Les Marées de l'Aube Rouge
Arc 2. Partie 1 â Le ChĂąteau aux Yeux Ouverts
(Ch. 6 - 10)
Chapitre 6 : Se prendre le bec
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Une dispute éclate. La tension monte. Béatrice et Shanks s'affrontent avec une franchise brutale, mais derriÚre la colÚre, quelque chose d'autre s'installe. Une inquiétude. Un regard qui s'attarde. Et un équipage qui observe la scÚne avec des lunettes 3D et du popcorn. Parfois, les conflits révÚlent plus qu'ils ne brisent.
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Mention de suicide (sans description explicite)
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« La colÚre est une courte folie ». Horace
Le lendemain matin, ce furent ses nausĂ©es qui la poussĂšrent jusqu'aux toilettes, avec une grĂące maladroite, pour y vider le contenu de son estomac. Son crĂąne tambourinait de douleur, et une faiblesse dans les jambes l'empĂȘchait de regagner son lit. Ce fut CĂ©leste qui la trouva ainsi, recroquevillĂ©e au sol.
â Et allez, câest reparti, fit la mĂ©decin en ricanant jaune, les sourcils froncĂ©s.
Elle demanda l'aide de Simon pour la remettre au lit. Armand s'installa à sa droite, Chaïma à sa gauche, tandis que Céleste lui administrait quelques traitements pour apaiser temporairement ses symptÎmes.
â Et dire que la journĂ©e commence Ă peine... soupira BĂ©atrice en posant tour Ă tour les yeux sur ses proches.
â Je peux rester avec toi pendant ton entretien avec la Reine, si tu veux, proposa l'ancienne Amazone.
â Ce ne sera pas nĂ©cessaire, j'aimerais discuter de sujets plutĂŽt sensibles, expliqua-t-elle en lui pressant doucement la main.
â On s'occupe du reste, conclut Simon en parlant pour CĂ©leste et Armand. Repose-toi.
Quand les Hauts Commandants quittĂšrent la piĂšce, ChaĂŻma attrapa la couronne d'Iowa et la confia Ă sa niĂšce avant de se retirer.
Comme la veille, la femme aux cheveux blonds apparut et s'assit sur une chaise prÚs du lit, le visage tendu, les mains croisées.
â Vous n'avez pas l'air en forme, Votre MajestĂ©, s'inquiĂ©ta Iowa.
â En effet, mais cela ne m'empĂȘchera pas de tenir ma parole.
La Reine de la Sincérité la fixait avec anxiété.
â Posez-moi toutes les questions que vous souhaitez.
â D'abord, tutoie-moi. Et laisse tomber le « MajestĂ© », si tu te sens Ă l'aise, commença BĂ©atrice. Cela pourrait me mettre dans une position dĂ©licate si cela s'apprenait.
â Le monde ne sait pas qui est la Reine actuelle ? commenta Iowa, surprise. Et... comment dois-je t'appeler, alors ?
â Appelle-moi simplement BĂ©atrice. Ou Madame, si le contexte l'exige. Libre Ă toi de choisir ce qui te semble naturel.
Béatrice lui expliqua son rÎle, son identité et ses responsabilités à venir.
â Je comprends, dame BĂ©atrice. J'y veillerai.
Le reste de la conversation se déroula avec fluidité. Béatrice constata que leurs idéaux se complétaient, souvent en parfaite harmonie.
â Puis-je te poser une question ? Elle pourrait sembler intrusive, alors dis-moi si je vais trop loin.
Iowa acquiesça, prĂȘte Ă entendre ce qui semblait prĂ©occuper BĂ©atrice depuis le dĂ©but.
â Pourquoi t'adresse-t-on le vĆu de trouver le « Pardon » sur ton autel ?
â C'est la raison pour laquelle je n'ai pas rejoint la Demeure des Rois.
Béatrice haussa un sourcil, ignorant cette notion, mais son état ne lui permettait pas d'approfondir. Iowa poursuivit d'une voix calme.
â Je me suis suicidĂ©e. Et c'est un pĂ©chĂ© grave, surtout pour une Reine. Aussi grave que de manger un fruit du dĂ©mon.
Béatrice s'agita dans le lit, dissimulant sa surprise. Elle voulut prendre la main d'Iowa pour lui apporter du réconfort, mais la Reine retira sa main et évita son regard. Béatrice fut surprise de pouvoir la toucher alors qu'elle n'avait pas d'enveloppe charnelle. Elle supposa que c'était encore une histoire d'ùme.
â Je suis dĂ©solĂ©e... Mais vous ne devriez pas toucher quelqu'un qui a commis un acte aussi honteux, murmura-t-elle, glissant inconsciemment au vouvoiement.
Béatrice, visiblement perturbée, posa néanmoins sa main sur celle de sa collÚgue, suscitant chez cette derniÚre son étonnement.
â Un tel acte doit avoir ses raisons. Je ne peux croire que tu aies fait cela sans motif valable.
Les yeux d'Iowa s'embuĂšrent, mais elle ne retira pas sa main.
â J'ai donnĂ© naissance Ă des monstres.
L'air ambiant se figea. Béatrice avait toujours plus de questions que de réponses.
â Comment ça ? De maniĂšre figurĂ©e ou...
â J'ai donnĂ© naissance Ă ma successeure. Mon rĂŽle de Reine Ă©tait de perpĂ©tuer la VolontĂ© des Dieux. Mais je n'Ă©tais pas prĂȘte Ă ĂȘtre mĂšre. Elles Ă©taient cruelles, incontrĂŽlables... surtout l'aĂźnĂ©e. Elle ne comprenait pas pourquoi ce n'Ă©tait pas elle qui avait Ă©tĂ© choisie, et elle rendait la vie impossible Ă sa sĆur jumelle.
Iowa serra la main de BĂ©atrice en quĂȘte de rĂ©confort. Cette derniĂšre lui caressa doucement le dos de la main du pouce.
â J'ai essayĂ© de les Ă©lever avec amour. Mais tout a dĂ©rapĂ©. Elles ont commencĂ© Ă me harceler, verbalement, physiquement. On me disait que j'exagĂ©rais, qu'il ne fallait pas laisser leur pĂšre les rĂ©cupĂ©rer. Certains allaient jusqu'Ă me conseiller de les abandonner.
â Pourquoi ne pas l'avoir fait ? demanda BĂ©atrice avec compassion.
