GRÈCE | De Solférino au dossier grec, François Hollande l’éternel “homme de la synthèse”
EUROPE | Par Florian LEFEBVRE 12.07.2015 à 23h36 • Mis à jour le 13.07.2015 à 13h31
Conseils restreints à l’Elysée, sommets européens, sommet de la zone euro, entretiens téléphoniques avec le premier ministre grec et la chancelière allemande ... le chef de l’Etat est à la manœuvre pour tenter de sceller le sort de la Grèce.
Depuis plus d’une semaine François Hollande a pris le dossier à bras le corps. Entre Paris et Bruxelles, le président français répète son rôle de “facilitateur” des relations entre Athènes, Bruxelles et Berlin, et revêt son habit d’homme de la synthèse” voire, pour certains, de “grand frère européen” d’Alexis Tsipras. Ce rôle, il le connait bien, cet art d’éviter les conflits il l’a pratiqué lorsqu’il était le numéro un du Parti Socialiste allant jusqu’à incarner cette “gauche molle” décriée par Martine Aubry pendant les primaires de 2011.
A l’Elysée on martèle les mots d’ordre “tout faire jusqu’au bout pour éviter un grexit” et “responsabilité, solidarité et rapidité” comme les leitmotivs de la position de la France sur le dossier grec. En effet la partie est loin d’être gagnée, d’une part, sur le front des négociations avec la Grèce allant de Charybde en Scylla entre réformes législatives de profondeur, “grexit” provisoire ou fonds au Luxembourg, d’autre part, sur les dissensions entre le président Hollande et la chancelière Merkel. A leur arrivée à Bruxelles ce dimanche 12 juillet pour un énième Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro, le couple franco-allemand a laissé paraître sa ligne de fracture, Angela Merkel pour qui "Il n'y aura pas d'accord à n'importe quel prix (...) la valeur la plus importante, à savoir la confiance et la fiabilité, a été perdue" alors que François Hollande a réaffirmé que la Grèce devait rester au sein de la zone euro :
"L'enjeu c'est savoir si la Grèce sera demain dans la zone euro, l'enjeu c'est l'Europe" (...) "Il n'y a pas de “Grexit” provisoire ou pas (...) il y a la Grèce dans la zone euro ou plus la Grèce dans la zone euro, mais à ce moment-là c'est une Europe qui recule et cela je n'en veux pas"
Les dix-neuf dirigeants européens se sont enfermés dans la grande salle des négociations du Justus Lipsius (Bâtiment du conseil européen où s’est tenu le Sommet de la zone euro) en fin d’après midi ce dimanche, pour n’en sortir que le lendemain matin. En tout dix-sept heures d’âpres négociations entrecoupées d’interruptions de séances pour des apartés entre François Hollande, Angela Merkel, le Premier ministre grec et le président du Conseil Européen, Donald Tusk. Un véritable numéro d’équilibriste pour le dirigeant français pour tenter de rallier son homologue allemande et de faire plier Alexis Tsipras. Martin Schulz, le président du Parlement européen, parlait, fort à propos, le matin même, de “négociations ad kalendas graecas”, ce fut bien le cas.
En toute fin de nuit des informations filtrent par des officiels européens venus rassasier des journalistes de l’Europe entière restés dans l’expectative d’un éventuel accord. On apprend que deux propositions de l’Eurogroupe qui s’était réuni plus tôt dans la journée ne font pas l’unanimité, à savoir la supervision par le Fond Monétaire International et la mise en place d’un fonds de privatisation basé au Luxembourg pour gérer les actifs grecs.
Au terme d’une dernière réunion entre les quatre principaux protagonistes du dossier grec, on apprend qu’un brouillon de compromis a été mis par écrit. L’hypothèse d’une sortie de la Grèce semble s’éloigner.
Il est 8 heures 55 lorsque l’on aperçoit la fumée blanche au dessus de Bruxelles. ”Le sommet de la zone euro a conclu un accord à l’unanimité” confirme alors dans un tweet, le président du Conseil Européen.
Il fait jour sur Bruxelles quand les chefs d’Etat et de gouvernement prennent la parole pour donner des conférences de presse. François Hollande prend la parole, l’air grave, pour saluer “une décision historique” de l’Union Européenne et le choix “courageux” d’Alexis Tsipras
"Le rôle de la France a été de rapprocher les positions, protéger le peuple grec et de protéger la zone euro" (...) "L’Intérêt de la France ne se dissocie pas de l’intérêt de l'Europe. La France a un rôle particulier à jouer" (...) "il fallait garder ce rapport franco allemand qui est nécessaire pour parvenir à un accord"
Et d’ajouter que “l’Assemblée Nationale se réunira mercredi pour qu'il puisse y avoir un vote sur ce qui a été décidé" avant de conclure “ça a été une bonne nuit pour l’Europe et un bon jour”.
De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel, adopte un ton plus sec envers Athènes rappelant que le chemin serait “long” et “difficile” pour que la Grèce retrouve le chemin de la croissance, elle a également affirmé pouvoir recommander à son Parlement "avec entière confiance" l'ouverture des discussions sur une aide à la Grèce.
Enfin le premier ministre Alexis Tsipras s’est aussi exprimé à l’issue de ce sommet de la zone euro déclarant que “l'accord est difficile. Nous avons obtenu que la renégociation de la dette soit sur la table. Le Grexit appartient au passé. Nous avons lutté dur pour obtenir la meilleure solution possible” et ne manquant de rappeler que "La Grèce doit continuer à se battre contre l'oligarchie qui l'a plongée dans cette situation."
En clair cet accord prévoit que la Grèce pourra bénéficier d’un nouveau plan d'aide européen, d'un montant estimé à plus de 80 milliards d'euros. En échange, Athènes s'est engagé à mettre en œuvre un certain nombre de mesures drastiques pour réaliser des économies. Une première série d’actions prioritaires devra être adoptée d'ici à mercredi. Un fonds chargé de privatiser une partie des actifs grecs, à hauteur de 50 milliards d'euros, sera également mis en place en Grèce. Enfin un certain nombre de Parlements européens doivent accepter ou rejeter cet accord, ce qui pourrait prendre plusieurs semaines. D'ici là, un nouvel Eurogroupe prévu lundi après-midi pourrait débloquer une aide d'urgence pour Athènes afin qu’elle puisse rembourser l’un de ses créanciers, la Banque Centrale Européenne (BCE) avant la date butoir du 20 juillet.
François Hollande, le médiateur, aura finalement évité la déconvenue d’un “grexit” et à l’Elysée on se réjouit déjà d’un “effet Grèce”. Le président est apparu comme la pièce maîtresse du bras de fer entre l’intransigeance de Berlin et l’impétuosité d’Athènes.