SYNTHĂSE | Au fil du 77e CongrĂšs du PS Ă Poitiers
POLITIQUE | Par Florian LEFEBVRE âą 08.06.2015 Ă 10h17 âą Mis Ă jour le 09.06.2015 Ă 13h23
Le congrĂšs du Parti Socialiste, 77e du nom, aura animĂ© Poitiers, lâun des derniers bastion de la gauche, pendant trois jours. Le petit théùtre socialiste rĂ©uni, au Parc des Expositions de la ville, a vu cohabiter les cadres du parti, des ministres du gouvernement, des militants et sympathisants de gauche et se succĂ©der, Ă la tribune, les signataires des diffĂ©rentes motions et les tauliers socialistes se lançant dans des logorrhĂ©es qui ne feront pas date dans lâhistoire du parti.
Un congrĂšs sans grand enjeu aprĂšs lâadoption de la motion A dite âmajoritaireâ de Jean-Christophe CambadĂ©lis Ă 60%, sinon celui de rassembler la famille socialiste divisĂ©e entre les majoritaires âsociaux-libĂ©rauxâ et lâaile gauche incarnĂ©e par les âfrondeursâ. Le marathon socialiste entamĂ© vendredi matin, officiellement ouvert Ă 14h30, a pris fin ce dimanche 7 juin Ă la mi-journĂ©e aprĂšs le traditionnel discours de clĂŽture du premier secrĂ©taire nouvellement Ă©lu par les militants.Â
Câest Martine Aubry, qui, la premiĂšre, est arrivĂ©e Ă Poitiers en ce vendredi matin, sans faire de commentaire et la maire de Lille, sâest empressĂ©e de rejoindre la table de sa âfĂ©dĂ© 59âł oĂč lâattendaient les dirigeants socialistes du Nord, parmi eux Patrick Kanner, lâactuel ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, qui brigue la prĂ©sidence de cette fĂ©dĂ©ration du Nord. Câest elle, Martine Aubry, figure emblĂ©matique de la gauche, par qui les remous pouvaient arriver, qui a pliĂ© lâenjeu de cette rĂ©union socialiste au sommet aprĂšs son ralliement Ă la motion A dĂ©fendue par le premier secrĂ©taire et soutenue par le gouvernement.Â
Peu aprĂšs câest le premier ministre Manuel Valls qui fait son entrĂ©e dans la salle des congressistes, lui qui a prĂ©vu Ă son agenda dâoccuper le terrain pendant les presque 72 heures de congrĂšs, interrompant dâailleurs le premier orateur de premier plan de la matinĂ©e de samedi, Claude Bartolone, le prĂ©sident de lâAssemblĂ©e Nationale, venu Ă la tribune demander aux socialistes que Poitiers serve Ă dire ce quâils âveulent faire de ce deuxiĂšme temps du quinquennatâ.