â Parce qu'elles sont des dĂ©mons. LittĂ©ralement. Leur pĂšre est un dĂ©mon puissant qui m'a sĂ©duite uniquement parce que j'Ă©tais Reine, un dĂ©fi Ă ses yeux. Nos filles ont hĂ©ritĂ© principalement de son sang. Mais je ne les ai pas moins aimĂ©es pour autant... La paternitĂ© dans le monde Souterrain est particuliĂšre. Des dĂ©mons nĂ©s, dont une future Reine, se feraient lyncher par les autres dĂ©mons... MalgrĂ© tout, je les aimais. Elles Ă©taient ma chair et mon sang... renifla-t-elle. NĂ©anmoins, au fil du temps, je n'Ă©tais plus qu'une coquille vide. Vingt annĂ©es de harcĂšlement, de douleur... Jusqu'au jour oĂč je n'ai plus supportĂ©.
Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues, et sa poitrine se soulevait de façon erratique. Béatrice comprenait enfin toute l'ampleur du traumatisme qu'Iowa avait vécu. Elle n'avait jamais été libre, jamais reconnue pour autre chose que son utérus, puis rejetée par son amant, torturée par ses enfants.
Alors, BĂ©atrice saisit la couronne et la posa doucement sur la tĂȘte d'Iowa. Cette derniĂšre releva vivement la tĂȘte, stupĂ©faite par le geste.
â Je ne veux pas que tu m'acceptes pour regagner ta libertĂ©. Ton geste est noble et courageux. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui t'accusent. Tu n'as jamais voulu ĂȘtre mĂšre, on t'y a contrainte. Ils sont responsables de ta mort. Tu ne devrais attendre aucun pardon. Tu mĂ©rites d'ĂȘtre libre. Dis-moi comment je peux t'y aider.
Les sanglots redoublĂšrent d'intensitĂ©. La femme dĂ©cĂ©dĂ©e posa sa tĂȘte contre le matelas, serrant fort la main de BĂ©atrice sans la lĂącher.
Brusquement, une douleur vive transperça le crùne de Béatrice. Iowa releva les yeux, mais Béatrice lui sourit, lui faisant comprendre de ne pas s'en inquiéter. Cependant, elle remarqua que quelque chose venait de changer : une flamme de détermination brillait dans les iris de la défunte. Ils étaient devenus d'un bleu profond, vibrant.
â Madame... Je... Votre Ă©tat de santĂ© est prĂ©occupant. Vous ĂȘtes une Originelle, vous auriez dĂ» dĂ©clencher votre Ăveil depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ . Puis-je vous apporter mon aide d'une quelconque façon ? Ma libertĂ©, ma nouvelle voie, je pense la trouver Ă vos cĂŽtĂ©s.
â Je comptais te poser bien des questions... Mais je suppose que nous aurons largement le temps d'en discuter ensemble, qu'en dis-tu ? rĂ©pondit BĂ©atrice avec une expression adoucie.
Iowa acquiesça, s'essuya les larmes, et se redressa. Elle retira la couronne et la plaça dans les mains de Béatrice. Cette derniÚre voulut protester, mais Iowa l'interrompit d'un geste.
La Reine aux cheveux blonds plaça ses paumes autour de la couronne. Une lumiÚre argentée emplit la piÚce. Lorsqu'elle disparut, un collier était né : un pendentif en goutte d'argent, au centre duquel tourbillonnait un liquide doré.
â Qu'est-ce que... ? commença BĂ©atrice.
â Il sera plus pratique de porter un collier qu'une couronne. Comme ça, je serai toujours avec vous, expliqua Iowa avec un sourire.
â Excellente idĂ©e, Iowa.
â Cependant, lorsque vous quitterez cette Ăźle, vous serez trop loin de mon autel pour que je rĂ©apparaisse. Vous ne pouvez pas encore me convoquer Ă volontĂ©. Mais n'ayez crainte, je resterai auprĂšs de vous.
AprÚs quelques mots d'adieu, Iowa disparut. Béatrice put enfin se reposer, ressentant la chaleur de sa présence logée contre sa poitrine.
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La lumiĂšre baissait lentement sur l'Ăźle alors que CĂ©leste soupirait, les yeux fatiguĂ©s rivĂ©s sur deux documents contradictoires. Elle secoua la tĂȘte, l'air contrariĂ©.
â On ne partira pas ce soir, dit-elle en rangeant les papiers. L'Ă©tat de BĂ©atrice ne le permet pas.
â Et les crĂ©atures marines sont plus agressives la nuit, ajouta Armand. On attendra demain matin. Si elle ne va pas mieux, on la transfĂ©rera en douceur. Tu as ce qu'il faut, cĂŽtĂ© traitements ?
Simon, de son cĂŽtĂ©, venait de prĂ©venir Isaac de leur retour. Il annonça Ă Armand que sa femme Ă©tait revenue sur Oahu, nouvelle qui fit briller les yeux du mafieux. ChaĂŻma, aprĂšs ĂȘtre passĂ©e voir sa niĂšce, les rejoignit. La Shine dormait profondĂ©ment et refusait de se rĂ©veiller pour manger, ce qui inquiĂ©ta la mĂ©decin. Son dernier repas remontait Ă la veille au soir.
â Bon, je vais dire Ă mes hommes de se tenir prĂȘts pour un dĂ©part Ă sept heures, conclut Simon.
Armand, qui acquiesça aussitÎt : Il avait hùte de revoir sa femme.
La sĆur de Chiara rejoignit CĂ©leste, qui s'Ă©tait isolĂ©e dehors pour fumer.
â Son Ă©tat est si prĂ©occupant que ça, Cel' ?
La scientifique tira longuement sur sa cigarette avant de répondre.
â Je fais le lien avec ce qu'a dit la Reine. Si son Ăąme enfle depuis trente-deux ans au point de saturer son corps... Elle risque de mourir prĂ©maturĂ©ment, c'est Ă©vident.
Chaïma, en tant que sorciÚre, possédait de puissants dons spirituels. Pourtant, avec Béatrice, c'était inutile : son ùme refusait toute lecture. Comme tous les Rois et Reines, elle échappait aux sens du Haki. Ni le Haki de l'Observation, ni celui de l'Armement ne fonctionnaient sur elle. C'était comme si elle n'avait ni présence, ni essence.
Grùce à une allumette créée par l'Oracle, Béatrice avait une fausse aura, une présence artificielle qui trompait les utilisateurs de Haki. Sans elle, impossible de la localiser.
