YPG, YPJ, UPK, PDK, Gorran... ou sans idée politique, peu importe. Ce sont toujours des Kurdes qui sont attaqués, en Turquie, en Iran, en Irak ou en Syrie. Les Kurdes qui se sentent trahis, aujourd’hui en Syrie, alors qu’ils n’ont eu de cesse, ces dernières années, de se battre pour les valeurs liberté, égalité, fraternité, laïcité chères à la France. Les Kurdes qui ont payé le prix du sang sur leur propre terre pour que l’obscurantisme n’étende pas sa toile funeste sur le monde. Des Kurdes qui ont donc vaincu l’hydre jihadiste. Mais des Kurdes bien seuls, aujourd’hui, face à l’armée turque qui avance sur une terre qui n’est pas la sienne.
Alors oui, certes, les Kurdes sont divers politiquement. Ils aiment parfois se détester les uns les autres, poussés par des Etats passés maitre dans l’art de tirer les ficelles pour mieux les diviser. Ainsi, certains rigolaient sous cape lorsque les Américains, et les Européens dans la foulée, ont laissé tomber les Kurdes irakiens après leur référendum sur l’autonomie du Kurdistan irakien, fin septembre 2017. Sur les réseaux sociaux, on moquait ce succès dans les urnes (plus de 92% des suffrages favorables à l’ouverture de discussions sur l’indépendance) transformé en échec politico-militaire par Bagdad. Personne alors, dans les grandes chancelleries, n’a bougé le petit doigt quand l’armée irakienne a repris Kirkouk et une bonne partie des territoires disputés avec Erbil. On s’est à peine offusqué de l’embargo qui frappait le Kurdistan et de la fermeture de ses deux aéroports. Pensez, il fallait fêter l’échec du clan Barzani, pas très bon stratège au demeurant dans cette affaire !
Mais pendant ce temps, en face, d’autres en ont profité pour faire mettre un genou à terre à la région autonome du Kurdistan. Il fallait reprendre l’arabisation de terres majoritairement kurdes, avec une différence par rapport aux années 80 : il y a 30 ans, Bagdad envoyait des arabes sunnites à Kirkouk. Cette fois-ci, ce sont les milices chiites qui se sont chargées du travail.
Il y a deux ans, je mettais en garde les goguenards... Aujourd’hui, ce sont les Kurdes irakiens qui sont abandonnés par les grandes puissances. Demain, ce seront les Kurdes de Syrie. La différence entre les deux? Il a tout simplement fallu un peu plus de temps pour vaincre Daesh en Syrie qu’en Irak.
Les Kurdes se sont battus pour la fraternité entre les peuples, pour l’égalité hommes femmes... Qu’ont gagné ces gens fiers mais bien trop naïfs dans l’aventure? Des remerciements polis vite oubliés quand les capitales régionales se sont senties autorisées de rabaisser le caquet de ces Kurdes décidément bien trop épris de liberté pour la région.
Alors franchement, de Kirkouk à Kobané, peu importe la couleur des drapeaux, peu importe les idéologies... Les sigles ne sont que des prétextes pour les adversaires des Kurdes avant tout attaqués parce qu’ils sont Kurdes, comme en atteste le nombre des victimes majoritairement civiles.
Rappelez-vous les abandons successifs... Par les Anglais et les Français en 1923, par l’URSS à Mahabad (Kurdistan iranien) en 1946, par les Américains en 1975, pendant la guerre Iran Irak, mais aussi en 1991 et en 2017 en Irak... ils ont systématiquement été suivis par le massacre de Kurdes. Et il en est de même aujourd’hui au Kurdistan syrien. Que ce soit à cause des Etats irakiens, iraniens ou turcs, à chaque fois l’objectif est le même : repousser les Kurdes, et si possible les remplacer par des Arabes ou des Turkmènes.
Les Kurdes n’ont-ils pas réussi à maintenir une paix relative sur leur terre après la défaite de Daesh? Si. Cette paix est-elle aujourd’hui mise à mal par les bombes turques? Oui. Les 12.000 combattants jihadistes tombés entre les mains des forces démocratiques syriennes dont font partie les Kurdes ont-ils des chances de s’évader dans un tel chaos? C’est possible, oui!
Alors, qu’attendent les Kurdes pour faire cesser leurs querelles internes et parler d’une seule voix. Qu’attendent les pays occidentaux pour faire cesser l’injustice qui frappe ce peuple depuis des millénaires? Un peuple qui n’aspire qu’à la paix et à vivre libre.