Puis câest Christian Paul, frondeur de la premiĂšre heure et premier signataire de la motion B (âA Gauche Pour Gagnerâ) qui a pris la parole devant un parterre de socialistes peu acquis Ă sa cause et a qui il a adressĂ© quelques piques acĂ©rĂ©es. Le dĂ©putĂ© de la NiĂšvre ne sâest pas privĂ© de taper sur sa famille politique insistant sur le fait que âles Français ne veulent plus dâĂ©carts entre les discours et les actesâ et lançant ânotre parti est en danger, le peuple de gauche a dĂ©crochĂ©â . Le frondeur a taclĂ© Ă©galement la volontĂ© rĂ©formatrice du gouvernement Valls pour qui âderriĂšre l'Ă©tendard des rĂ©formes, il y a parfois de vraies rĂ©gressionsâ. Il nâa pas manquĂ© de sâattaquer Ă lâun des textes importants du calendrier parlementaire, la Loi Macron, adoptĂ© en premiĂšre lecture avec lâarme du â49-3âł en fĂ©vrier dernier et qui doit repasser devant le Parlement Ă partir du 08 juin en seconde lecture oĂč plane encore la menace dâun recours Ă ce mĂȘme article de la Constitution, Paul a averti : âutiliser Ă nouveau le 49-3 serait nier les dĂ©clarations de congrĂšsâ. Il est aussi attentif, Christian Paul, Ă ce quâil se passe en Espagne oĂč le mouvement de la gauche radicale Podemos ! prend de lâampleur et ,des rĂȘves plein la tĂȘte pour la âprochaine gaucheâ, le socialiste a lancĂ© âlorsque la gauche se rassemble sur un programme de gauche, elle bat la droiteâ .La droite et son extrĂȘme ont aussi essuyĂ© les coups de lâorateur qui a vu âcomment les annĂ©es Sarkozy avaient partout distillĂ© lâindividualisme, la division et la haineâ et âla progression du national-populisme dans les regards, les tĂȘtes et les urnesâ. En bref, un discours offensif mais finalement sans grand danger pour lâunitĂ© du parti, le frondeur a rangĂ© les armes. Une unitĂ© cependant fragile car les frondeurs nâont pas signĂ© une âAdresse au peuple de Franceâ qu'a lu le premier secrĂ©taire, Jean-Christophe CambadĂ©lis pour clĂŽturer ce congrĂšs.
A lâissue de ces quarante minutes de discours, câest une figure attendue Ă Poitiers qui est montĂ©e Ă la tribune. Il est exactement 12h14 lorsque le premier ministre se pose devant son pupitre. Il prend peu de risque Manuel Valls portĂ© par le calme de Martine Aubry, aprĂšs quâelle sâest rangĂ©e du cĂŽtĂ© de la motion majoritaire, et par une aile gauche minoritaire. Usant dâun ton martial pour convaincre que les rĂ©formes engagĂ©es sâinscrivent dans une politique de gauche, pour tacler le patronat ou cogner sur Nicolas Sarkozy, plus calme pour rendre hommage Ă François Hollande, caresser le PS et la gauche et louer lâEducation. Il lâa affirmĂ© dĂšs le dĂ©but de son discours : "Nous devons continuer Ă rĂ©former. Il nây aura pas de pause (âŠ) Nous allons rĂ©ussir !â et dâajouter âNous rĂ©formons, nous agissons, cela ne portera ses fruits que grĂące Ă un dialogue social renforcĂ©â; il a aussi Ă©voquĂ© son souhait dâengager le prĂ©lĂšvement Ă la source de lâimpĂŽt sur le revenu. Face aux socialistes, le locataire de Matignon recadre, cette fois-ci, les patrons en attendant dâeux âquâils tiennent leurs engagements !â et il avertit âchacun prendra ses responsabilitĂ©s, et le Gouvernement prendra les siennes !â. Manuel Valls a rĂ©servĂ© ses foudres au patron des dĂ©sormais RĂ©publicains, Nicolas Sarkozy, pour qui âpar ces pratiques dans lâopposition, Nicolas Sarkozy est dĂ©jĂ un problĂšme pour le paysâ. Des mots qui claquent, une charge contre lâancien prĂ©sident qui âcontinue dâouvrir un peu plus la porte Ă cet ennemi redoutable quâest lâextrĂȘme droiteâ.