CĂ©leste expira lentement, tentant de chasser son angoisse, mais ses mots restaient en suspens dans l'esprit de ChaĂŻma. Armand avait mentionnĂ© que BĂ©atrice avait contactĂ© Rayleigh, qu'elle connaissait grĂące Ă son passĂ© auprĂšs de Hancock. Shakky devait, elle aussi, ĂȘtre inquiĂšte. Elle avait vu grandir BĂ©atrice.
â J'sais pas si BĂ©a a un plan, mais il a intĂ©rĂȘt Ă tenir la route. Parce que si son Ă©tat empire encore d'ici quelques mois, j'te garantis pas de pouvoir la sauver, grogna CĂ©leste.
ChaĂŻma hocha la tĂȘte, troublĂ©e par la gravitĂ© inhabituelle de sa belle-sĆur. Ils aviseraient demain.
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â Shanks ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de tes nouvelles ! salua chaleureusement le grand paternel de la famille Shine.
L'Empereur roux entra dans la grande salle qui servait Ă la fois de rĂ©ception et de salon. La dĂ©coration en bois et marbre donnait un cĂŽtĂ© enchanteur et Ă©lĂ©gant. Les fenĂȘtres laissaient les rayons orangĂ©s du soleil projeter un contraste rouge sur le bois d'acajou qui ornait les meubles de la piĂšce. Les lustres scintillaient tels des fragments d'Ă©toiles dans le ciel nocturne, le plafond Ă©tant revĂȘtu d'un bois foncĂ© striĂ© de fausses fissures de marbre blanc nacrĂ©.
Shanks pouvait sentir l'anciennetĂ© de cette piĂšce, ce qu'elle avait vĂ©cu et qui elle avait accueilli rien qu'en observant son environnement. Oahu Ă©tait passĂ© entre d'innombrables mains avant de se retrouver entre celles des Shine, une Ăźle prospĂšre qui aurait trĂšs bien pu ĂȘtre indĂ©pendante rien que par la quantitĂ© astronomique de blĂ© qui y poussait.
â La vie m'a rĂ©servĂ© bien des surprises depuis la derniĂšre fois que nous nous sommes vus, Thoma.
Le pirate s'installa sur un canapé proche de la baie vitrée. D'ici, il aurait presque pu apercevoir son navire. Thoma, lui, était confortablement installé sur un sofa en velours bordeaux, un verre d'eau à la main. Contrairement à bien des membres de sa famille, il n'aimait pas l'alcool.
â Effectivement, passer d'un petit chapardeur avec l'autre au nez rouge Ă Empereur des mers⊠Ce n'est point un destin donnĂ© Ă tout le monde, dit-il en servant de l'eau Ă son convive. Cependant, je ressens du scepticisme en te voyant. Parle-moi sans filtre, comme tu le faisais si bien avant.
L'Empereur devait bien reconnaĂźtre une chose : la gentillesse et l'affection dĂ©mesurĂ©es que Thoma ne cachait jamais. Il Ă©tait mĂȘme fier de montrer l'amour qu'il portait Ă sa famille et ses amis. De son dĂ©funt capitaine, Shanks savait que certains avaient commis des erreurs, mais que le grand dirigeant faisait toujours preuve de clĂ©mence et d'une justice comprĂ©hensive. Le grand-pĂšre prĂ©fĂ©rait l'honnĂȘtetĂ© et laisser de cĂŽtĂ© les formalitĂ©s, tout comme le restant de la famille.
Shanks se doutait, rien qu'en voyant le regard qu'il portait sur lui, qu'il continuait de le voir comme le jeune mousse attaché aux jambes de Roger, mesquin et farceur. Le rouquin se souvenait sans peine de la tendresse qu'il lui avait portée, ainsi qu'à Baggy, lorsqu'il leur apprenait des choses utiles pour plus tard.
â J'aimerais juste comprendre pourquoi, parmi tous tes enfants et petits-enfants, tu as choisi une jeune femme aussi... fragile comme successeure, finit-il par lĂącher, sans laisser transparaĂźtre de contrariĂ©tĂ© dans sa voix.
Thoma but une gorgée, peu surpris de sa question. AprÚs tout, lorsqu'il avait annoncé à ses collaborateurs qui allait prendre le relais à sa retraite, beaucoup furent sceptiques. Béatrice n'avait jamais rien fait en son nom dans ce monde, c'était une femme, bien que la majorité s'en fichait. Néanmoins, personne n'avait jamais entendu parler de ses capacités à diriger ou à se battre. Et la confusion régnait encore aujourd'hui. Seuls les nobles la connaissaient, elle et son charisme enchanteur.
â N'as-tu point une thĂ©orie, Shanks ?
Son interlocuteur secoua nĂ©gativement la tĂȘte.
â Alors, c'est que tu n'as point passĂ© assez de temps avec elle.
Shanks haussa un sourcil. Il s'apprĂȘtait Ă rĂ©pliquer, mais Thoma se leva, contemplant l'Ăźle par la baie vitrĂ©e.
â Il n'y a aucune erreur. BĂ©atrice est la mieux placĂ©e pour dĂ©fendre et faire prospĂ©rer notre lignĂ©e. Et cela, nous le savons depuis sa naissance. Maintenant, dis-moi : de quoi as-tu peur ?
Shanks ne savait pas s'il devait ĂȘtre agacĂ© par l'attitude conservatrice du paternel ou ennuyĂ© de ne pas avoir de rĂ©ponse, et il se doutait qu'il n'en aurait pas.
â Qui me dit que si le Gouvernement Mondial lui fait une proposition allĂ©chante, elle ne nous tournera pas le dos, ou pire ?
Il se fichait bien de ce que Thoma pourrait penser de lui en parlant ainsi de sa petite-fille chérie. Cependant, en voyant la mine du futur retraité s'obscurcir, il se demanda s'il n'était pas allé trop loin.
â Sache que cela fait des dĂ©cennies qu'elle lutte pour s'enfuir de la Marine et faire chuter le Gouvernement Mondial. Cela fait des annĂ©es qu'elle est enchaĂźnĂ©e, privĂ©e de sa libertĂ©.
Depuis le sofa, le pirate observait l'expression peinée de l'ancien ami de Roger.
â Les seules choses que je puisse te dire sont de ne point te fier Ă tes premiĂšres impressions et que ses secrets ne changent point la personne qu'elle est. Si elle se montre rancuniĂšre ou bornĂ©e, peu importe ce que tu dis, toi aussi n'hĂ©site point Ă lui faire front et Ă lui dire tes quatre vĂ©ritĂ©s. Ne perds point ton temps Ă prendre des pincettes avec elle, sourit malicieusement Thoma en Ă©tudiant le visage surpris du rouquin. Dis-lui ce que tu as Ă dire. Elle respecte ceux qui ne mĂąchent pas leurs mots.
