voient ainsi leurs contenus fĂ©ministes invisibilisĂ©s par cette modĂ©ration abusive. En janvier 2025, Instagram avait mĂȘme reconnu avoir restreint la visibilitĂ© de contenu LGBTIQ+ en les classant automatiquement comme « contenu sensible ». A cette censure subie, sâajoute lâauto-censure afin dâattĂ©nuer le risque de potentielles cyberviolences.Â
Cette tendance est dâautant plus inquiĂ©tante que les contenus misogynes, masculinistes ou rĂ©actionnaires ne le sont pas. Pire, des acteurs anti droits entendent profiter de ce manque de modĂ©ration pour saturer l'espace numĂ©rique de contenus idĂ©ologiques - comme Pierre-Edouard StĂ©rin avec le rachat du mĂ©dia en ligne Le Crayon.
Quâattendons-nous pour investir dâautres espaces ?Â
Quitter X pour : BlueSky ou MastodonÂ
Quitter ChatGPT pour : Euria ou LumoÂ
Quitter Discors pour : Mattermost et MatrixÂ
Quitter WhatsApp pour : SignalÂ
Enfin, nous regrettons lâinaction des personnalitĂ©s politiques sur ces sujets, sabotant ainsi les campagnes de migration de X vers dâautres plateformes dĂ©centralisĂ©es, open-source et soucieuses de protĂ©ger les donnĂ©es de leurs internautes.Â
LâĂ©cosystĂšme de lâinformation politique nâa plus aucune raison dâĂȘtre restreint Ă une plateforme Ă©tats-unienne, gĂ©rĂ©e par un rĂ©actionnaire notoire qui ne respecte pas les lois europĂ©ennes.Â
Ce communiquĂ© marque le dĂ©but dâune campagne pour une grĂšve numĂ©rique fĂ©ministe en continuation du 8 mars. Nous pouvons quitter ces espaces qui nous exposent Ă des violences, de la haine et de la dĂ©sinformation. Nous pouvons dire Ă Big Tech : « On se lĂšve et on se casse ».
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