âJâinvite le chef de lâopposition Ă mĂ©diter sur le passĂ©, avant que dâenvisager lâavenir, ou plutĂŽt de chercher sa revanche sur nous - câest normal - sur ses amis - on peut le comprendre - sur lui-mĂȘme - câest un problĂšme douloureux - sur les Français ! - ça nous ne lâacceptons pas !â
Puis, devant une salle de congressistes captivĂ©s par son verbe, celui qui se pose en ârassembleurâ de la gauche a fait applaudir le chef de lâEtat : âSoyons fiers, aussi, du PrĂ©sident de la RĂ©publique qui incarne avec courage la voix de la France ! (âŠ) Ces applaudissements sont importants parce quâil est un grand prĂ©sident de la RĂ©publiqueâ puis il a fait lever ses camarades Ă lâĂ©vocation de âNous sommes Charlieâ. âLe racisme, lâantisĂ©mitisme, les actes antimusulmans, anti-chrĂ©tiens, la haine de lâautre sont des dĂ©lits qui dĂ©sagrĂšgent notre sociĂ©tĂ©â a-t-il lancĂ© depuis son pupitre. âCâest notre grande cause nationaleâ (âŠ) VoilĂ pourquoi nous Ă©tions Tous Charlie le 11 janvier ! Et nous le sommes toujours !â.
Enfin il a terminĂ© son discours par un passage sur la rĂ©forme des collĂšges âportĂ©e par lâun des talents de ce gouvernement, Najat Vallaud-Belkacemâ pour rappeler que lâobjectif du gouvernement âcâest lâexcellence, lâexcellence rĂ©publicaineâ. A lâissue de presque une heure de discours, Manuel Valls a conclu sur une note positive pour rassembler les troupes socialistes pour un âparti socialiste fort qui trace le chemin vers une maison communeâ : âNon les partis politiques et en tout cas le PS n'est pas mort! (âŠ) Chef de la majoritĂ©, je serai le garant du rassemblementâ et assure de sa âloyautĂ© envers le PrĂ©sident de la RĂ©publique !â. Chaleureusement applaudi au rythme de la Marseillaise il a conclu par âsoyons fiers d'ĂȘtre de gauche, soyons fiers d'ĂȘtre françaisâ.
Les dĂ©bats se sont interrompus pour la pause dĂ©jeuner avant de reprendre avec du retard dans lâaprĂšs-midi. A la tribune, ce sont succĂ©dĂ©s des orateurs de lâaile gauche notamment, le premier dâentre-eux, lâex ministre de lâEducation, Benoit Hamon, qui a fait part de son scepticisme vis-Ă -vis du vote majoritaire pour la motion de CambadĂ©lis : âLes militants qui ont votĂ©, ils savaient le tournant, la poursuite de cette politique, jâespĂšre que vous ne vous trompez pasâ et dâajouter âsans le socialisme, la RĂ©publique est videâ. Puis câest un autre frondeur, Emmanuel Maurel, qui, dans son discours a rĂ©pondu Ă celui du premier ministre : â[Le premier ministre] attentif Ă ce que disent les socialistes ? Eh bien ça se voit pasâ. Ambiance dans les rangs de la gauche. Vient ensuite le tour de JĂ©rĂŽme Guedj et il lâattendait ce moment, le conseiller dĂ©partemental de lâEssonne. Il nâa dâailleurs pas mĂąchĂ© ses mots en frondeur qui se respecte, notamment sur les engagements du gouvernement : âLes engagements du pacte de responsabilitĂ© et le CICE ne sont pas respectĂ©sâ ou sur la baisse de la CSG : âVous lâavez Ă©crit, vous lâavez votĂ©, alors oui, faites-le !â a-t-il lancĂ©. Autre figure de la fronde au PS, GĂ©rard Filoche a, quant Ă lui, rĂ©clamĂ© âune unitĂ©â de la gauche avec les Verts et le Front de Gauche. Les orateurs se succĂšdent jusque tard dans lâaprĂšs-midi dans la grande salle du Parc des Expositions. Câest en dĂ©but de soirĂ©e que les frondeurs annoncent quâils ne signeront pas âlâAdresse au peuple de Franceâ du premier secrĂ©taire. PrĂ©caire lâunitĂ©.Â