Le Roux ne répondit pas tout de suite. Ces paroles résonnaient en lui plus qu'il ne voulait l'admettre.
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En sortant de son entretien avec Thoma, Shanks se laissa tomber dans son fauteuil, dans le calme de son bureau. Par la grande baie vitrée, il observait distraitement la mer et le port d'Oahu, baigné d'un silence inhabituel. Cela faisait trois jours que Béatrice était partie, trois jours qu'il réfléchissait à la meilleure façon d'interagir avec la fille de son ancien compagnon d'armes.
Un toc discret à la porte précéda l'entrée de Ben Beckman, qui pénétra sans attendre d'autorisation, fidÚle à ses habitudes nonchalantes. Il s'installa en face de lui.
â Alors ? demanda-t-il en attrapant la coupe de sakĂ© que Shanks venait de se servir.
â Il m'a dit qu'elle ne reprĂ©sentait pas un danger. Et il a admis ne pas pouvoir me rĂ©vĂ©ler les secrets de sa petite-fille, mais que cela ne changeait rien Ă ce qu'elle est.
â Et le Haki de l'Observation ?
Shanks haussa les épaules, reposant ses jambes sur son bureau avant de remplir de nouveau les deux coupes.
â Je n'ai pas demandĂ©. Mais son ton voulait clairement dire : « inutile d'insister ».
â Classique Thoma, commenta Beckman.
â Ils l'ont choisie depuis sa naissance, affirma Shanks pensivement.
â Elle n'est pas nĂ©e ici. Elle n'a rencontrĂ© sa famille qu'Ă l'Ăąge de quatre ans. Pas sur les terres des Shine.
â OĂč Ă©tait-elle avant ça ?
â Personne ne le sait, rĂ©pondit Beckman en tirant sur sa cigarette.
Un nouveau toc, cette fois plus poli, retentit. Shanks donna l'autorisation d'entrer. Une jeune femme à la longue chevelure noire et aux yeux vert jade entra, visiblement peu impressionnée.
â Boss, l'expĂ©dition de la fille de Will est rentrĂ©e, informa-t-elle d'un ton plat.
â Merci, Holy. Ce n'est sans doute pas le bon moment pour aller la voir. On attendra qu'elle nous convoque.
Shanks étira son bras unique en baillant. Holy déposa un baiser sur la joue de Beckman avant de repartir sans un mot.
â Depuis combien de temps vous deux ? demanda Shanks avec un rictus moqueur.
â Sept ans, je crois. On n'a jamais vraiment mis de date.
â Je dois dire que je n'aurais jamais pariĂ© sur toi pour finir casĂ©. Et encore moins mariĂ©.
Beckman se contenta de hausser les épaules, un sourire tranquille sur les lÚvres.
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â Pour la derniĂšre fois, je vais bien, papa !
Dans le salon principal, BĂ©atrice, affalĂ©e sur un canapĂ© oĂč Ă©tait installĂ© Shanks plus tĂŽt, bougonnait sous le regard inquiet de son pĂšre et de son grand-pĂšre.
â Non mais vous avez fini, tous les deux ? lança-t-elle, exaspĂ©rĂ©e.
Céleste se tenait le ventre, pliée de rire par la scÚne cocasse typique de leur famille de timbrés.
Béatrice assena un petit coup de pied à sa cousine éloignée pour la faire taire, en vain.
Les Hauts Commandants, Chaïma, Thoma, les seconds de Simon et Armand, ainsi qu'Aïcha et William, étaient réunis pour faire le point.
â Bon. Puisque j'ai Iowa avec moi, les ondes du Haki ne devraient plus nous perturber. Mais ce sera problĂ©matique si chaque objet sacrĂ© se rĂ©veille dĂšs que je passe Ă cĂŽtĂ©.
â Comment comptes-tu pallier cela ? demanda Thoma, toujours avec son verre d'eau en main.
â Iowa pense qu'avec son aide, je pourrai apprendre Ă dĂ©tecter leur prĂ©sence.
â IntĂ©ressant, prit la parole Akira. As-tu dĂ©jĂ commencĂ© Ă les rechercher ?
â Pas encore. Je vais attendre quelques jours.
Béatrice se ravisa de dire qu'elle attendrait le départ de l'équipage de Shanks, elle ne voulait pas qu'ils se mettent à se méfier de tous leurs départs en si peu de temps.
NĂ©anmoins, elle comprit d'un simple coup d'Ćil que son cousin l'avait cernĂ©e. Il ne commenta pas Ă voix haute ses craintes et sa circonspection. Elle lui en savait grĂ©.
â Maintenant, et si nous passions en revue les informations que nous avons regroupĂ©es au sujet de Marshall D. Teach ?
Mitsuko, sortit de l'Ă©treinte d'Armand pour attraper les dossiers. CĂ©leste et Simon en firent de mĂȘme.
â Pour ma part, commença l'Ă©pouse du mafieux, j'ai pu retrouver une grande commande de bois mĂ©lĂšze. Je pense qu'ils sont en train de construire leur navire Ă partir de ce matĂ©riau.
â C'est grandement possible, le mĂ©lĂšze est un bois extrĂȘmement rĂ©sistant, parfait pour la mer, confirma ChaĂŻma.
â De plus, j'ai remarquĂ© qu'une forĂȘt entiĂšre avait Ă©tĂ© rasĂ©e sur une Ăźle proche de Banaro. En considĂ©rant qu'il aura au moins neuf commandants, cela fait potentiellement dix navires Ă construire, ajouta Mitsuko.
Ils passÚrent ensuite en revue les neuf commandants proclamés, détaillant les informations recueillies à leur sujet.
â Cela voudrait dire que Shilliew est le second ? demanda MĂ©lina, se souvenant trĂšs bien de la puissance du sabreur et de ce que lui avaient rapportĂ© ses informatrices.
â A priori, ce serait plutĂŽt Jesus Burgess, contredit Simon, lui aussi dĂ©contenancĂ© par un tel choix.
â N'oublions pas Laffitte. Cet homme est pire que la peste et le cholĂ©ra rĂ©unis, intervint BĂ©atrice.
Elle se souvenait encore trÚs clairement de leur premiÚre rencontre, lors d'une réunion avec les Grands Corsaires. Le regard qu'il posait sur les gens transpirait la folie et la cruauté, bien que cela ne transparaissait jamais dans ses propos.