La nuit tombe sur Poitiers et au retour des congressistes le dimanche matin, jour de clotĂ»re, la Une du Journal du Dimanche vient (enfin) animer ce congrĂšs. En effet dans une tribune co-signĂ©e avec le banquier Mathieu Pigasse intitulĂ©e âEst-il encore possible de sauver le quinquennat ?â, lâex-ministre de lâĂ©conomie dĂ©barquĂ© du gouvernement Valls 1 en aout 2014, fait un retour fracassant dans le petit théùtre socialiste poitevin allant jusquâĂ parler dâune âgauche au pouvoir qui semble avoir abandonnĂ© la Franceâ. Ce pamphlet contre lâexĂ©cutif suscite une pluie de rĂ©actions parmi elles, celle du premier ministre qui parle de âceux qui commentent, ceux qui font des tribunes exagĂ©rĂ©es, qui n'ont aucun sens avec la rĂ©alitĂ©, ceux qui, au fond, n'ont pu accepter de gouvernerâ; Jean-Christophe CambadĂ©lis, âun peu Ă©tonnĂ©â, a, lui, dĂ©claré âJe trouve que c'est une insulte aux militants socialistesâ.Â
Câest ce-dernier qui, en tant que premier secrĂ©taire Ă©lu par les militants, avait la charge de prononcer le discours de clĂŽture de ce 77e congrĂšs du PS. Initialement programmĂ© Ă 11 heures, câest avec une heure de retard que le patron des socialistes est montĂ© Ă la tribune, applaudit par les congressistes, costume sombre, ton grave. Il commence son propos par une adresse au prĂ©sident Hollande quâil fait applaudir : âNous devons rĂ©ussir, nous avons dix-huit mois pour rĂ©ussir (âŠ) La France a de la chance que vous mettiez en oeuvre son redressement sans remettre en cause son modĂšle socialâ. Il dĂ©zingue lâextrĂȘme droite de Marine Le Pen qui, selon lui, ânâa pas tuĂ© le pĂšreâ mais âa bĂąillonnĂ© le pĂšreâ et cogne lourdement sur le patron des RĂ©publicains au âcomportement infantile, puĂ©ril, comparable Ă celui dâun enfant de deux ou trois ansâ et dâajouter âla devise de la RĂ©publique câest libertĂ©, Ă©galitĂ©, fraternitĂ© et pas Fouquetâs, rolex et karcherâ. Il ne manque pas dâadresser une petite tape (amicale) Ă Manuel Valls : âIl te faut finir le job (âŠ) nous avons confiance dans ta dĂ©terminationâ. Le porte voix du parti passe en revue des sujets comme le terrorisme, lâemploi, lâEurope, expose les âtrois exigences du Parti Socialistesâ que sont un  "CICE mieux ciblĂ©â, une ârĂ©forme fiscale affirmĂ©eâ ainsi quâune âjuste rĂ©partition de la croissance qui arriveâ, sur lâimmigration, il appelle Ă âune grande confĂ©rence sur les flux migratoiresâ. Puis il termine par le devenir du parti socialiste de lâaprĂšs-Poitiers : âAujourdâhui, il nây a plus de motions A,B,C ou D (âŠ) Tout va changer au parti socialisteâ et de constater âSi nous voulons ĂȘtre le parti du renouveau, il faut mettre en oeuvre le renouveau de notre parti"Â
âJe ne serai pas le chef dâun clan, je serai un camarade, le premier des militantsâ
Pour conclure, il lĂąche Ă©trangement âJe me dis que si jamais le PS venait Ă disparaĂźtre, la RĂ©publique perdrait sa meilleure dĂ©fense.â avant de terminer par âle PS est un grand parti !â. Sur la scĂšne, les congressistes le rejoignent pour une photo de famille (presque) au complet, une rose Ă la main, les cadres du parti, Manuel Valls et quelques membres du gouvernement entourent le premier secrĂ©taire Ă©lu. Cependant une absence vient noircir le tableau du ârassemblementâ et de âlâunitĂ©â des socialistes, celle des frondeurs qui ne se sont pas joints Ă leurs camarades sur scĂšne.