â Il a le pouvoir d'hypnotiser les gens et il possĂšde une forme hybride d'un fruit du dĂ©mon que l'on n'a pas encore rĂ©ussi Ă identifier...
â C'est vrai que c'est celui dont j'ai le moins d'informations, approuva CĂ©leste,bientĂŽt rejointe par les autres membres dans son constat.
Thoma acheva son verre, puis se leva pour aller remplir la carafe d'eau.
â Pour l'heure, nous n'avons toujours pas d'explication sur la maniĂšre dont Teach a pu obtenir deux fruits du dĂ©mon. Mais on peut dĂ©jĂ spĂ©culer sur les avancĂ©es de son Ă©quipage.
BĂ©atrice expira longuement, rassurĂ©e d'avoir tout de mĂȘme un certain nombre de donnĂ©es Ă partager avec l'Ă©quipage fraĂźchement alliĂ©. Elle avait dĂ©sormais de quoi alimenter les discussions sans craindre de perdre sa crĂ©dibilitĂ©.
â Oh, tu as le trac, mon chou ? gloussa MĂ©lina en lui tirant doucement la joue. C'est la premiĂšre fois que je te vois nerveuse Ă propos d'un homme⊠Il t'aurait tapĂ© dans l'Ćil ?
â Certainement pas, Mel ! s'exclama William, sautant Ă pieds joints dans le piĂšge tendu par la femme aux cheveux violets.
S'ensuivirent quelques joutes verbales typiquement familiales, pleines de piques bon enfant.
â Quelle famille de timbrĂ©s⊠soupira BĂ©atrice, cette fois rĂ©ellement lasse.
Alors que les autres se préparaient à rejoindre la partie conviviale de la maison close de Mélina, aménagée pour discuter sans arriÚre-pensée, Thoma retint sa petite-fille.
Une fois seuls, Béatrice s'assit pour écouter son grand-pÚre.
â Quâest-ce quâil y a ? grommela-t-elle, s'attendant Ă une Ă©niĂšme rĂ©primande.
â Le Roux est venu me voir un peu plus tĂŽt, dĂ©clara Thoma.
Béatrice grimaça, grognant dans sa barbe tout en donnant un petit coup de pied dans la table basse, comme une enfant frustrée.
â Il mâa fait part de sa mĂ©fiance Ă ton Ă©gard, et du fait que vous ne vous faites pas du tout confiance.
â Et ? L'alliance porte sur les infos Ă propos de Teach. Ce sont les autres qui s'en occupent, pas moi directement. Je leur ai filĂ© leur numĂ©ro d'escargophone. De toute façon, je n'ai pas les derniĂšres donnĂ©es en main.
Son grand-pĂšre secoua lentement la tĂȘte, puis expira.
â Quâest-ce qui se passe, BĂ©a ? Vous vous apprĂ©ciez, vous deux. Tu as mĂȘme pleurĂ© pendant des jours en arrivant ici avec ta mĂšre.
â Super, tu me ressors un souvenir de quand jâavais quatre ans ! sâexclama-t-elle, les bras levĂ©s au ciel.
â Avoue simplement que tu lui en veux encore, coupa Thoma avec douceur, sans lui laisser d'Ă©chappatoire.
Elle croisa les bras, incapable de trouver une réponse.
â Jâai eu peur pour Ambre, tu sais. Il sait que je suis une Marine, il nous a traquĂ©es Ă cause de ça. Qui me dit quâun jour, il ne dĂ©cidera pas de me tuer, ou de sâen prendre Ă Ambre et ses enfants pour apaiser sa rancune ? Ou quâun membre de son Ă©quipage ne sâen chargera pas ?
Thoma hocha la tĂȘte. Il comprenait les craintes des deux personnes qu'il avait reçues ce jour-lĂ . MalgrĂ© l'alliance officielle, le danger restait prĂ©sent, pour elle comme pour lui. AprĂšs tout, lâun Ă©tait un pirate, lâautre une Marine qui lâavait trahi.
â Essaie de lui faire confiance. Je lui ai dit la mĂȘme chose. La confiance, ça se construit. MĂȘme si je ne l'ai pas vu depuis des annĂ©es, je reconnais en lui les valeurs de Roger.
â Et puis, il est le pĂšre dâUta.
Béatrice tressaillit, prise de court.
â Quand comptes-tu le lui dire ?
Thoma s'assit en face d'elle, qui triturait nerveusement ses mains
â Je ne sais pas⊠Quand je lui ferai un peu plus confiance, jâimagine. Il y a dĂ©jĂ tellement de choses Ă rĂ©gler en prioritĂ©.
â Hum⊠Ton Ă©tat de santĂ©, cette histoire dâĂveil, tout ça est effectivement une prioritĂ© absolue, ma chĂ©rie, dit-il en posant doucement sa main sur les siennes. Rayleigh aurait accouru pour tâaider sâil avait pu, mais câest encore compliquĂ© avec la guerre qui vient de passer.
â Il y a aussi lâĂ©quipage du Roux, le cas Teach qui me trouble profondĂ©ment, ma dĂ©mission, ma nominationâŠ
â Tu nâes pas prĂšs dâavoir des vacances, ma petite, plaisanta Thoma en Ă©bouriffant ses cheveux bruns.
â Si je peux te conseiller une chose, ce serait dâaller voir Thanaâ. Il pourrait tâĂ©clairer. En tant que Chevalier du Haki de lâArmement, il vit depuis plusieurs siĂšcles parmi nous. Il saura tâen dire plus sur les objets sacrĂ©s et sur ton Ă©tat.
â Ouais, bonne idĂ©e. Merci, papi. Ă plus.
En quittant la piĂšce, BĂ©atrice rĂ©flĂ©chissait dĂ©jĂ Ă ce que Thanaâ pourrait lui apprendre. Comme elle incarnait la Reine, figure du Haki des Rois, il existait Ă©galement un reprĂ©sentant pour chaque forme de Haki. Celui ou celle qui maĂźtrisait une forme de Haki Ă son paroxysme se voyait attribuer des capacitĂ©s hors de portĂ©e des autres. Thanaâ, lui, Ă©tait lâun des rares Ă avoir atteint un tel degrĂ© de maĂźtrise du Haki de lâArmement. On l'appelait le Chevalier ou DĂ©fenseur du peuple. Certains le surnommaient mĂȘme « L'Invincible ».
Il avait Ă©tĂ© membre de lâĂ©quipage de TĂœr, un pirate que BĂ©atrice avait rencontrĂ© Ă treize ans. Thanaâ avait dâabord cru que TĂœr Ă©tait le Roi Ă venir. Mais avec le temps, ils comprirent que ce rĂŽle revenait Ă BĂ©atrice. Depuis prĂšs de vingt ans, tous trois Ă©taient restĂ©s trĂšs proches.
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La soirĂ©e qui suivit permit aux familles de se dĂ©tendre, loin de la pression constante. Lâalcool coulait Ă flot dans lâaile privĂ©e de la maison close de MĂ©lina, un espace Ă part rĂ©servĂ© aux rĂ©unions familiales sans jugement. BĂ©atrice, installĂ©e Ă une table, laissa son regard se perdre un temps dans le verre vide quâelle faisait tournoyer entre ses doigts.
Elle se leva finalement, sâĂ©loignant de lâagitation pour rejoindre le comptoir. Blair, la gĂ©rante aux cheveux violets, polissait calmement un verre.
â Tâas des trucs Ă me dire, Blair ? demanda-t-elle en prenant appui sur le comptoir.
â Hum. Je les ai Ă©coutĂ©s, comme tu me lâas demandĂ©, rĂ©pondit lâespionne en inclinant la tĂȘte. Beckman a soulevĂ© le point que tu nâas pas le Haki de lâObservation. Shanks lui a dit de ne pas tirer de conclusions hĂątives. Beckman est arrivĂ© cinq minutes avant que tu partes, il pensait que tu dĂ©tecterais sa prĂ©sence.
Son interlocutrice hocha la tĂȘte, assimilant les informations. Blair Ă©tait Ă©galement la suivante de MĂ©lina, une cousine sorciĂšre Ă©loignĂ©e de vingt-trois ans. Elle lui raconta Ă©galement les autres dĂ©tails survenus pendant son absence.
â Son Ă©quipage a un groupe de cinq femmes qui sont venues manger hier aprĂšs-midi. Elles sâappellent Holy, qui a une sĆur jumelle du nom de Moly, Ava, Fumya et Jade. Elles ont lâair dâavoir la haine contre toi, mĂȘme si tâes la fille de Will.
La fausse barmaid astiquait Ă la perfection les verres et resservait sa cheffe.
â Les seules qui Ă©taient en retrait Ă©taient Ava et Holy, lui prĂ©cisa-t-elle.
â Est-ce que l'une d'entre elles avait les cheveux noirs ?
â Oui, Holy, mais sa sĆur jumelle a les cheveux de la mĂȘme couleur.
â Et la femme aux cheveux verts s'appelle Jade ?
â Exact, confirma Blair en hochant la tĂȘte avant de partir donner briĂšvement un plateau Ă un collĂšgue.
â Ăa pourrait coller avec la femme qui a retenu Jade quand Ambre et moi Ă©tions Ă bord de leur navire. Si câest bien elle, elle a perdu des proches dans la chasse Ă lâhomme lancĂ©e par Xara.
Béatrice fronça les sourcils.
â Je te remercie, Blair, dâavoir espionnĂ© lâĂ©quipage du Roux pendant mon absence.
Blair acquiesça, resservant un verre à Béatrice.
â Je comprends ta mĂ©fiance, BĂ©a. Mais honnĂȘtement, ils ne semblent pas vouloir notre peau.
â Peut-ĂȘtre. Mais quand tu es une Marine qui a participĂ© Ă faire tomber un Ă©quipage pirate, tu nâas pas le luxe de ne pas ĂȘtre mĂ©fiante.
Blair pencha sa tĂȘte dâun cĂŽtĂ©, ne la contredisant pas. Blair Ă©tait la cousine directe de MĂ©lina, ChaĂŻma et Betty. Son jeune Ăąge lui permettait de ne pas Ă©veiller les soupçons dans ses missions d'espionnage.
Peu aprĂšs, Mitsuko sâapprocha Ă son tour du bar, interrompant leur Ă©change. La femme aux cheveux bordeaux sâinstalla Ă cĂŽtĂ© de sa niĂšce par alliance et commanda une boisson sans alcool. Jadis mĂ©fiante Ă lâĂ©gard de BĂ©atrice, quâelle jugeait immature et irresponsable, elle avait appris au fil des ans Ă respecter son Ă©volution. Notamment en la voyant gravir les Ă©chelons et sâimpliquer sĂ©rieusement dans lâĂ©ducation dâUta et AĂŻcha ainsi que la gestion de la famille.
â Alors, comment cela s'est passĂ© ? demanda BĂ©atrice en se tournant vers elle.
â Ces marchands sont Ă©videmment des fraudeurs. Ils sont Ă la recherche de quelquâun, et visiblement, ils pensent pouvoir lâatteindre en passant par nous.
â Tu penses quâon est leur cible ? demanda BĂ©atrice, lĂ©gĂšrement sceptique.
Une chose dont la famille Shine se vantait sans vergogne Ă©tait sa richesse incommensurable. Souvent, des brigands et des imposteurs tentaient de se rapprocher de la famille pour leur extorquer de l'argent. Il nâĂ©tait pas anodin que certains les poursuivent en justice pour des fautes imaginaires pour gagner de lâargent. LĂ intervenait Mitsuko, experte en droit et en code pĂ©nal.
â Non. Pour approfondir notre enquĂȘte, je leur ai autorisĂ© lâamarrage sur lâĂźle. Armand et Simon les surveillent de trĂšs prĂšs.
BĂ©atrice acquiesça. Lâavantage du fonctionnement de leur famille rĂ©sidait dans la possibilitĂ© de prendre des initiatives, tant quâelles Ă©taient validĂ©es par plusieurs Hauts Commandants. Il nâĂ©tait pas rare que certaines dĂ©cisions soient prises sans en rĂ©fĂ©rer directement au chef, tant que le suivi Ă©tait rigoureux.
â Tu crois quâon saura rapidement qui ils cherchent ? demanda-t-elle en vidant son verre.
â Je lâespĂšre. Mais ce genre de groupes ne se dĂ©place jamais sans un objectif prĂ©cis. On doit rester vigilants.
BĂ©atrice approuva. Elle demanda quelques dĂ©tails supplĂ©mentaires Ă sa tante, puis salua discrĂštement les membres de sa famille encore prĂ©sents avant de quitter lâĂ©tablissement. Elle Ă©tait pensive. Une tempĂȘte approchait peut-ĂȘtre. Et elle comptait bien ĂȘtre prĂȘte Ă lâaffronter.
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La nuit enveloppait les quais dâune obscuritĂ© discrĂšte. Les lanternes suspendues diffusaient une lumiĂšre tamisĂ©e, rendant les silhouettes furtives presque irrĂ©elles. BĂ©atrice observait depuis une plateforme surĂ©levĂ©e, blottie entre des caisses dâexpĂ©dition. Des hommes dĂ©chargeaient de la marchandise en silence, sans respect pour les horaires dâinspection imposĂ©s.
Un mouvement en dessous dâelle attira son attention. CachĂ©e entre plusieurs caisses en hauteur, il Ă©tait impossible de la dĂ©masquer sans un excellent Haki de l'Observation. Elle se doutait que cela devait ĂȘtre un des hommes de Simon. Ils avaient toujours les mĂȘmes techniques de camouflage qu'elle avait appris Ă reconnaĂźtre.
Au vu de la discrĂ©tion parfaite de l'intrus, elle en dĂ©duisit qu'il s'agissait de Serrus, puisque Simon Ă©tait avec ChaĂŻma Ă la maison close. Contente de retrouver un camarade, BĂ©atrice se laissa pendre depuis une caisse et se rĂ©ceptionna sans un bruit Ă cĂŽtĂ© de lâespion.
Celui-ci se retourna vivement, pensant avoir été pris sur le fait. Cependant, ce fut Béatrice la plus surprise.
â Argh, sâĂ©trangla-t-elle en reconnaissant Shanks.
Elle ne tenta mĂȘme pas de dissimuler sa surprise et sa dĂ©ception : que faisait son nouvel alliĂ© Ă observer ces faux marchands ? Quel lien avait-il avec eux ?
Il nâeut pas le temps de rĂ©pliquer. Il la saisit par le bras et lâentraĂźna vivement dans un interstice entre deux caisses. Dix secondes plus tard, un groupe dâhommes passa Ă quelques mĂštres dâeux, discutant Ă voix basse.
Le souffle court, BĂ©atrice constata lâefficacitĂ© du Haki de lâObservation du Roux. Il savait exactement quand ils approchaient, quand ils partaient. Elle se laissa porter par ses rĂ©flexes, l'observant agir.
Elle sentit aussi son propre cĆur s'accĂ©lĂ©rer. Pas Ă cause de la peur. Mais Ă cause de la proximitĂ© et de la sensation d'un corps aussi tonique contre elle.
Quelques instants plus tard, ses yeux croisÚrent ceux du pirate. Ses iris avaient pris une teinte rougeùtre, étrange.
â « Argh » ? rĂ©pĂ©ta-t-il, outrĂ©.
â Je mâattendais Ă Serrus, pas Ă tomber sur toi. Et encore moins ici, avec ces faux marchands.
La méfiance coulait dans sa voix. Shanks se rappela aussitÎt les mots de Thoma : « Sois franc avec elle. »
â Ces types nous filent depuis quelques semaines. Je ne pensais pas quâils trouveraient un prĂ©texte pour sâinfiltrer sur tes terres.
â Donc non seulement tu les amĂšnes jusquâĂ chez moi, mais en plus tu ne me prĂ©viens pas ?
Shanks grogna sans répondre, lança un juron dans sa barbe et se retourna pour partir rapidement, toujours aussi discret.
Cela donna Ă BĂ©atrice quelques secondes pour rĂ©aliser que son interlocuteur venait de se barrer en pleine conversation. Cependant, son instinct se remit en marche et elle le suivit comme son ombre. Une fois rejoint, Shanks daigna de lui lancer un coup dâĆil.
â Pourquoi tu nâactives pas ton propre Haki de lâObservation ? lança-t-il sans se retourner.
â Pourquoi faire ? Tu utilises le tien.
L'étonnement ne se lut pas sur le visage de l'homme, mais elle savait par Blair qu'il se méfiait d'elle à ce sujet.
â Et si je ne vais pas dans le sens que tu veux ? Tu ferais mieux de lâutiliser. Ce serait⊠plus sage.
BĂ©atrice s'arrĂȘta net. PremiĂšrement, parce que son ego avait envie de lui flanquer une rouste pour oser lui prodiguer des conseils Ă la con. De deux, car elle savait pertinemment quâil la testait. De trois, elle en avait ras le bol de se retrouver Ă suivre cet homme, Ă moitiĂ© accroupie derriĂšre lui, alors que câĂ©tait sa faute si ces connards de faux commerçants Ă©taient Ă ses trousses Ă lui !
â Tu sais quoi ? Merde. Je ne vais pas ramper derriĂšre toi toute la nuit pour couvrir TES traces.
PĂšre ou non dâUta, elle allait mettre les points sur les i de ce pauvre con.
Elle se redressa, bras croisĂ©s, plongeant ses iris fulminants sur lui. Il sâarrĂȘta Ă son tour, ressentant ce frisson typique de danger imminent. Le regard noir quâelle lui lançait le fit se tourner complĂštement.
Il percevait la présence de son équipage un peu plus loin, dissimulé. Il savait aussi que les hommes de Béatrice surveillaient les quais. Il voulait éviter une scÚne. Mais une autre part de lui⊠voulait cette confrontation.
Il expira bruyamment avant de se relever et de la dévisager.
Shanks nota à ce moment-là la différence de taille entre eux. Pourtant, leurs auras se mesuraient sans appréhension, avec une facilité déconcertante.
â Quâest-ce que tu fais ? demanda-t-il, laconique.
â Tu pourras dire Ă Ben Beckman quâil avait raison concernant mon Haki de lâObservation.
Ses yeux s'écarquillÚrent briÚvement. Elle savait. Elle avait placé des espions. Et elle assumait, ce qui avait le don de l'agacer.
â Tâas rien dâautre Ă foutre que dâespionner tes alliĂ©s ?
Les mots Ă©taient durs, mais Shanks voulait quâelle comprenne que ce nâĂ©tait pas parce quâelle Ă©tait la favorite et une putain de privilĂ©giĂ©e quâil allait prendre des pincettes.
Cela Ă©tonna malgrĂ© tout BĂ©atrice, qui s'Ă©tait prĂ©parĂ©e Ă la confrontation. Toutefois, qu'il lui rĂ©ponde ainsi la dĂ©stabilisa. Cela eut pour effet de faire progresser sa colĂšre Ă une vitesse fulgurante. Les souvenirs dâUta pleurant dans ses bras, pleurant son pĂšre lâayant abandonnĂ©e, nâaidaient pas Ă sa stabilitĂ© Ă©motionnelle.
â Mes alliĂ©s ? Tu veux dire ceux qui ramĂšnent leurs ennemis sur mon territoire sans prĂ©venir ? Ceux qui menacent ma famille en silence ?
â Tu fais rĂ©fĂ©rence Ă ce qui sâest passĂ© sur mon navire ? soupira-t-il, dĂ©jĂ las.
â Oui. Et Ă la maniĂšre dont tu nous as traquĂ©es. Quâest-ce qui mâassure que demain, toi ou lâun des tiens ne viendrez pas tuer Ambre ? Ou lâun de ses enfants ? Ou moi ? Par esprit de vengeance.
â On a signĂ© une alliance. Il y a une clause de protection. Ma signature engage mon honneur, et celui de mon Ă©quipage.
â Et tu balances Ă Thoma des doutes sur moi dans mon dos ? Tu viens fouiller chez mon oncle pour grappiller des infos ? Et tu te plains que je tâespionne ?
â J'ai le droit de me demander pourquoi Thoma, qui a tant accompli, confierait autant de responsabilitĂ©s Ă une inconnue, si ce n'est sous cette identitĂ©-ci, retorqua-t-il en faisant allusion Ă ses actes en tant que Lisa Cassipan.
â En parlant de double identitĂ©, et si on parlait aussi de tes problĂšmes de bipolaritĂ©, Ă quel moment, aprĂšs nous avoir menacĂ©es de nous torturer et de nous tuer, tu as cru quâon allait ĂȘtre tous sourire et se serrer dans les bras ?
Il se pinça lâarĂȘte du nez, une migraine naissante au front.
â JâespĂšre que tu ne tâattends pas Ă ce que je mâexcuse ? dit-il en se moquant dâelle, parce que dans ce cas-lĂ , jâen attendrais de mĂȘme de toi pour avoir fait tuer mes nakamas.
Les iris de Béatrice rencontrÚrent ceux, désormais rouge sang, du capitaine pirate.
Ce fut à ce moment-là que sa colÚre fléchit.
La dure rĂ©alitĂ© oĂč elle Ă©tait forcĂ©ment la victime et celle Ă plaindre sâeffondra. Des images du pirate perdant des membres de son Ă©quipage par sa faute firent remonter une boule de culpabilitĂ© qu'elle ne cessait de ressentir depuis qu'elle avait pris son poste. BĂ©atrice se rendait bien compte quâelle Ă©tait majoritairement fautive dans cette histoire. Cependant, une douce chaleur sur sa poitrine la sortit de sa tristesse.
Elle nâavait rien demandĂ©. Toute sa vie avait Ă©tĂ© dictĂ©e sans son consentement.
Les braises de sa confiance se ravivÚrent en elle. Oui, elle tenait compte de ses actes, mais cela ne la définissait pas en tant que personne. Et Béatrice tenait bien à lui faire comprendre.
â Tu as de la chance dâĂȘtre nĂ© dans cette famille. De bĂ©nĂ©ficier du soutien du Gouvernement. Tu nâas jamais eu Ă te battre pour exister, toi.
â Ferme-la, pauvre con.
Le silence qui suivit sa rĂ©plique claqua plus fort que nâimporte quel cri.
â Tu ne sais rien de ma vie. Tu ne connais ni mes responsabilitĂ©s, ni mes douleurs. Tu ne connais mĂȘme pas la dĂ©finition des mots responsabilitĂ© et fiabilitĂ© et tu viens me faire la morale sur ton honneur ? Ne me fais pas rire. Oui, je ne possĂšde pas le Haki de l'Observation et alors ? Tu vas me faire croire que je ne mĂ©rite pas dâĂȘtre la successeure de mon grand-pĂšre ? Je tâai bien vu le chercher la premiĂšre fois, tâĂ©tais paumĂ© comme un gosse !
Lâamertume Ă©tait un euphĂ©misme pour dĂ©crire la venimositĂ© avec laquelle elle venait de sâadresser Ă lâEmpereur pirate.
Il sâapprocha, imposant.
â Je prĂ©fĂšre ne pas connaĂźtre l'aspect favorisĂ© de ta vie, garde-le pour toi. Je prĂ©fĂšre ne pas te voir pleurer quand les choses n'iront pas dans ton sens. La vie n'est pas faite pour les fillettes dans ton genre qui ont toujours eu ce qu'elles voulaient. Tu parles de responsabilitĂ©, mais tu nâas connu que les bureaux, les soirĂ©es mondaines et les buffets savoureux de riches. Tu parles de fardeaux, mais tu nâas jamais eu Ă mendier un repas ou enterrer un frĂšre.
Lâhomme sâapprocha pour la plomber de sa hauteur, refusant de laisser une gamine pourrie gĂątĂ©e lui faire la morale sur ses principes.
â Une des raisons pour lesquelles jâai signĂ© ce foutu contrat, câest pour ta famille. Pas pour toi.
Une petite voix s'éleva à quelques mÚtres d'eux. Les deux se retournÚrent et grommelÚrent d'une seule voix.
â Si vous voulez bien finir parce que ça commence Ă ĂȘtre long, il y en a qui veulent dormir, bougonna la voix blasĂ©e de Beckman.
BĂ©atrice cligna des yeux avant de se rendre compte que, pendant qu'ils se chamaillaient, les Ă©quipes de Simon et Armand, accompagnĂ©es de l'Ă©quipage de Shanks, avaient fait embarquer et arrĂȘtĂ© tous les fraudeurs. Les deux imbĂ©ciles purent Ă©galement noter que certains mangeaient tranquillement du popcorn en haut des caisses, dont CĂ©leste et ChaĂŻma qui portaient des lunettes Ă©tranges rouges et bleues.
Shanks relĂącha l'air de ses poumons avant d'Ă©clater de rire, surprenant sa rivale. La sensation dâavoir le cĆur plus lĂ©ger permit au capitaine de se tourner vers la brune qui le fixait comme sâil Ă©tait fou. Cela engendra de nouveaux Ă©clats de rire contagieux ; ils envahirent les spectateurs avides de Drama. LâĂ©go de la jeune femme lâempĂȘcha de le rejoindre, nĂ©anmoins, intĂ©rieurement, elle se flanquait bien des gifles pour avoir contribuĂ© Ă une telle scĂšne de mĂ©nage. Elle rĂ©alisait lâabsurditĂ© de la situation bien cocasse. De ce fait, et en raison de son relĂąchement, elle ne vit pas Shanks froncer les sourcils.
Il venait de remarquer le teint bien pĂąle et les cernes de la jeune femme.
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Nombre de mots : 6 700.
Temps de lecture approximatif : 25 -35 min.
Source de lâimage : One Piece Film Red.